DÉCOUVERTE
S'il fallait invariablement juger de l'antiquité des peuples par l'état de leur industrie, de leurs sciences et de leurs arts , les Polynésiens ne seraient que depuis peu sur la terre. A peine, en effet, choz ceux - là même d'entr'eux qui ont paru le plus avancés dans la civilisation, a-t-6u trouvé, encore existans , quelques indices d'agriculture ou d'astronomie , science qui leur était si nécessaire ^ particulièrement dans leur situation, où tous, séparés les uns des autres par la mer, il^ ne peuvent communiquer ensemble sans se voir exposés à se perdre dans un immense océan. 0-taïti , et les autres îles de la Société , quoique dans un état bien barbare, étaient , incontestablement , les plus avancées dans cette dernière science , et là même, d'après ce qu'en purent voir les premiers navigateurs et les
Aiissionnaires , les connaissances astronomiques, celles du moinsqui subsistaient encore, vers le temps des premières visitas des Européens, se bornaient k quelques observations faciles, le reste n'étant que notions vagues et incertitudes. Ils comptaient par lunes, et n'avaient que quelque faible i4ée d'une année solaire, qu'ils nommaient mataaitl j et qu'ils divisaient en été et en hiver. Leur été, comprenant la course du soleil dans le tropique du capricorne jusqu'à son retour vers l'équateur , se nonmiait roua roa ( grand roua ), et roua hoto ( petit roua), était le nom qu'ils donnaient à leur solstice d'hiver.
Ils divisaient aussi leur année solaire en deux mataru(i), nom qu'ils donnaient aux pléiades. La première s'appelait matarii inia ( pléiades élevées), temps où ces étoiles se voient au-dessus de l'horizon , après le coucher du soleil ; et matarii ira ro (pléiades basses), temps où ils np pouvaient les voir. Outre la division de l'année , en été et en hiver , ils la divisaient aussi en trois saisons (2); ces trois saisons en
(i) Matarii est lenomqu oa donne au soleil dans plusieurs (les îles Malaies. Le mot vient , je crois , de mata , figure , et d'ari , chef ou roi y figure du roi.
(2) Les noms des saisons étaient téCau , cétau potii et tétau miti rahi. La première s'étend depuis la mi-février jusqu'à la mi-juin. C'était la saison de grande abondance et des fêtes, surtout au commencement ou vers le milieu de mai. La seconde, la saison de la sécheresse et delà rareté , s'étendait de juillet en novembre. La troisième, temps de la moisson de l'ouest et d«5 hautes marées , comme son nom même l'indique.
— '79 — douze , et quelquefois en treize mois (i) ; et les mois en trente jours, c'est-à-dire que le mois synodique ou lunaire était de vingt-neuf nuits, la trentième
s'étendait de novembre en février. Cependant \q, plupart ne divisaient l'année qu'en deux saisons, tétau ahouné, saison des pluies, d'octobre en avril, et tétau poaï , saison sèche, de mai en octobre.
(i) Les noms des mois ou lunes'étaient : I. Ai^aréhou , vers décembre.