O térito
Ils avaient aussi plusieurs divisions pour le jour, dont les principale! étaient :
Poipoi roa , le point du jour ;
j4i^a téa , midi ;
Outapi tapi lé makam , le raidi de Kaprès-dîncr ;
Dathaï , le coucher du soleil ;
Votoi té po ^ minuit.
— i8i — du nom vulgaire de fêtia nvé ( étoiles à queue ).
Ils connaissaient Mars, Vénus et Jupiter, mais non pas comme planètes , les confondant avec les au très, étoiles, et ne les distinguant que par leur nuance et l'époque de leur lever.
La première se nomv^xM fé lia ma , étoile rouge; fauma ou paupiti était le nom de la seconde , quand elle paraît le soir, et horipolpoi^ chien du matin, quand elle parait le matin ; mais ils donnaient souvent les mêmes noms de fauma et d'horipoipoi à Jupiter. Les Pléiades, comme ou vient de le voir, se nommaient matarii et les étoiles formant la x^onstellation d'Orion se nonwndLienl fchoiic taruva y et guidaient leurs navigateurs pendant la nuit. Us avaient aussi un ou deux points dans la voie lactée et les taches du sud , qu'ils nommaient m,ao et nri, noms de reqmns , qui , selon eux , mangeaient certaines étoiles, à leur disparition de Thorizon. G*étiient là toutes les remarques qu'ils avaient faites pour se guider, la nuit, dans leurs navigations ; c'était là ce qui leur restait de connaissances astronomiques, au temps de la découverte; aussi ces connaissances si bornées ne leur permettaient-elles plus que de très - courts voyages , qui , d'ailleurs, ne pouvaient réussir qu autant qu'ils étaient favorisés par les vents ( i ).
(i) Les grandt^s pirogues des îles des Amis allaient pourtant rt vont encore anx Fidji , à environ quatre defr''és à
Les vents connus d'eux étaient inaoai, l'est; haa-piti, le nord ; maraamou, le sud; toéraii, l'ouest; et, pour subdivisions, ils n'avaient guère que pnfatii, le nord-est, et mouri , le sud-est.
L'agriculture , ce premier élan de l'industrie dans tous les lieux où la faim réclame ce développement de l'intelligence humaine, l'agriculture, dis -je, n'avait fait que peu ou point de progrès dans ces îles. A peine même en trouva-t-on quelques traces aux îles des Amis, dont, néanmoins, les habitans ne pourraient vivre sans leurs ignames. On a beaucoup vanté l'aspect agréable et la régularité des champs de Tongatabou; l'on y a vu une preuve des progrès de l'île dans l'agriculture; mais la culture de l'igname {dloscorea alata), ainsi que celle du taro {cala-
Fouest de leur île, mais n'en revenaient et n'en reviennent
jamais que par des vents favorables \ aussi leurs voyages sont-ils
généralement de deux , de trois années , ou plus longs encore.
Ces mêmes insulaires visitent aussi les îles des Navigateurs, à
plus de cent lieues au nord-est ; mais ils n'y vont que par les
vents du sud , qui régnent assez souvent ; et peuvent toujours
revenir par les vents alises d est et de nord-est. Les habitans
de l'île de la Chaîne viennent aussi à 0-taïti et autres îles de la
Société ; mais attendent , également , un vent favorable pour
retourner chez eux. Les 0-taïtiens n'allaient guère qu'à Mau-
piti , à environ deux degrés et demi dans l'ouest , quoique
telles de leurs traditions peignent quelques-uns de leurs chefs
célèbres comme de grands navigateurs , et comme ayant visite
des îles très-éloignées. On se rappelle que Toupia, l'Indien
d'0-taïti , qui accompagnait Cook , indiqua aux naviijateurs
anglais un fçrand , nombre d'îles dans toutes les directions.
dium esculenium) ^ dans les autres iles, sont si faciles, qu'on ne peut certainement pas regarder ces faits comme l'indice d'une haute antiquité, ou comme un pas remarquable vers la civilisation; d'autant moins que ces plantes, venant spontanément dans presque toutes ces îles élevées, la nature même y indiquaitla manière de les cultiver. Malgré ces faits, qui semblent militer en faveur des habita ns des îles des Amis ; et , quoiqu'on ait Irouvé , d'ailleurs , dans l'élégance de leurs manières, dans la pompe de leurs fêtes , dans la grâce de leurs danses , et de leurs représentations, autant d'annonces assez positives d'une antique civilisation déjà très-élevée , il faut dire que ces insulaires n'en étaient pas moins, lors de la découverte, et sont encore, dans un état de barbarie tel , que , dans leurs guerres, ils se peignent ou plutôt se barbouillent horriblement le corps et la figure de rouge et de noir ; et que , soit par esprit de vengeance, soit par défaut de vivres, ils se nourrissaient, souvent, de chair humaine, massacrant impitoyablement tout prisonnier ou ennemi tombé entre leurs mains. A la Nouvelle-Zélande , sous une latitude si favorable à l'agriculture , mais où la nature ne produit, pourtant , sans travail , rien de ce qui peut nourrir l'homme, on n'en a trouvé aucune trace, etleshabitans de ces îles en étaient encore au point où l'homme , plus féroce que l'animal même le plus sauvage, aime mieux se repaître de la chair de son semblable que de cultiver la terre , pour en
— ^84 — tirer sa nourriture. Aucun art, aucune industrie (i) ; la construction même de leurs forts , quoiqu'admirée par Cook , n'annonçait certainement pas, chez eux, un peuple essentiellement belliqueux , et toujours en guerre ; ni une longue expérience , ni une haute antiquité. Nul progrès, non plus, pour aucune, des îles, dans Fart de communiquer les idées , de transmettre les nouvelles ou de rapprocher les distances par des caractères, ou autres signes. T^out devait se faire de vive voix. On n'a trouvé, chez eux , ni hiéroglyphes , ni aucunes autres marques ou figures propres à exprimer positivement, soit les événemens périodiques ou d'un intérêt général (2), soit les choses les plus
(i) On pourrait peut-être excepter ici la construction de leurs pirogues , qui , à la Nouvelle-Zélande , comme dans presque toutes les autres îles du gi'and Océan , étaient d'un travail très-ingénieux, ainsi que lèis maisons, quelquefois, et les étoiFes, dans plusieurs des îles. Tous ces produits, néanmoins, étaient d'un travail simple et aisé, demandant plus de temps et de patience que d'art et de génie , tels enfin qu'on peut les attendre de peuples encore dans l'enfance, c est-à-dire ne demandant ni de grands efforts d'esprit , ni la combinaison de différens procédés.
(2) Il y avait , pourtant , quelque chose d'analogue dans les feux qu'ils allumaient et éteignaient à plusieurs reprises, sur les hauteurs , pour annoncer la guerre et pour donner i'alarpe à des alliés et à des amis. Peut-être pourrait-on citer encore les cailloux envoyés par un arii ou roi à des chefs subalternes, afin de les prévenir qu'il fallait des victimes et combien il en fallait ; les petits morceaux d'un certain bois qu'ils envoyaient au peuple pour l'inviter au Maraï ; ceux dont se
ordinaires; et, quoique possédant un système de nujïiération admirable et capables de compter même plusieurs millions (i), ils n'avaient ni signes représentatifs propres à soulager la mémoire, ni moyens matériels quelconques de supputer des sommes ou de grouper des chiffres. Quant à leurs beaux -arts, les images , qui s'exécutaient encore au temps de la découverte , prouveraient seules qu'ils y étaient toujours dans leur première enfance.
Avec ces faibles élémens d'arts, de sciences, d'agriculture, d'industrie, on a trouve, partout, parfois, sous une apparence de civilisation, une barbarie réelle qu'on ne peut comparer, si elle n'était pas plus grossière , qu'à celle dans laquelle croupissaient, lors de la découverte de l'Amérique,
servaient les prêtres à l'effet de se guider dans l'ordre de la liturgie, en mettant l'un deux de côté à la fin de chaque exercice ; les petits bâtons des Fidji employés dans toutes leurs transactions, comme je l'ai dit ailleurs ; la petite corde des îles Sandwich, que portait toujours tout envoyé ou commissionnaire, et dont les différens nœuds, de 'livei-sc dim£^sioa , leur rappelaient leurs diverses commissions ; enfin , la branche verte qui annonçait ou demandait paitout la paix , dont elle était partout le symbole.
(i) C était le système décimal. Ils comptaient d'un à dix.
jltaij aroua, atorou, aéha ^ arimay afcni ou éono , ahifou, auarou , aiva, aharou ; puis, dix fois dix, rau , cent ; dix fois cent , mono , mille ; dix fois mille , mano fini / dix fois cent mille , rehou ton , un million , etc.
les nations les plus sauvages de cet immense continent; car l'anthropopliagie, par exemple , ou les sacrifices humains existaient chez les habitans de toutes ces îles. A la Nouvelle-Zélande , aux Marquises , dans plusieurs des iles des Amis , dans Tarchipel Dangereux, etc. , ils étaient divisés en troupes peu nombreuses, commandées par des chefs qui les conduisaient k la guerre, ne se nourrissant (k la Nouvelle-Zélande surtout) que depoisson , de raci- Bes et de chairhumaine • et, dans leurs guerres éternelles de peuplade k peuplade, ne pensant qu à surprendre , massacrer et dévorer leurs semblables ou k venger la mort de ceux des leurs que fennemi avait dévorés. Vivant au milieu des dangers, toujours sur le qui-vive , ne marchant et ne dormant même , le plus souvent, qu armés et prêts k combattre; et portant la férocité jusqu k ne conserver la vie k quelques prisonniers que pour s'assurer, k l'occasion , un repas de cannibales, dansle cas oùla chancede la guerre ne leur livrerait pns d'autres ennemis (i). Dans toutes
(i) On >oit encore, à chaque instant, de ces horribles festins à la Nouvelle - Zélande ; ce sont , surtout , les jeunes gens des deux sexes qu'ils conservent à cet effet; et, quand, soit avant d'entreprendre une guerre, soit pour quelque ftte générale, ils tuent des hommes ou des femmes ( deux, trois au plus), ils invitent leurs proches et amis à ces repas , ne crovantpas pouvoir leur faire de plus aimables politesses.
A Sandwich , ils gardaient les prisonniers pour les sacrifier aui dieux.
les lies , ils avaient Thabitude de se meurtrir le corps à la mort d'un proche ou d'un ami , et pleuraient pendant quelques heures , pour passer , souvent, ensuite , le plus brusquement possible , de l'expression de la plus vive douleur h celle de la plus folâtre gaieté. Ce qui prouverait que ces démonstrations, loin de reproduire toujours, en»pareil cas, leurs sentimens véritables, n'étaient, le plus souvent, que Tappircalion d'un usage barbare, c'est qu'ils faisaient absolument la même chose, en se revoyant après la plus courte absence , exprimant leur joie au retourd'unami , avec la même énergie avec laquelle ils eussent exprimé leurs regrets et leur douleur après l'avoir à jamais perdu (1).
Aux îks des Amis, à la Nouvelle-Zélande, quand un chef meurt, ils étranglent ses femmes sur sa tombe. Par exception à ce qu'on a vu le plus souvent, parmi les cannibales des autres parties du monde , il paraît prouvé que, dans plusieurs des îles de l'océan Pacifique, ils ont souvent mangé jusqu'à
(1) Le fait est qu'aujourd'hui encore, ils pleurent rarement, <juaud les contenances ne l'exigent pas. l-<a plupart d'entr'eux verraient père , mère , enfans , dans le plus affreux état ou souffrant le martyre , qu'ils y feraient à peine attention, du moins si le mal dui-ait long-temps ; et ils reprendraient bientôt cette gaieté folâtre , véritable fond du caractère de ce peuple , • bon , mais aimant trop le plaisir pour être doué d'une vraie sensibilité. Quoiqu'ils pleurent souvent , c'est ru-, rement par sentiment, mais seulement poui- suivre les usages qui exigent qu'on pleure.
leurs proches, morts dans les combats. Il y a même à la Nouvelle - Zélande des exemples de fils mangeant leur mère , ou de père mangeant leurs fils tués par l'ennemi , après les avoir déterrés pour les dévorer.
Ne respirant que cruauté,guerre et carnage, n'ayant, dans le cœur, ni bonté , ni vraie tendresse , quant au moral ; pour le physique, le corps et la figure tatoués et souvent barbouillés de rouge et de noir, mêlés d'huile et d'autres substances grasses, tels étaient et tels sont encore les habitans de cette dernière île et de quelques autres. L'homme peut difîicilement tomber dans un état de plus brutale barbarie.
AO-taïti, et dans les autres îles de la Société, l'anthropophagie n'existait plus (i); mais les peuples n'en étaient pas moins encore dans un état bien grossier. Il s'y faisait souvent des sacrifices humains; l'infanticide y était si commun , qu'on y voyait le
(i) Il paraît certain que l'anthropophagie a existé dans quelques-unes des îles de la Société , mais à une époque assez reculée. D'après ce que j'ai pu apprendre » cette horrible coutume s'y serait graduellement perdue. Elle fut d'abord tabouée ou interdite au peuple, et les prêtres seuls conservèrent le droit de manger les victimes humaines offertes aux dieux. Il paraît même que cet usage subsistait encore , peu de générations avant la <îécouverte de ces îles ; mais il fut enfin également aboli , et les victimes restèrent entièrement aux dieux.
Cook semble croire que , de son temps , les habitans des îles Sandwich étaient toujours cannibales.
- i8o massacre des enfans avec la plus révoltante indifférence; et , quelquefois, les trois premiers enfans du sexe féminin étaient régulièrement tués dans chaque famille, aussitôt après leur naissance (i).
Plus féroces encore aux Sandwich, les liabitans ne les massacraient pas seulement à leur naissance , mais aussi à un an , deux ans ou davantage. La rareté des vivres, des indispositions de ces pauvres petites créatures, qui leur arrachaient des cris ou les rendaient incommodes, suffisaient pour que ces monstres s'en défissent de la manière la plus cruelle, ceux-ci les enterrant tout vifs, ceux-là leur remplissant la bouche avec une pièce de tapa , étoflé du pays, et les étouffant ainsi , pour les empêcher de crier.
Le plus étonnant , c'était le soin extrême qu'on prenait aux îles de la Société, et dans plusieurs autres, de n'en pas laisser échapper; et tous, sans
(i) Plusieurs tuaient indistinctement les enfans des deux sexes , et il n'est pas rare de trouver, aujourd'hui, des femmes qui avouent , avec une franchise et une indifférence tenant encore de bien près à leur ancienne barbarie, qu elles ont ainsi fait mourir de six à douze enfans. Aux îles de la Société on leur tordait les orteils ^ et on les asphixiait , en leur tenant la tête en bas , en lei^r obstruant le nez et la bouche , et par d'autres moyens qu'on ne peut mentionner ; mais , dans ces mêmes îles , si l'enfant n'était pas mis à mort immédiatement , s'il pouvait seulement vivre une demi-heure , être vu ou recevoir une caresse de sa mère , il était sauvé , et l'on en prenait alors un soin qui présente un contraste inexplicable avec cette coutume même de l'infanticide , comme avec tant d'autres usages barbares
même, quelquefois, en excepter les femmes, concouraient, avec un égal empressement, à ces horribles assassinats. Des parens , des amis , attendaient la naissance d'un enfant pour l'emporter dans le bois, avant que la mère pût le voir, et là , on Tétouffait ou on l'écrasait contre un arbre.
Ainsi des coutumes barbares, que commandait la nécessité , avaient détruit, chez ces peuplés, qui , sous bien d'autres rapports , paraissaient doux et aimans , jusqu'aux sentimens les plus naturels. Ils en étaient venus, et cela dans la plupart des îles, à se dépouiller de toute tendresse , de toute pitié , de toute affection , soit pour leurs enfans , soit pour leurs pères; car, si, chez tous, le massacre des enfans n'était qu'un jeu , de même, partout, les vieillards et les malades étaient des objets d'importunité et souvent d'horreur (1).
(0 Encore une anomalie morale inexplicable , quand on rapproche ces odieux procédés des prières et des oblations qu'ils adressaient aux dieux , pour la guérison des malades , de la peur qu'ils avaient des esprits de ceux qui mouraient mécontens de leur famille; mais il paraît qa'ils croyaient rendre service à ceux qu'ils tuaient ainsi , après de longues maladies ou qui étaient trop âgés pour s'aider eux - même et ne redoutaient, en conséquence, aucun ressentiment de leur part. Interrogés, d'ailleurs, sur ces atrocités sur ces contradictions, ils répondaient toujours que c'était leur coutume, réponse peu satisfaisante, sans doute, dont il iaut pourtant bien se contenter avec eux ; car ils ne paraissaient Blusadr, en eftet , que pour suivre aveuglément des usages dont roHgine et le but se perdent dans la nuit des temp.
11 était rare qu'ils en prissent soîn long-temps ; et, dès qu ils les voyaient |^hors d*état de s'aider euxmêmes , souvent ils les chassaient de leurs maisons, les laissant quelquefois sans gîte, exposés à Tair, mourir de désespoir et de misère ; ou , pour comble de cruauté , ils les enterraient tout vivans , et prenaient plaisir à entendre leurs cris et à contempler leurs angoisses (f).
Ces dernières atrocités étaient rares; mais elles existaient; et on les a également trouvées aux îles des Amis , aux Navigateurs , aux Marquises , aux îles basses de l'archipel Dangereux, où , sans préjudice de Fusage de l'anthropophagie, avaient aussi lieu, quelquefois, des sacrifices humains et le massacre d'un grand nombre d'enfans.
Les habitans des îles basses, comme ceux de la Nouvelle-Zélande, conservaient souvent leurs prisonniers, pour les dévorer , ensuite , en des festins d'apparat oflferts à leurs amis , au retour d'un voyage. Aussi cruels , aussi terribles dans leurs ressenlimens
(i) Un chef piéme n'étaitpas toujours exempt d'un tel sort. Quand il était très-vieux ou long-temps malade , son successeur ou ses enfans et ses femmes s'unissaient souvent pour s'en défaire. Dans ce cas, ils engageaient les gens de sa maison à feindre quelque se'rieuse querelle dans le lieu où se trouvait le vieillard; et, saisissant leurs massues et leurs lances , ils faisaient semblant de vouloir s'en frapper, tandis que tous les coups étaient portés sur le vieux chef, qui , ainsi assassiné , n'en était pas moins pleuré par ceux qui avaient pris part au meurtre ou qui l'avaient ordonné.
que les Tupinambas, les Iroquois et autres anlhro* pophages de TAmérique continentale , le père mou-* rant disait à son fils le nom de Tennemi dont il n'avait pu se venger; le fils mourant, à son tour, en faisait autant au sien ; et, ainsi, de génération en génération , ils léguaient à leurs descendans le soin de poursuivre les moindres insultes restées pour eux personnellement sans vengeance (t). '
Les habitans des Marquises , de la Nouvelle- Zélande et de quelques - unes des iles des Amis, épient, nuit et jour, dans leurs guerres, l'occasion de se venger d'un ennemi particulier, l'appellent au combat, et, vainqueurs , s'élancent sur lui comme des tigres, pour boire le sangtoutchaudet dévorer la chair encore palpitante de l'homme qui , en d'autres occasions , aura dévoré leiirs pères , leurs enfans ou leurs amis. C'est encore ainsi que , lorsque deux districts se font une guerre acharnée, ils guettent un ennemi , homme ou femme, avec plus de constance que l'animal le plus féroce ne guetterait sa, proie. Quand ils ont réussi à s'en emparer , ils l'entraînent hors de la portée des siens , frappant trois fois l'air
(i) A la Nouvelle-Zélande, quand ils ont triomphé d'un parti qui, à quelqu époque que ce puisse être, leur a fait beaucoup de mal , ou qui a dévoré des leurs , avant de faire mourir les chefs où les guerriers les plus distingués des vaincus tombés en leur pouvoir, ils leur font souffrir mille tourmens, et souvent engagent leurs jeunes enfans à s'exercer aux cruautés sur ces victimes.
— ig3 —
cPun cri sauvage , qui glace de terreur leur adversaire, et fait tressaillir de joie les gens de leur parti, à qui il annonce qu'ils vont se repaître du sang et de la chair d'un ennemi (i).
(i) Un Anglais, vieillard qui habite actuellement l'île de Toubouaï , et qui, il y a près de vingt-cinq ans, a résidé , plusieurs années , aux Marquises , m'a raconté qu'un soir, pendant qu'il était là , nombre de femmes péchaient aux lumières, comme c'est l'usage dans toutes les lies, quand, tout à coup, on entendit ce cri trois fois répété de l'ennemi. Saisies de frayeur, toutes se sauvèrent à terre, où les hommes furent aussitôt réunis et prêts àeombattre. Chaque père, chaque mère, appelait ses enfansà haute voix. Le tumulte , la consternation étaient extrêmes. On s'aperçut bientôt qu'une femme manquait. C'était la fille unique du principal chef. D'abord , un morne silence ; puis, le cri des guerriers qui , hurlant de rage et brandissant leurs armes, demandaient à marcher aussitôt pour la délivrer , s'il en était temps encore , pendant que les femmes, qui entouraient la malheureuse mère, faisaient entendre ces lamentations particulières à ces îles , quand le sang coule avec les larmes , et qu'au milieu des plaintes et des sanglots , elles se déchuent le sein, se meurtrissent le corps, comme hors d'elles-mêmes et dans le plus affreux désespoir. La même nuit , le père , à ia tête de tout son peuple, marcha contre l'ennemi, pour lui proposer la paix, s'il épargnait sa fille, ou pour lui déclarer une guerre à mort, dans le cas contraire. Il était trop tard ; elle n'existait plus.
Peu de jours après , quelques guerriers du malheureux père se glissèrent dans les bois , et parvinrent à saisir deux jeunes filles, qui se baignaient. Ils les amenèrent au chef. Elles étaient extrêmement jeunes; et, versant des torrens de larmas. demandaiient à genoux la vie ; mais ni la jeunesse , ni la beauté, ne touchent ces barbares dans leur soif de vengeance. Il balança , pourtant, q»*«lques minutes; mais il finit par or-
VOY. AUX îtûS. T, II. 1 3
Et qu airive-t-il , quelquefois, quand des peuplades vaincues doivent abandonner leurs fertimes et leurs enfans à l'ennemi , qui , comme je Fai dit ailleurs, les massacre presque toujours impitoyablement ?
Dans ces horribles extrémités, on a vu les femmes s'unir et courir toutes ensemble sur l'ennemi , saisir le bras des hommes , embrasser leurs genoux , verser des larmes, et mettre en usage tout ce que la jeunesse , la beauté , le malheur et la faiblesse ont de plus éloquent, pour toucher les coeurs. Dans leur détresse, leur langage présentait tout ce que le sentiment et le désespoir ont de plus attendrissant ; elles les imploraient au nom de leurs mères, de leurs amantes, de leurs sœurs , de leurs fdies ; promettaient d'être leurs épouses, leurs servantes, ' de se consacrer entièrement à leur bonheur; et, quand rien de tout cela ne pouvait les toucher, on lès a vues, souvent, déchirer leurs vêtemens , se mettre nues devant ces monstres, dans l'espoir d'émouvoir leurs sens, à défaut de leur cœur; et, la mort sur les lèvres, parler la langue de la volupté et de l'amour. Eh bien î il était rare qu'une seule fût sauvée....; et, s'il en échappait quelqu'une , c'était effectivement toujours quand leurs sens , émus des
donner de leur couvrir la tête avec des étoffes, et les guerriers qui les avaient surprises les assommèrent à coups de massue.
charmes de la jeunesse et de là beauté, leur promettaient plus de plaisir dans les bras [de leurs vie* times, que ne leur en aurait donné le sang versé pouif satisfaire leur vengeance. Encore, ces cas étaient-ils fort rares; car, dans l'état d'exaltation et d'ivresse mentale où ils se plongeaient toujours , avant d'engager le combat, ils y apportaient la fureur du tigre; et à leur sanguinaire coutume venait se joindre la superstition. Attendris et peut ctre disposés à la clémence , ils voyaient leurs pères revenir du séjour des morts, pour leur reprocher une faiblesse , et les punir eux-mêmes de n'avoir point vengé leurs mânes plaintifs. Il en résultait des scènes affreuses. Les plus endurcis frappaient leurs captives sans les écouter; les autres, partagés entre la soif de la vengeance , la superstition , la pitié , et plus souvent encore leurs désirs , avaient quelquefois de longues conversations avec elles , jusqu'à ce qu'enfin, entraînés, soit par leur passion dominante, la vengeance, soit par la superstition , ils saisissaient ces malheureuses par un bras , leur ordonnaient de fermer les yeux, et les assommaient de leurs massues ou leur perçaient le sein de leurs javelots.
Ces cruautés, heureusement, étaient peu fréquentes, parce qu'il n'arrivait guère à un parti vaincu de ne pouvoir pas se retirer dans ses forts, où il était rare encore qu'on allât l'attaquer, quand une fois il y avait pris refuge.
Cependant elles avaient lieu; et ces dernières
— 19^ — scènes , quelque cruelles , quelqu atroces qu elles paraissent, ne se passaient qu'en des lies où semblaient s'annoncer quelques progrès vers un état moins sauvage , comme aux îles de la Société , etc., où le cannibalisme avait cessé.
Partout ailleurs, si la mort n était pas la suite immédiate de la capture , il n y avait là ni sentiment de pitié, ni désir de sauver un malheureux prisonnier ; c'était un calcul , un acte de prévoyance plus horrible, peut-être, que toutes les cruautés imaginables. Ils ne les gardaient que pour les dévorer , plus tard, dans leurs festins de cannibales. D'autres, enfin, ( et c'est , encore aujourd'hui , l'histoire d'un grand nombre de ces petites îles basses, qui couvrent toute l'étendue de l'océan Pacifique sous les tropiques ) , ne pratiquaient pas seulement toutes ces cruautés ; mais , vivant presque sans chef et sans lois , continuellement en guerre de district à district , de famille à famille, d'homme à homme, se disputant, chaque jour, la nourriture de la journée, leur corps déchiré par les armes, le nombre des cicatrices dont tous étaient couverts , attestaient assez combien, souvent, ils devaient payer cher leur triste subsistance; et corftme , là, tout se décidait par la force , la force seule y commandait.
Hideux tableau qui justifierait , s'il était possible , la triste et désolante doctrine de Hobbes,sur l'homme en état de nature î
Telle parait avoir été TOcéanie tout entière ;
telles sont , encore^aujourd*hui , ces innombrables pe-v tites iles basses de TOcéanie , qui couvrent totite rétendue du grand Océan, sous les tropiques; les îles Kings milUs group et tant d'autres, qui s'étendent depuis un peu au delà de la longitjLide de Tongatabou jusqu'aux Mariannes.
SECTION II
ÉTAT PRÉSUMÉ bES POLYNÉSIENS ANTÉRIEUKEMENT A LA DÉCOUVERTE.
L'état que je viens de peindre paraît bien avoir dû être celui de l'homme sortant des mains de la nature, avant que le temps et les besoins eussent développé son intelligence , et l'habitude de la société, sa sensibilité et ses affections; mais, pour appliquer cette idée générale aux Polynésiens , en particulier , l'origine de ce peuple se perdant au milieu de la nuit des âges , il semble , d'abord , assez difficile de déterminer, d'une manière bien positive , ai, à l'époque de la découverte, il était dégénéré d'un état de civilisation plus ou moins avancé , ou si , au contraire , il a toujours été , soit dans l'état de bar» barie où on l'a trouvé à cette même époque , soit
dans un état pire encore , dont quelques iles, comme 0-tliïti , etc. , sortaient alors à peine , marchant , peu à peu y pour la première fois, dans une voie d'amélioration. Ces deux hypothèses sont également admissibles; et, pour arriver à une solution satisfaisante de la question, peut-être faudrait-il, en thèse générale , examiner^ d'abord, si des peuples civilisés peuvent tomber dans un état d'avilissement , tel que celui dans lequel on a trouvé ces insulaires, et par quels événemens; puis si ces événemens ont eu lie,u dans la Polynésie; ou bien si une société d'hommes, supposée brute et sauvage, a pu traverser des siècles en restant , du principe de son existence jusqu'aux derniers temps., aussi stationnaire que paraissaient l'être les Polynésiens à l'époque de la découverte; toutes» recherches de beaucoup au-dessus dé mes forces, et qui m'entraîneraient, d'ailleurs, loin du but que je me propose dans cet ouvrage; mais, abstraction faite d'aussi profondes investigations, l'histoire seule paraît nous offrir l'un et l'autre de ces cas. En Asie, plusieurs peuples, aujourd'hui presqu'aussi barbares que nos insulaires, étaient encore, il y a peu de siècles , au rang des peuples civilisés; tandis que d'autrespeuples d'Afrique et d'ailleurs , trouvés il y a des milliers d'années, dans un état sauvage , qui n'oflfrait même , alors , pas le moindre indice de civilisation , sont encore aujourd'hui ce qu'ils étaient à ces époques reculées, ce qui prouverait bien, que les circon-
— «99 ~ stances locales, et peut-être son organisation physique et intellectuelle , peuvent également faire passer l'homme d'un état de splendeur à un état de décadence ou le laisser éternellement enseveli dans l'ignorance et dans la barbarie.
Pour arriver , de suite , de ces généralités à ce qui concerne plus particulièrement les Polynésiens , je dirai qu'en dépit de toutes apparences contraires , et malgré la certitude acquise que des milliers d'années doivent s'ptre écoulés depuis que ces peuples vivent dans la plus profonde abjection, on trouve, parmi eux, des faits qui semblent indiquer quelques restes de mœurs moins grossières , et qui feraient croire qu'une suite d'événemens, dont eux-mêmes ignorent une grande partie , et sur lesquels on ne peut que former des conjectures, les a plongés dans la dégradation où nous les voyons aujourd'hui.
Leur cosmogonie est un de ces faits ; leur cosmogonie , dont , ailleurs , j'ai donné quelques notions, et qui se trouve si conforme dans toutes les lies. Ce n'est pas l'homme appelé primitif, l'homme ayant toujours vécu dans la plus grossière barbarie, ou qu'y ont plongé les circonstances; ce n'est pas un tel homme qui réfléchit ainsi sur la nature des dieux , sur la création du monde , sur la formation de tous les êtres. Ces spéculations ne sont pas de l'état sauvage , et accusent évidemment les opinions traditionnelles d'un peuple plus civilisé; mais , d'un autre côté , ces
traditions, le seul de leurs monumens qui paraisse avoir traversé des siècles de barbarie, portent l'irrécusable empreinte de la plus haute antiquité. Le fonds , la forme et l'extrême élévation de ces traditions , prises dans leur ensemble , ne sont pas seulement de beaucoup au - dessus de ce que peuvent être capables de produire des peuples réduits à Fétat où l'on trouva ces insulaires ; ils sont en* c6re,ce me semble, avantageusement comparables à tout ce que d'autres nations ont écrit de plus sublime sur la création. Aussi, quoiqu'on ne retrouve, chez l^s Polynésiens, que peu d'autres traces d'une antique ci»^ilisation , ne peut-on se refuser à la reconnaître dans ce seul fait. Le légendaire, quel qu'il soit,, a décrit le Créateur etses attributs; mais, quel homme ne reconnaîtrait, dans le passage suivant , le langage d'un enthousiaste , qui , frappé des merveilles dont il est entouré, admire l'œuvie d'un être tout-puissant,, en sent la grandeur, et s'élève jusqu'à lui par ses propres idées ?
On a déjà vu ce passage; mais il est si beau, et présente , d'ailleurs , une si forte preuve de ce que j'avance , qu'on me pardonnera de le reproduire ici.
Dieu , voulant former la terre , s'adresse à ce qui doit la composer :
« Vous, pivots ! vous , rochers ! vous, sables I Nous
î) sommes Venez, vous qui devez former cette
» terre. » — Il les presse , les presse encore,- mais ces » matières ne veulent point s'unir. Alors, de sa
» main droite , il lance les sept cieux , pour en for- » mer la première base , et la lumière est créée; » Tobscurité n'existe plus. Tout se voit ; Tiatérieur » de l'univers brille. Le dieu reste ravi en extase , » à la vue de l'immensité. L'immobilité a cessé ; le -n mouvement existe. La fonction des messagers est » remplie ; l'orateur a rempli sa mission ; les pivots 9 sont fixés; les rochers sont en place; les sables » sont posés. Les cieux tournent; les cieux se sont » élevés; la mer remplit ses profondeurs; l'univers » est créé, m
Quelqu'obscures que soient encore quelques-unes de ces phrases, ce n'est pourtant pas là le langage d'un barbare dansant sur le rivage en agitant ses armes, pour défier son ennemi; c'est celui d'un Zoroastre, d'un Pjthagore , d'un philosophe solitaire, qui, après avoir long -temps médité sur les merveilles de la nature, y reconnaît l'œuvre d'un dieu créateur ; c'est , ennn , celui d'un théiste , qui , découvrant Dieu dans ses œuvres , s'est élevé à la plus sublime des religions , à la connaissance et à l'adoration d'un être tout-puissant.
Mais , indépendamment du passage cité, qui n'a reconnu, dans Fensembie des fragmens de la cosmogonie polynésienne , le sabéisme , ce culte si ancien , trouvé, dans le principe des religions, chez presque tous les peuples de la terre ? Les messagers de la nuit, les messagers du jour , ceux-ci chargés de surveiller la terre , ceux-là de surveiller les mei^s; l'union de
Dieu avec les divers éléraens ; leurs idées sur ce que ces élémens produisent, leurs idées sur la lune et sur la terre et tant d'autres Tout cela prouve invinciblement que le sabéisme a existé chez eux ; qu'ils ont possédé des connaissances dont ils conservent encore de vagues sou'^enirs, sans plus les entendre; ayant, d'ailleurs, comme tant d'autres peuples, pris probablement , dès long-temps , ces êtres figurés et symboliques, pour des êtres réels et des dieux , ainsi que leurs mouveraens et leur influence pour leurs actions et leur pouvoir.
En supposant même qu'on se trompât sur l'esprit de ces antiques traditions , du moins y découvret-on, partout, des idées qui, loin de pouvoir appartepir à des nations sauvages, ne sauraient être le fruit que de raisonnemens des plus profonds, et d'une philosophie dont l'existence est impossible à supposer ailleurs que chez des peuples parvenus au plus haut degré de civilisation. On s'en convaincra , non -seulement par leur système de la création; mais encore par toutes les idées nettes et claires qui s'y rattachent dans les traditions , et surtout par la description de Taaroa ou du dieu créateur. Quelle idée donnent-ils, en effet, de cette première divinité, sinon la plus grande que l'esprit humain s'en puisse faire ? Un être incréé, existant par lui-même ; souveraine intelligence, qui donne la vie et le mouvement à l'univers ; souverain maître de la nature, dont toutes les substances , tous les êtres émanent , dont
émane la hiérarchie même des dieux ; des dieux qui , tous, jusqu'aux plus puissans, jusqu'aux plus redoutables et aux plus redoutés d'entr'eux , régnant, par sa volonté seule , sur les diverses parties de l'univers , ne sont jamais, quoiqu'associés à sa nature et à son pouvoir, que des subalternes ; et que des intermédiaires , de l'homme à lui , qu'il peut anéantir comme il les a créés.
Tel est Dieu; mais la manière dont ils concevaient l'univers ou le monde dans son principe ne peut être, non plus, 1 opinion de barbares inconséquens et irréQéchis. Taaroa était seul. Il n'y avait ni ciel, ni terre , ni mer , ni hommes. Il y avait la matière ; les pivots, les pierres, les sables existaient et faisaient partie de la divinité ; mais ils existaient désunis, sans ordre , sans mouvement ou dans un état d'immobilité. Le dieu , voulant former l'univers et tirer le monde du chaos, appelle les élémens pour les unir; immobiles, inanimés et sans vie, les élémens ne répondent pas à son appel. Alors, de sa main droite, il lance les sept cieux. La force de l'impulsion crée le mouvement avec la lumière ; et, aussitôt, la nature est vivifiée par le feu céleste et mise en activité. Tout se compose, se forme, s'organise; les cieux s'élèvent et tournent autour de la terre; les pierres se rangent en couches; les sables sont placés; la mer entre dans ses profondeurs ; le feu et le mouvement établissent la plus parfaite harmonie ; et l'univers est créé.
On sent , de reste , combien toutes ces combinaisons sont Hors de la portée des peuples dans l'état barbare; mais ce quil y a <ie vraiment étonnant^ c'est la conformité de tout ce système avec celui de plusieurs peuples anciens , et surtout avec celui de rinde. Brama , comme Taaroa, est l'être suprême qui créa , et qui est lui-^même tout ce qui existe. Ses sectateurs l'ont peint également en termes sublimes ;^ et, suivant la remarque d'un auteur moderne , sans le dégrader, comme les divinités inférieures , par des contes et par des fables absurdes (i). Tel est bien Taaroa, dont la vie et les actions consistent à créer l'univers dans son ensemble, k s'unir avec les élémens et la matière , pour produire les êtres secondaires et tout ce qui existe dans la nature. Aussi rien d'extravagant dans les traits descriptifs d€s attributs et des travaux de ce dieu, qui , les exposant d'une manière à la fois simple et solennelle et souvent su^ blime, sont assez peu figurés pour qu'on les comprenne , pour la plupart, sans difficulté; tandis que les légendes des autres divinités , si elles cachent un sens, comme je le crois , sont au moins autant d'énigmes peu faciles à deviner , et dont plusieurs même répugdent pi us encore par la bassesse des actions et du langage que par leur extravagance et leur extrême merveilleux.
Une seconde preuve de l'antiquité djs Polyné-
(i) Frédéric Stroberi , The world in miniature.
siens se tirerait des connaissances qu'ils ont dû avoir en astronomie. Ces connaissances semblent même avoir été assez étendues. Pour le prouver, je pourrais rappeler les fêtes périodiques des Aréoïs; je pourrais dire qu'ils n'ignoraient pas la cause de la clarté de la lune qn'jls croyaient, d'ailleurs, être un globe à peu près pareil au nôtre, habité comme notre globe, et riche en productions analogues aux siennes, sans parler même de l'idée qu'ils paraissaient avoir de la distance de ce satellite à la terre (r); mais la preuve la plus positive de ce que j'avance à cet égard, serait le fragment suivant, trouvé dans la Polynésie ; et où je crois voir un système raisonné d'astronomie, d'après lequel on pourrait penser que la marche régulière des co»ps célestes leur était connue.
Ce fragment est fort énigmatique. Je me bornerai, pour le moment, à en citer quelques phrases textuelles , qui donneront, tout à la fois, une idée et des difficultés qu'en présente l'explication , et du parti qu'on en pourra tirer , quand des découvertes ultérieures auront démontré qu'une telle conception ne peut être un simple jeu de l'imagination exaltée, et
(i) La semence de l'arbre ora ( ficus prolixa) leur avait ' été , disaient-ils , apportée de la lune par un pigeon blanc. Il lui avait fallu deux lunes afin d'y aller, et deux pour en revenir , et il n'avait plus de plpmes, lorsqu'il retomba sur la terre. Cet oiseau est , de tous ceux qu'ils connaissent , celui qui passe pour avoir le vol le plus rapide.
— 2o6 — doit se rattacher à un ordre d'idées dont la suite suppose un certain degré de réflexion et d'aptitude ûux plus hautes spéculations de la science.