LA NAISSANCE DES ETOILES
Jloua , touhoua noui ,
jRoua, grande est té tourna a noho i té l'origine (i) , dormait avec sa vahiné ia érééré fanoua :
femme la terre ténébreuse :
fanaou aéré tana arii éoné ' d'elle sont nés son roi , le sol \
héémaira lé Jtoua é est né après lui le dieu hiaJii héémaira té toua soir ; sont nés depuis nuages
é ata oUa fauroué atoura
obscurs ou ténèbres ; mais ici
o roua touhoua noui ia
Roua répudia
vahiné* cette femme.
« Roua ( grande est son origine), dormait avec sa femme, la terre » ténébreuse; elle donna naissance à son roi, le sol, puis au cré- * puscule , puis aux ténèbres ; mais , alors , Roua répudia cette » femme. »
(i) On confondait souvent ce dieu avec Taaroa, et quelques-uns disaient que c'était lui qui avait créé Je ciel, la terre, etc.
O Roua touhoua noui Roua Touboua , grande
té toumou a noho i té est l'origine , dormait avec la
vahiné ia taonoui fanaou femme grande réunion ; sont nés
aaéra tana arii o fétou d'elle , sont rois ; l'étoile
héémaira toiia o marama est venue , et puis la lune ,
éfatou ofaiti{i)* l'étoile faïti.
« Roua (grande est son origine), dormait avec la femme dite » grande réunion. Elle donna naissance aux reines des cieux, le» » étoiles, puis à l'étoile faïti. »
Té arii o marairéa
lue roi , les cieux dorés (jaunes ) ,
a noho Fanoui é té vahiné dormait avec sa femme Fanoui .
la fahi arii fanaou aéra Le seul roi est né d'elle
ana arii o faouroua sont rois Fauroua (2)
O Faouroua noui nané i Fauroua ou étoile du matin, grande
(i) C'est , je crois , l'étoile du soir. (2) C'est , je crois , l'étoile du matin.
vanaa i té po ma té ao
c'est elle , donne des décrets à la nuit et au jour ,
i té fétou ma m,a té aux étoiles , à la
marama^ té ra ma
lune, au soleil , et
té avéla.
sert de guide aux marins.
« Le roi des cieux dorés, le seul roi, dormait avec sa femme » Fanoui. D'elle est né l'astre Fauroua , le roi Fauroua , qui donne » des lois à la nuit et au joiir, aux étoiles, à la lune, au soleil et sert » de guide aux marins. »
O Janou i tahatoa i té Il fit voile du côté gauche Vers le
arii o apatoa a noho roi nord dormait
i té vahiné ia roua avec sa femme le guide
O méré té avé'ia Janaoa des marins est né
aéra taoua arii o naounou d'elle sont rois étoile
oura o naounou oura é hiti rouge. Cette étoile rouge qui luit
mai i té ahiahi té le soir à double
mataroua o fétou oura figure étoile rouge
té Atoua é réré i tara le dieu qui vole dans
té féiau a rarao a maounou l'ouest prépara maounou
oura té vaa é vaa
ou étoile rouge sa pirogue. Pirogue
o té ao noui é réré i té du grand jour qui vole vers les
rai é folio i té hitia raa cieux il fit voile au lever .
o té ra, du soleil.
€ Il fit voilé à gauche, vers le nord; et là, dormant avec sa femme, » le guide des marins, il donna naissance à l'étoile rouge, cette » étoile rouge, qui brille le soir, sous deux faces... Etoile rouge, ce » dieu, qui vole dans l'ouest, prépara sa pirogue, pirogue du grand » jour, qui cingle vers les cieux. Il fit voile au lever du soleil. »
O Réhoua (i) éjano i té L'étoile Réhoua passe dans
ama ama noui ia atéa a rétendue ou grandeur de l'horizon
noho i té vahiné té Oura dormait avec la femme l'étoile Oura
Tanéipa fanaou aéra tana Tanéipa d'eux sont nés leurs
( I ) Leur année commençait quand^cette-^oile^se^aaorrtrait le soir. C'était vers octobre.
2iO —
urii o té houi tarara ia
rois , les gémeaux près
matarii.
ou en face des pléiades.
«Rëhoua s'avance dans l'étendue. 11 dormait arec sa femme » Oura Tanéipa ; d'eux sont nés les rois , les gémeaux, eh face des » pléiades. ■
Ce langage qui , probablement , a toujours été obscur et énigniatique , l'est peut-être bien davantage , aujourd'hui , parce que ce ne sont plus là que des fragmens que les Indiens même n'entendent plus. Il est aussi fort à craindre qu'ils n'aient tout confondu au point que lés phrases paraissent souvent ne pas se lier entr' elles, et que le sens semble altéré.
Cependant , si ce que j'ai appris sur ce fragment, permet de former quelques conjectures sur le reste , il y aurait un singulier rapport entre ce système d'astronomie et celui de plusieurs autres nations.
Il est certain , par exemple , que leurs houi tarara ou gémeaux , sont les mêmes que nos Castor et Pollux(i); que \euv atouahi y qui vient dans les
(i) Voici ce qu'on raconte de ces deux enfans. Ils étaient de Bora-Bora ; et , ayant entendu leurs parens parler de les séparer , ils quittèrent la maison paternelle , et allèrent ensemble à Raïatéa , puis à Ouhaïné , à Eïméo et à 0-taïti. Leur mère , iuquiète , se mit à les chercher , aussitôt après leur départ ; mais elle arrivait toujours trop tard dans ces différentes îles. Cependant, à 0-taïti , elle apprit qu'ils y
nuages moutonnés , est notre étoile du berger ; et que leur naunou oura , qui brille le soir sous deux faces , est notre sagittaire , que les anciens ont quelquefois représenté sous cette forme. Quant à l'explication du reste, dans la crainte de me perdre en interprétations trop positives d'un texte fort obscur, j'attendrai , comme je l'ai dit , que de nouvelles découvertes viennent me permettre d'oflfrir au public une explication plus satisfaisante.
11 est à regretter, sans doute, qu'il ne reste pas quelque monument , quelque signe plus authentique qui vienne , tout en appuyant ces traditions , aider à en dévoiler le mystère. Ces monumens , au reste , ont existé.
Les statues colossales de l'île de Pâques, de Laïvavaï et autres lieux , peuvent du moins le faire présumer. Dans cette première île , qui n'est qu'un point presqu'imperceptible au milieu d'un immense océan , situé, d'ailleurs, à deux mille milles du continent de l'Amérique, et à plus de seize cent mille de toute autre terre , on trouve non-seulement des habitans , mais encore ces statues dont la masse , et la régularité relative firent l'étonnement et l'admira-
étaîent encore et se cachaient dans les montagnes ; enfin elle les découvrit ; mais ils se sauvèrent devant elle jusqu'au sommet àe la plus haute montagne ; et , de là , au moment , où , tout éplorée , elle croyait enfin les atteindre , ils s'envolèrent ver« les cieux, où ils figurent encore parmi les constellations.
tion des premiers navigateurs appelés à visiter ce lieu , peut-être le plus isolé de la terre.
Ces statues , dont quelques-unes avaient près de quarante pieds de haut, et qui présentaient une surface considérable, puisqu'elles mesuraient de huit à dix pieds d'une épaule à Tàutre , étaient d'un seul bloc , et portaient sur leur tête , en forme de bonnet, une pierre énorme , d'une autre espèce et de couleur rougeâtre. Gomment ces insulaires , sans autres outils que d'autres pierres dures , ont-ils pu tailler ces blocs? et ce qui est bien plus inconcevable encore, comment , étrangers à la mécanique , ont-ils pu les dresser d'abord , et puis y superposer d'autres pierres d'une masse énorme , dont le poids devait être considérable? Ce fait particulier, ainsi que le fait généra] de l'existence des habitans des îles de l'Océame , a donné lieu à des conjectures et à des hypothèses sans nombre. Dans l'impossibilité matérielle d'attribuer l'érection de ces monumens aux habitant actuels des îles, dans l'état où on les a trouvés, quelques personnes ont été jusqu'à supposer qu'elles devaient être habitées , jadis, par une autre race , et que les Indiens qui les habitaient lors de la découverte n'en étaient pas les aborigènes, mais y étaient venus des îles occidentales , dont ils parlaient et parlent encore la langue , comme ils en avaient et en ont encore les mœurs et les usages.
Cette conjecture s'appuie de quelques remarques judicieuses ; mais elle n'en est pas moins des plus
invraisemblables , en raison de Fiaipossibilité bien reconnue que des embarcations aient pu dériver si loin de l'ouest; et quand bien même les vents et les courans eussent amené, causé cet accident , ce que je ne puis admettre, au moins, est-il certain, qu'à en juger d'après l'imprévoyance qui les caractérise tous, ces malheureux aventuriers auraient péri, en route , de faim et de soif, avant d'avoir achevé un si long voyage. Ne serait-ce pas là, d'ailleurs, augmenter les difficultés ? Il resterait , en effet , alors , à démontrer , non-seulement comment les derniers habitans y ont pu venir, mais encore comment d'autres y seront venus avant eux; et puis, comment ces derniers, tout bruts et tout sauvages, affaiblis, abattus par un si immense trajet, auraient-ils pu soumettre , expulser ou exterminer les premiers occupans , qu'on" suppose industrieux et civilisés ? Ce sont donc là des suppositions trop peu vraisemblables pour être admises; aussi le lecteur se convaincrat-il que ces monumens appartiennent bien véritablement à la race des habitans actuels de ces îles , en examinant seulement les oreilles aux longs lobes percés de toutes ces statues, fidèle image d'une coutume encore généralement répandue chez la plupart des peuples de TOcéanie.
Il est, ce me semble, bien plus naturel de croire que les habitans actuels sont ceux qui ont toujours vécu dans ces îles , inventeurs et exécuteurs des travaux qu'on a trouvés chez eux, que d'y supposer ja
— 3l4 — ' préexistence d'une autre race qui devrait s'y être entièrement éteinte , hypothèse peu probable , et , surtout, trop dénuée de preuves pour mériter un long examen.
SECTION ÏIL