HISTOIRE
Chez des peuples qui n'ont point d'écriture , et chez qui, par conséquent, Fépoque d'aucun événement ne saurait être exactement fixée , il n'existe , à vrai dire , point d'histoire ancienne; et tout ce qu'on peut rapporter de leur antiquité historique, doit, nécessairement, se borner à quelques recherches plus ou moins positives , plus ou moins concluantes dans leur résultat ; à quelques hypothèses plus ou moins ingénieuses, plus ou moins probables. Si cette vérité d'expérience s'applique à tous les peuples qui n'en sont encore qu'au premier degré de la civilisation, dans le sens que nous donnons ordinairement k ce mot, dans notre Europe, à plus forte raison est-elle applicable à tous les peuples deTOcéanie, en général, et à chacun d'eux en particulier , vu l'isolement dans lequel lelir situation géographique les a toujours tenus de tous le.^ autres peuples du monde ; aussi ,
même chez les plus avancés d'entr'eux, peut-ou a peine remonter, pour les événemens les plus remarquables, à une ou deux générations. Les longues listes de chefs , loin de faciliter ces recherches , ne font qu'embrouiller la matière , parce qu'elles n'indiquent même pas les générations écoulées depuis les premiers d'entr'eux; cardiaque chef avait au moins deux noms et changeait souvent ces noms pluMeurs fois dans sa vie ; d'où il résulte qu'on ne sait jamais si ces diverses appellations désigneiU la même personne ou des personnes différentes. Il est, d'ailleurs, certain que les chances ae la guerre ou d'autres circonstances ont amené la substitution de familles à d'autres, et que les dernières régnantes ne faisaieiit remonter leurs annales que jusqu'au premier de leur race ou jusqu'à celui à l'existence duquel remontaient leurs souvétiirs. Ce dernier, par une politique nécessaire en ces lieux , se trouvait toujours fils d'un dieu, quoique bien d'autres chefs pussent l'avoir précédé. L'histoire ancienne des îles de rOcéanie ne remontadonc pas au delà de l'époque de la découverte de chacune d'elles. Tous les événemens antérieurs à ce dernier fait , sont nécessairement conjecturaux, et leur exposé ne peut avoir d'autre caractère que celui de recherches sur leur antiquité; aussi ne devra-t-on pas s'étonner des fréquentes lacunes que présentera, dans plusieurs points, la suite de ces études historiques, sur les différentes îles de rOcéanie; lactmes qu'aucune observation ulté-
rieure ne laisse guère l'espoir de remplir ; mais le plus important est toujours de tâcher d'apprécier ce que furent jadis ces peuples, par ce qu ils sont encore aujourd'hui; dans le but seul raisonnable et seul philosophique de bien constater le rang qu'ils ont occupé, ainsi que celui qu'ils occupent dans la grande famille humaine, afin d'arriver, s'il est possible , par une juste estimation de leur passé et de leur présent, à rendre à leur avenir, comme c'est le devoir de toute nation éclairée, la splendeur et la gloire qu'ils paraissent avoir dues, jadis, à une civilisation éteinte, et le bonheur qu'ils ont droit de partager, sur la portion du globe qu'ils occupent , avec tous leurs frères en humanité.
La marche à suivre , dans cette dernière partie de mon travail, m'est naturellement tracée par celle que j'ai adoptée pour la partie géographique ; et, conséquemment , elle sera , comme celle-ci , divisée en deux chapitres, dont l'un comprendra tout ce que j'ai pu recueillir de documens d'abord sur l'histoire des îles pélagiennes , et ensuite des îles archipélagiennes.
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