A O-TAÏTI
A TOIHGATABOO.
ADX FIDGI.
J loua y
Otona ,
Kniott.
Femme ,
Fahiné,
Ftfiné,
Leva.
Poisson ,
In,
Ika ,
Missimisti.
Cochon ,
Bouaa ,*
. Poiinka ,
Vari.
Hameçon ,
Mntau ,
Ma tau ,
rnki.
Soleil .
Rn,
La,
Sinea.
l-une,
Marnma ,
Afnhinn ,
Youla.
Fille,
Famaini ,
Fahiné OU Fahaini,
Noncéaléva.
Mauvais ,
Ino,
Kino,
Fa.
Grand ,
Rahi,
Lnhi ,
Léba.
1 Guerre»
Tnmai ,
• Tamai ,
Yala.
Ily a, cependant , plusieurs mots qui sont identiques ou analogues à quelques-uns de ceux qui ap-
des habitans des îles des Amis , où , d'après les traditions de ces derniers , des pirogues avaient été portées , et d'où elles étaient revenues. Depuis , ils ont continué à les fréquenter, et y ont souvent porté la guerre, pour se procurer le bois de sandal , dont ils firent une huile odoriférante. C'est par suite de ces relations hostiles ou autres , que les plus orientales des îles Fidgi ont adopté , en partie , les coutumes , les mœurs et le langage des habitans des îles des Amis , de même que certaines coutumes des Fidgi se sont introduites aux îles des Amis. Ainsi , les chefs de Tongatabou ont tous appris le dialecte des Fidgi , et le parlent entr'eux pour se distinguer du peuple , à peu près comme , dans quelques cours d'Europe , on parle le français au lieu de la langue du pays.
partieniient à la langue des îles plus orientales ,
comme :
A O-TAÏTF.
ACX FIDGI
Homme , se dit Mort , Eau,
Taata, Maté, y aï.
Tamata.
Maté.
ym, etc.
et quelques noms de nombre , ainsi :
Deux,
Jroua , '
Roua.
Trois ,
Atoro ,
Tolo.
Six,
Eono^
Ono. .
Sept,
Filou ,
Fa'tou
Neuf,
Cheiva ,
Taîvra
Mais il paraît que ces rapports ont pour cause uui-r que celle, que j'a^ déjà mentionnée, c'est-à-dire les communications des habitans des Fidgi avec ceux des îles des Amis. Tout le reste de leur langage , en effet, n'a plus la moindre ressemblance avec les dialectes des îles orientales. Les mots n'ont pas la mêrhe racine; la construction des phrases est toutà-fait différente ; ce qui exclut toute possibilité de leur assigner la même origine.
Outre la différence du langage, les coutumes et mœurs des habitans des Fidgi dénotent , aussi , une origine différente, quoiqu'il y ait, généralement, sous ce rapport, entr'eux et les tribus orientales, beaucoup moins de différences positives que pour la langue même. J'indique à l'appui , de cette remarque, quelques-uns de leurs usages, totalement différens de ceux des peuplades de l'Est, tandis qu'ils
ont un rapport frappant avec cem?: des peuples o'cci^
dentaux , et même avec ceux de l'Inde.
C'est aux Fidgi , par exemple , qu'on trouve, pour la première fois, la fabrication et l'emploi de la poterie de terre , qui n'existe dans aucune des îles orientales, pas même aux îles des Amis. Là, aussi, les chefs prennent, sou vent, jusqu'à trois ou quatre cents femmes , parmi lesquelles ils n'^n oijt pourtant qu'un petit nombre de légitimes , et dont les enfans puissent hériter du père, les autres n'étant guère que des concubines, qu'il tient à la disposition de tous ses guerriers, et dont, à ce qu'il paraît, il ne s'entoure que pour mieux assurer son service.
Un usage singulier est que, lorsqu'un chef principal épouse unede ces femmes , filles de quelqu'autre chef, et destinées à devenir souveraines, la nouvelle mariée prend avec elle une jeune fille encore enfant, mais qui promet d'être belle , et qu'on a scrupuleusement choisie dans la classe du peuple. C'est une vierge destinée pour son mari. Elle Ivélève avec la plus tendre sollicitude ; et, quand la jeune fille est nubile , la reine , à un jour fixé , la déshabille , la lave soigneusement elle-même , fait couler, sur ses cheveux, de rhufle parfumée, la couronne de guirlandes de fleurs, la conduit ainsi, nue, à son mari, la lui présente et se retire en silence. Là, pourtant, pas plus qu'ailleurs, les femmes ne sont exemptes de jalousie ; et il n'arrive que trop souvent que , craignant de rencontrer, dans son élève, une dangereuse ri val e^
la reine trouve quelque moyen de la laisser seule avec des hommes , engage ces derniers à la séduire, ou même Taccuse , faussement , d*avoir cédé à la séduction; et inflige, alors, à cette malheureuse, la cruelle punition de lui couper le nez; aussi n est-il pas rare de rencontrer , en ces îles , des filles ainsi mutilées.
J'ai déjà fait connaître, ailleurs, l'usage de tuer les femmes d*un chef à sa mort, usage appliqué aux femmes légitimes ou reines. Pour avoir tout le mérite du sacrifice , elles doivent s'étrangler elles-mêmes. Si elles s'y refusent, leurs frères ou leurs plus proches parens les exécutent, bon gré malgré; mais, comme je l'ai dit , celles qui s'y prêtent de bonne volonté acquièrent , généralement, par-là , une haute considération , et leurs enfans sont choisis, de préférence à tous autres , pour succéder au pouvoir de leur père; aussi voit-on là, fréquemment, un fils supplier tendrement sa mère de vouloir bien se tuer elle-même; et, en cas de refus , l'étrangler de ses propres mains (i).
Les chefs y ont un pouvoir absolu. Les hommes du peuple se courî^nt , s'accroupissent ou tombent
(i) Cet usage s'est trouvé en partie aux îles des Amis et à la Nouvelle-Zélande ; mais on ne le trouve dans aucune des autres îles plus orientales. Il est certain que les deux premiers archipels le tiennent des Fidgi , etc. On y reconnaît les sutties de la côte du Malabar ( Bekan ).
le visage contre terre à leur approche* Ils emploient, en parlant aux chefs, les mots kalou (àïcu) ,bouana valou ( racine de la guerre ) , et mille autres expressions qui indiquent , avec non moins d'énergie , leur état d*esclavage et d'abjection. Tout lé bien du peuple leur appartient ; ils s'en emparent , quand ils en ont envie (i).
Çontinue-t-on à se porter des îles Fidgi k Testnord-ouest , vers les îles Salomon , la Nouvelle-Bretagne, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Guinée?, Partout on trouvères peuples qui diffèrent entièrement dès habitans de la Polynésie , tant pour la couleur et le langage, que pour les traits, les coutumes et les mœurs.
Si , au contraire , des mêmes îles on se porte à Fouest-sud-ouest, vers les Nouvelles-Hébrides., vers la Nouvelle-Calédonie ; à mesure qu'on avance dans cette direction , on voit s'y dégrader notre espèce , jusqu'à ce qu'on arrive à la Nouvelle-Hollande et à la terre de Diémen, dont les habitans, avec les Hottentots , et surtout avec les peuples de quelques-unes des Nouvelles - Hébrides déjà mentionnées, repré-
(i) Les îles Fidgi sont très -nombreuses ; quelques-unes d*entr*elles sont très-grandes et très-ëlevées. On y trouve, en abondance , du bois de sandal , de l'écailIe de tortue , etc. Ces îles ne sont encore que très - imparfaitement connues ; et les rescifs qui les entourent, ainsi que le peu de sociabilité des peuples qui les habitent , en rendent l'exploration extrêmeuent difficile.
sentent; par \etit excessive infériorité , le dernier annemi qui sépare l'espèce humaine de la brute. Tn^es races, qui végètent dans la misère et dans la turpitude , sans industrie , presque sans intelligence, se nourrissant de poissons, d'herbes et d'ordures , et dont la langue semble n'être qu'un bruit cpnfus de sons presqu'inarticulés; races dégradées, qui, par un trait unique de stupidité , ne sont parvenus à compter que jusqu'à trois, comme les habitans de la Nouvelle-Hollande ; ou , comme ceux des Nouvelles - Hébrides ei de la Nouvelle- Calédonie , comptent par cinq, et ne vont que jusqu'à dix, «nombre des doigts des deux mains réunis (i); races dont la conformation, enfin, au moins quant à l'extérieur, semble à peine se rattacher à l'humanité , et tenir plus à l'orang-outang qu'à l'homme. Ni chez eux, assurément, ni depuis les îles plus occidentales des Fidgi, jusqu'à la Nou-
fi) Les doigts de la main ont pourtant aussi servi , cQmme premier moyen de calcul , chez la race olive ou chez les habitans des îles situées à l'est de l'Ooéanie, ainsi que le prouve si bien leur mot rima ou lima , qui signifie, partout, main et cinq ; mais il est à remarquer que , chez les Malais , ce dernier signifie également cinq , mais non plus la main , qu'ils aésignent par un autre ; ce qui démontre que leur système de numération est originaire de la Polynésie j car il est certain que let peuples chez qui main et cinq s'expriment parlé même mot , sont les invcuteors de cette manière d ecompter. Oeia prouverait ëgàtement que c'est de ce c6té qu'il y avait le plus de civilisa tio1:i.
vëlle-Guinée , dont les habitaus sont presque tout aussi liideux , il n y a pas la moindre alRnité avec la belle espèce qui peuple les îles de Tocéan Pacifique, depuis le voisinage du continent américain jusqu'à la frontière de l'Océanie la plus reculée ver<i Touest.
On peut flaire les mêmes observations , quoique d'une manière moins frappante, en se portant des îles des Amis, au nord-ouest et h Touest-nord-ouest, en suivant les iles qui s'étendent depuis les îles Wallis,par 12° à i3° de lat. sud. et i78odelong. occid. environ , jusqu'aux Pescadores et aux îles Mariannes. Là, également, à mesure qu'on suit cette direction, les traits et le langage des habitons changent , jusqu^à ce qu'on arrive aux Philippines, à Macafssar ou Célèbes, aux lies indiennes, où les nombreux dialectes, d'ailleurs totalement étrangers les uns aux autres, mais offrant encore, de temps à autre, quelques mots de la langue polynésienne , en diffèrent, néanmoins, tous essentiellement par le génie, sous tout autre rapport; et, surtout , manquent de duel, l'un des caractères distinçtifs les plus remarquables de l'idiome de la Polynésie, strictement reconnu et rigoureusement employé dans toutes les îles, même par les classes les plus ignorantes et par les tribus les plus sauvages.
Cette différence , observée tant pour les traits que pour le langage , dès qu'on avance à l'ouest de Tongatabou , n'est-elle pas une preuve convaincante que les peuples qui habitent les iles dont j'ai parlé , et
que , pour être plus clair , je nommerai seuls Polynésiens , ne sont pas venus de l'ouest ? Comment, en efi'et, dans toutes les îles, depuis laNouvelle-Zélande jusqu'aux Sandwich, et depuis les îles des Amis jusqu'à Tîle de Pâques, ne parlerait-on qu'un seul et même langage? Comment ce langage serait-il, chez les émigrans, pur et sans mélange, tandis qu'à leur point de départ il en resterait à peine quelques traces, chez des peuples qui l'auraient abandonné pour en adopter de nouveaux, presqu'aussi nombreux que leurs îles , et qui existaient déjà aux époques les plus reculées où l'histoire puisse remonter (i) ? ^ Ces diilicultés , et, surtout, celle qui naît de la
(i) Les aborigènes des îles Malaies ou les habitans qu'on y a trouvés parlaient tous différentes langues. A Timor , il y en avait, et il y en a encore au moins quarante ; à Bornéo, on en compte plus de cent ; et, néanmoins, les tribus les plus civilisées mêlent toujours , à leur idiome , quelques mots polynésiens. M.Crawfoi;d,.quia fait les plus profondes recherches sur les habitans des îles Malaies , dit, à ce sujet , qu'une des preuves les plus frappantes qu'on puisse donner de l'influence de la langue générale de la Polynésie sur la civilisation des tribus les plus sauvages est l'analogie que présente le système de numération dans leurs différens dialectes ; et , plus loin , il ajoute que les noms de nombre des tribus le plus civilisées sont, à peu d'exceptions près , les mêmes chez toutes j qu'on trouve également chez les autres , des restes d'une numération générale identique ; que , chez les moins avancées, ces restes sont considérables , dans là moindre partie de l'échelle ; mais qu6, chez celles qui vont au delà , toutes tirent leui' numération d'une même source, c'est-à-dire , de là langue polynésienne.
direction des vents alises, la plus frappante et la plus facile à constater , ont fait douter , dès le principe de la découverte des îles polynésiennes, qu*elles aient été peuplées par l'ouest. On a, conséquemment, exprimé , en la regardant comme plus probable , l'opinion que ces îles pourraient bien avoir reçu leurs babitans du côté opposé , et que ces Indiens sont de la même race que les Indiens du continent de l'Amérique; mais cette opinion, quoique levant la difficulté des vents régnans, n'a , cependant , pour appui que quelques coutumes pi us ou moins analogues ; car il ne se trouve, d'ailleurs, pas la moindre affinité entre les traits et le langage. Voici, d'après ce que j'en ai pu savoir , les faits etbnologiques relatifs aux Américains , qui paraissent soutenir le mieux cette dernière bypotbèse.
Les Américains offraient des sacrifices à leurs dieux, commeles insulaires ; et, au Mexique, c'étaient souvent des sacrifices humains , comme à 0-taïti , aux lies Sandwich et ailleurs. Les prêtres américains disaient des prières , dormaient dans les temples; et , au commencement d'une guerre , donnaient leurs rêves de la nuit comme des prédictions de son succès. Le même usage existait chez tous les insulaires delà Polynésie. Chez les Indiens du Chili, et chez plusieurs autres peuples de l'Amérique, la mort accidentelle , comme d'être tué à la guerre, etc. , est seule regardée comme naturelle , tandis que la mort occasionnée par des maladies est toujours attribuée
VOY. AUX îr<ES — T, II. i6
à rinimitié de quelque personne qui, par des prières et des sacrifices, obtient , des esprits malins ou démons, le pouvoir d'occasionner ces maux. Dans ce cas, on consulte les sorciers, qui s'enferment dans la maison avec la famille du défunt, y accomplissent plusieurs cérémonies, y récitent des prières, et prétendent qu'alors les dieux leur font connaître le coupable , qu'ils nomment à la famille , ce qui ne manque jamais d'attirer la vengeance de tous les parens sur le malheureux accusé , d'autant pi us facilement victime de poursuites acharnées, qu'il ignore jusqu'au Mt çiême de l'accusation dont il est l'objet. Pour pci» qu'on se rappelle ce qui a été dit des usages superstitieux des insulaires, on reconnaîtra qu'il serait difficile d'en trouver déplus identiques. Il n'est pas jusqu'aux terribles conséquences de l'incrimination des sorciers , qui ne soient absolument les mêmes sur le continent et dans les îles (1).
A la mOîitt des caciques, chez quelques nations américaines , ou tuaitplusieurs de leurs femmes. Cet usage se retrouve à la Nouvelle-Zélande , aux îles des Amis; mais il faut ajouter, comme je l'ai déjà dit ailleurs, que cet usage me paraît leur être étranger, tenir à l'Inde , et leur avoir été apporté des Fidgi.
(i) Le lecteur sera frappé de l'analogie de ces coutumes avec la mystérieuse influence du tribunal des francs-jmres , au moyen âge , ainsi qu'avec l'eiFrayante ifendetta des Corses , qui subsiste encore aujourd'l.ui.
U est, en Amériquç, une nation qui, à certaine époque de l'année, déterre ses morts pour les pleurer de nouveau , couvrant alors ces squelettes de tout ce qu elle possède de plus précieux, et les replaçant ainsi dans la terre, afin de mieux honorer la mémoire de ses ancêtres. Quelques tribus de la Nouvelle-Zélande suivent un usage presqu'absolument semblable. Là, aussi , l'on déterre les morts à certaines époques déterminées , afin de les pleurer de nouveau; comme au moment des funérailles , on se meurtrit , on se couvre la tête et^ corps de plaies profondes, faites avec la dent aiguë du requin; èt^ cela , jusqu'à ce que le sang , jaillissant à flots, viennese mêler aux larmes de nouveau versées ; manière barbare nriàis énergique d'exprimer les regrets et la douleur.
Il est de coutume, quand il y a des guerres parmi les habitans des îles océaniennes, qu'un ou plusieurs guerriers sortent des rangs, pour défier les plus braves de l'ennemi. Ces champions se battent , comme chez les anciens , en présence des deux armées. Cet usage existe également chez les Indiens du Chili. On a vu même, dans les dernières guerres de la république avec les Araucanos , ces barbares sortir un , deux ou davantage , de leurs rangs , et provoquer à un combat , d'homme à homme , un nombre égal d'ennemis; ce que les soldats delà république jugeaient rarement à propos d'accepter; car il paraît que ces Indiens ont , aujourd'hui , une grande supériorité dans les duels à cheval.
Le poncho , liabillement de Tlndien de l'AniérJqiie du sud , est absolument le même qu'un habillement dit tipouta , en usage chez presque tous les habitaos des îles. de Tocéan Pacifique.
Dans toutes les îles où croît la plante dite ava ou kava ( piper inebrians ^ Bertero), les Océaniens avaient la coutume d'en mâcher la raeine , et d'en cracher le jus dans une jatte, s'enivrant avec cette boisson. Les Indiens de FAmérique font exactement la même chose , mais avec d'autres plantes.
Les insulaires, comme les Indiens du continent de l'Amérique, se peignaient le corps derouge et de noir; ils se tatouaient, plus ou moins, dans toutes les îles. Cet usage existait aussi chez les Américains, quoiqu'il y fût plus rarement pratiqué, et tous aimaient également à s'orner de plumes et de fleurs.
On donnait au chef, chez quelques Américains , un morceau de bois, comme signe de l'engagement pris de le suivre à la guerre. Aux Fidgi, et dans quelques-unes des îles des Amis, pour toute convention , pour tout contrat , pour toute réponse à des demandes de quelqu importance , on remet, aussi , un petit morceau de bois en signe de consentement; à 0-taïti , et, dans presque toutes les autres îles, c'était la remise d'un petit morceau de bois qui , dans telles ou telles circonstances , prévenait les intéressés de se rendre aux Marais.
Les pirogues des habitans de Chiloé et autres îles
de cet archipel ont quelque rapport avec celles des insulaires de la Nouvelle-Zélande.
Je suspends ici ces rapprochemens, présentés par le seul désir de rendre hommage à la vérité , dans Tintérét d'une thèse qui n est pas la mienne; car, je ne considère pas les usages, quelque semblables qu'ils soient, comme une puissante autorité, si des analogies de langage ne viennent les corroborer de la leur. Il me paraît, en efièt, démontré que, dans une situation donnée , les hommes se rapprochent, en quelque sorte, instinctivement, par une certaine tournure d'esprit qui leur est commune, et qui, surtout à l'état sauvage, à l'état d'ignoranca , et quand ils flottent encore dans le vague , les fait tomber, partout, dans les mêmes vices, et les entraîne dans les mêmes erreurs. Quoi de plus frappant, comme application de ce principe , que les cruautés commises par toutes les nations au berceau, surtout en matière de religion et de culte ? Partout les mêmes superstitions amènent les mêmes résultats ; et la preuve que de pareils rapports ne tiennent qu'à des inclinations, en quelque sorte , innées dans notre espèce, c'est qu'il ne se trouve pas un peuple sur la terre, quelqu'opposé qu'il soit, d'ailleurs, aux autres , soiis d'autres points de vue , que le fanatisme n'ait conduit aux sacrifices humains et à telles autres atrocités non moins révoltantes. Il est donc certain qu'on ne peut rien conclure des usages, quand on les voit ainsi généralement répandus chez
les nations ù leur epfance ; et il est prouvé que , pour les mœurs et pour la religion , le> hommes , placés dans les mêmes circ;onstances, s'imitent presque toujours, quoiqu' éloignés les uns des autres, et sans avoir jamais eu la moindre communication.
Il n'en est pas de même pour les langages; là, tout rapport doit être concluant ; mais il faut que ce rapport soit positif; car si les mots ne sont pas absolument les mêmes, si Ton ne les rapproche qu'en les mutilant , comme le font souvent certains étymologistes, on ne peut en rien conclure, d'autant plus qu'il ne suffit pas de voir les mots écrits, puisqu'il faut encore en connaître parfaitement le son propre, savoir au moins à quelle nation appartient celui qui les a tracés, et s'il ne s'est pas mépris sur la valeur intrinsèque de telle ou telle des syllabes qui les constituent(i). Quand donc quelques, mots, dans les nombreu;^ dialectes des Américains^ auraient une ressemblanjce éloignée avec des mots qui signifient la même chose dans le langage de ces îles ; il me semble qu'on n'en pourrait tirer aucune induction concluante ; car, de faibles rapports , on en trouverait partout ; à telles enseignas que je pourrais citer plusieurs mots
(t) J'ai vu souvent les mêmes mots des dialectes de ces lies écrits par des personnes d'une même nation , sans qu'il fût possible d'y reconnaître la moindi'e ressemblance. Que doit-ce donc être de ceux écrits par des gens qtii ne parient pluà la i^ême langue , surtout quand on] veut les comparer avec] les mots des langues mortes ?
des dialectes polynésiens qui ont de la ressemblance avec l'espagnol et le français. En conclura-t-on que les habitansde la Polynésie descendentde ces nations civilisées ?
Or , on n'a reconnu, jusqu'ici , pas même lanalogîe la plus faible entre la langue polynésienne et les langues américaines , et s'il y a rapprocbement entre quelques-uns des usages de ces localités éloignées, un bien pljus grand nombre sont diamétralement opposés ; mais, ce qui semble le plus distinguer ces peuples, ce sont leurs traits. Un teint olivâtre, tirant sur le brun, mais non pas cuivre, variant peu dans les différentes îles , et ne tenant absolument, malgré tout ce qu'on a dit du croisenxent des races ou des castes, qu'à des causes locaîes , telles que le séjour en des îles plus ou moins boisées (i); une stature
(i) Il n'y a presque pas un navigateur , un voyageur ou un auteur , qui , parlant de la Polynésie , ne fasse mention du mélange des races h\i des castes ; et moi , après six années de séjour dans plusieurs de ces iles , après six ans de voyages dans un grand nombre d'autres , et d'observations des plus consciencieuses , je n'ai rien trouvé qui vînt à l'appui de cette opinion. Je n'y ai jamais vu un seul individu à cheveux crépue. Si le teint des uns est un peu plus foncé que celui des autres , cette diiFér^nce n'est jamais plus sensible que celle que nous remarquons chez nou§ dans nos familles ; et , si des peuples entiers diffèrent entr'eux , cela tient absolument à des localités ou à leur minière de vivre , puisque cette diflérence disparait dès qu'ils résident quelque temps dans le même lieu. Ainsi , des habitans des iles basses de l'archipel Dangereux , en apparence si différens de ceux d'0-taïti , changent entièrement ,
élevée, et de bea ucoup au-dessus de la taille moyenne; des mtmbres nerveux et parfaitement dessinés ; un front élevé ; la contenance ouverte ; les yeux noirs, grands , vifs et pleins d'expression ; le nez très-peu aplati , la bouche très-belle, quoique les lèvres soient, généralement, plus grosses que celles de la race blanche ; la denture superbe ; la face ovale, et dont Fangîe égale souvent celui des blancs et s^en approche toujours ; les cheveux noirs et frisant à larges boucles .... Tels sont les traits physiques qui distinguent tous les insulaires, depuis Fîlede Pâques jusqu*aux îles de la Nouvelle-Zélande, des Amis et de Sandwich; tandis qu'une taille souvent au-dessous de la moyenne, des cheveux noirs , gros etplats , une couleurcuivrée, un nez épaté , et dont l'extrémité se recourbe vers la lèvre supérieure ; des lèvres grosses , une face large et plate, caractérisent tous les Américains. Enfin, et cette objection , prise à l'inverse , n'a pas moins de force contre les Américains que contre les Malaies, il parait de toute impossibilité que des embarcations semblables à celles qu*on a trouvées chez les nations du Nouveau-Monde , aient jamais pu franchir la prodigieuse distance qui les sépare de l'île de Pâques, la plus orientale des îles océaniennes connue, du
après un séjour de quelque temps dans cette dernière lie ; et , trèsr-noirs en arrivant de leurs terres nues et peu boisées, il n'est pas rare de les voir devenir aussi blancs et même plus blancs que les habitans des îles élevées.
moins jusqu'à ce jour, puisque, de quelque point qu'elles fussent parties, elles auraient toujours ei^ à franchir de douze à quinze mille milles pour atteindre cette ile, qui n est qu'un point imperceptible dans cette immensité , et auraient infailliblement péri de faim et de soif avant d'j arriver. Quant à ces auteurs, qui , d'un trait de plume , les font venir du Mexique , de la Californie, du détroit de Behring même, aux îles Sandwich; et, de là , parcourir les quatre quartiers de l'océan Pacifique, on ne peut s'empécherde sourire, au simple exposé d'un pareil système; car il suffit de jeter un coup d'œil sur les moyens de navigation des Indiens de l'Amérique, pour se convaincre que de tels navigateurs n'ont jamais pu faire autant de milles qu'on leur fait franchir de degrés; puis , enfin , comment expliquer la présence, dans les îles océaniennes, de certains animaux, le cochon, le chien, la volaille , d'espèce qu'on ne trouve point en Amérique ? D*où les auraient-ils tirés, pour les apporter avec eux (i) ?
(i) De tous ces animaux , le cochon était le plus ge'néraîement répandu; et, certainement, il l'a été dans toutes les fies élevées , puisque celles qui ne l'avaient plus en connaissaient encore le nom. L'extinction de cette espèce d'animaux s'explique très-hien , par suite des guenes , et a encore eu lieu dans plusieurs îles, postérieurement à la découverte , même en des îles où ils avaient été introduits par des navires. Plusieurs peuples se sont aussi vus Icfrcés de les détruire , faute de nourriture, et pour conserver leurs végétaux , à Râpa, par exemple , et , probablement , à l'île de Pâques , etc.
Les difficultés sont donc égales sur tous les points, S*il est impossible que les habitans actuels- de la Polynésie soient venus de TOuest, il est également peu probable qu'ilssoient partis du continent d'Amérique; mais qu'il y ait de l'affinité entre leur langage et celui des Malais , ce fait , incontestable , se prouve par la parfaite identité de certains mots des Malais avec certains autres , usités dans toutes les îles océaniennes, mots dont j'ai cité quelques-uns au commencement de ce travail. Il en résulte, pour moi ^ la certitude qu'il y a eu quelques relatipns entre les Malais et les insulaires de la Polynésie , et cette certitude , jointe au peu de probabilité que ces derniers soient venus d'aucune partie du continent de l'Amer rique, me conduit à une conclusion toute nouvelle. Loin de voir, en effet, dans les habitans des îles polynésiennes , les descendans des Malais , je verrais , au contraire , dans les Malais , les descendans des habitans des îles océaniennes , et des peuples originaires des îles de Tocéan Pacifique ; où se trouverait , dès lors , la véritable souche de ces nations aujourd'hui si nombreuses, répandues sur une si grande partie du globe et à une distance si considérable.
Les vents régnans, d'est en ouest, appuient, d'abord, beaucoup cette supposition. Il est extrêmement possible que des embarcations aient été poussées, dans cette direction , d'une île à une autre, depuis la plus rapprochée du continent d'Amérique jusqu'à la plus occidentale des îles de la Sonde; ou même
jusqu'à Madagascar, soit par les vents alises , qui régnent dix mois de Tannée, de l'une à l'autre extrémité de l'océan Pacifique , et conduisent régulière--^^ ment les hâtimens jusqu'aux Mariannes, aux Philippines et à Gélèbes ; soit par les moussons qui , à leur tour, portent , six mois de l'année ,'les bâtimens de ces dernières îles dans toutes les parties de la mer des Indes les plus reculées vers l'Ouest ; mais ce ne serait encore là, dans l'intérêt de la thèse que je cherche à établir, qu'une probabilité plus ou moins contestable. Voici des faits plus positifs.
Les Malais ne paraissent pas être les aborigènes des îles qu'ils habitent , mais ils les ont probablement conquises sur lesOran Caboo, les Oran Gorgoo, les Maroots , les Béajos , les Negros del Monte , les Harofaros, les Papous et autres sauvages farouches et hideux qu'on trouve encore à Sumatra, à Bornéo, aux Philippines, aux Moluques et dans toutes les autres îles qu'on donne toujours comme le foyer de la race malaie.
Avant d'aller plus loin, examinons quelle peut avoir été autrefois la position des peuples polynésiens, et de ceux qui habitent les terres plus occidentales, jusqu'au continent asiatique ou aux Indes. On reconnaît , au premier coupd'œil , et les relations de voyages de toutes les personnes qui ont parcouru ces mers l'affirment de la manière la plus incontestable, que ces deux nations nombreuses, mais trèsdistinctes , se partageaient toute cette étendue , de-
puis les îles habitées, au plus près du conlineiit américain jusqu'à l'est du continent asiatique et à Madagascar. La première de ces deux nations, de couleur olive, et distinguée par la beauté de ses formes, se retrouve encore , comme on l'a vu , toujours la même et sans mélange , tant pour le langage et pour les mœurs que pour les traits, depuis l'île de Pâques jusqu'à Tongatabou , et depuis la Nouvelle-Zélande jusqu'aux Sandwich; mais elle change , sous tous les rapports , dès qu'on avance plus à l'ouest; perd de sa beauté et devient de couleur plus foncée, à mesure qu'elle s'éloigne de ses limites et se mêle avec l'autre race , qui , noire et difforme , se présente dès qu'on avance à l'ouest des îles des Amis , s'étendant de là jusqu'à la Nouvelle-Hollande , jusqu'à la Nouvelle- Guinée , pour se retrouver encore dans les îles de la mer des Indes et à Madagascar. Ce peuple, qui n'est ni laid ni difforme partout où il est resté sans mélange, s'améliore à mesure qu'il s'éloigne de son foyer, lequel paraît être aux Nouvelles-Hébride», gagne en stature, en grâce , en force , et pour tous les avantages extérieurs, en se mêlant à la race olive, comme on peut s'en convaincre aux Fidgi , par exemple, et dans tous les lieux où il y a des métis.
Si , donc , la racine primitive des Malais se trouve où je suppose, aux îles ou sur un continent qui semble avoir existé dans l'est de l'Océanie, toutes les anomalies apparentes se trouveront expliquées, et l'on ne s'étonnera plus que les traits et le langage des
habiUDs de ces îles polynésiennes aient si invariablement conservé leur unité, tandis que, chez les peuples dit Malais , on rencontre à peine encore quelques faibles traces de leurs traits et de leur langage primitifs, qui varient tellement d'une lie à une autre, qu'il serait extrêmement difficile d j reconnaître quelque rapport ( i).
(i) Les peuples dits Malais me paraissent, quant a h différence du langage et des mœurs , pouvoir se ramener à cinq divisions bien distinctes , savoir :
Première division'. — Hahitans de la presqu'île de Malacca , des îles de Sumatra, de Java , de Bali et de quelques-unes des parties occidentales de Bornéo. Là, on rencontre plus de civilisation : leurs mœurs et leur langage se rapprochent, en général , quoique ces peuples différent encore considérablement les uns des autres.
Deuxième diyision. — Habitans des Célèbes et de toute la côte de Bornéo, jusqu'au 3* degré de lat. N. , du \ iQ* au 124* degré de long. E. Là, aussi, progrès dans les arts utiles ; mais leur civilisation est d'un autre genre que celle de la première division ; et leur langage , leurs mœurs et leurs institutions sont tout-à-fait dilférens.
Troisième division. — Habitans des pays situés du 10" degré de lat. S. au 2« degré de lat. N. , entre le 122» et le i3o» degré de long. E. , essentiellement de ceux des deux preinières divisions. C'est la région des noix muscades et des épices. Les peuples y sont moins civilisés , et leur langage , comme leurs coutumes et leurs institutions , différent essentiellement de ceux des premiers. Ils n'ont connu l'art d'écrire que long-temps après les autres.
Quatrième division -^ Habitans des contrées situées entre le n6- et le 128» degré de long, orientale, et entre le <• et
Cette invariable unité des traits et du langage des habitans des îles polynésiennes, s'expliquerait par le seul fait que ces peuples a^^ant, comme je l'ai dit, vécu sur un immense continent, dont leurs îles ne seraient plus que les parties les plus élevées, ont probablement été, après ce grand événement de la destruction de leur terre, chassés par les besoins ou poussés par les vents et par les flots , des restes de leur continent détruit sur d'autres restes, sans pourtant se mêler jamais avec d'autres races, et restèrent un seul et même peuple jusqu'à l'extrémité de la longitude occidentale, tandis que d'autres peuples de la môme race , qu'on trouve depuis cette frontière jusqu'à l'Inde et jusqu'à Madagascar, soitqu'ils aient quitté volontairement leiir séjour primitif, après de
I o» de lat. N. , comprenant le nord de Bornéo , la grandeile de Mindanao et rarchipel de Sooloo. La végétation , dans ces contrées , ressemble, du plus ou du moins, à celle des trois premières divisions. Il s'y trouve aussi, des épices , mais d'une qualité inférieure. En civilisation, cette division ressemble aux deux premières , mais la langue et les usages y sont entièrement différens.
Cinguieme dii>ision. — Habitans des îles Philippines , du lo" au 19" degré de lat. N. ; régions exposées aux ouragans. Là , quoique la végétation soit des plus riches, il ne se trouve plus d'épices ; et le langage ainsi que les mœurs n'y ont pas le moindre rapport avec ceux des autres divisions.
Outre les différences notables, signalées dans chacune de ces grandes divisions , il 5 a encore , dans Sumatra , Bornéo et autres îieux, de nombreux dialectes qui n'ont pas entr'eux la plus légère analogie.
grandes révolutions de leurs terresr, ou pour d'autres causes perdues dans, la nuit des temps , soit que le vent et le hasard les aient poussés , de groupe en groupe, comme il arrive encore journellement , paraissent avoir trouvé partout la race noire à laquelle ils àe sont mêlés. Qu'ils l'aient soumise, expulsée ou exterminée à la longue, ils en ont presque partout altéré les traits et corrompu le langage ; mais nulle part assez pour qu'on en puisse méconnaître l'origine; cause non douteuse de cette extrême variété des langues observée dans toutes les îles situées dans le sens de la longitude orientale, qui n'empêche pas de leur reconnaître, partout, une même racine, ou , du moins, un certain nombre de mots tout-à-fait semblables , avec des traits et des mœurs qui se rapprochent du plus au moinsde ceux des habitans des îles orientales du môme océan (i).
(1) Les peuples noirs des îles Malaies ont conservé quelque souvenir de l'anivée du peuple, qui eut une si grande inHuence sur leurs mœurs y leurs coutumes et leurs langages ; et , d'après la description qu'ils en font , c e ne peut être que celui des îles occidentales de l'océaa Pacifique ou de la Polynésie. « La » nation qui y répandit sa langue était , dit Crawford , vêtue » dune étoile fabriquée avec l'écorce des arbres et ignorait la » febrication des étoffe^ de coton. » Et plus loin : « L'époque «de 1 introduction de l'arabe chez les Malais, est indiquée » par rhistoire; des données assez eeKaines peuvent fairejiQup- « çonner celle du sanskrit ; mais celle de la lapgue polyné- >» sienne est ensevelie dans la plus profonde et même dans » une impénétrable obscurité. »
Dès qu'on place le loyer de cette grande famille de Malais dans les îles orientales de rOcéanie , on conçoit comment son langage et sa race ont pu se répandre dans toutes les directions au nord, au sud, mais surtout à Touest, à une distance si considérable. Au moyen des larges pirogues qu'on trouva chez ces insulaires , lors de la découverte , et qui portaient de cent à cent vingt hommes, il devait y avoir dans ces mers , à la faveur des vents alises, une migration continuelle (i);de là, ces peuples parlant, presque dans sa pureté primitive , en des îles très -éloignées vers l'ouest, l'idiome des îles situées à l'est de l'Océanie ; de là , aux Fidgi et même aux Nouvelles-Hébrides et aux îles Salomon , ce mélange d'hommes noirs et à cheveux laineux , avec des hommes de couleur olive, pourvus de traits, et
(i) Il existe , dans toutes les îles , des souvenirs traditionnels d embarc? Sons venues d'îles étrangères , et d'autres sur- 'prises par des vents imprévus et poussées au large, sans qu'on en ait , depuis , jamais entendu parler ; mais , dans tous les cas, la direction indiquée est toujours d'est en ouest. A 0-taïti, entr'autres événemens semblables , on se souvient d'une flotte nombreuse qui était partie de Rai'atéa pour 0-taïti , par un vent d'ouest ; quand , à peu de distance de son point de départ, le vent sauta tout à coiip au sud-est, et souffla si violemment qu'elle ne put même regagner Raïatéa, de sorte que les hommes qui la montaient ont dû nécessairement périr en mer , au bout de peu de jours , à moins qu'ils n'aient rencontré quelqu'île sur leur route.
D.on
lisant de Tidiôme des habitans des îles des Amis (i ); comme à la Nouvelle-Calédonie , dans un langage foncièrement très-diflférent , on trouve des mots qui présentent une analogie frappante avec des mots de signification identique, appartenant aux dialectes des îles de Test; ce qui atteste que les habitans de ces dernières ont, plus d'une fois, visité les naturels de cette grande île.
Tout vient à Fappui de mon hypothèse. Je Tai déjà fondée , en partie , sur les observations relatives il la direction des vents; et, en effet, les seuls vents constans qui régnent dans cet océan , sous les tropiques , portent tous à l'ouest; et ceux de sud-est et de nord-est soufflent, souvent, avec tant de violence et amènent une si forte mer, que, de Taveu des Indiens même, aucune de leurs pirogues ne jDOurrait l'affronter sans se voir presqu'immédiatement brisée; aussi , dans ce cas, sont-ils obligés de courir devant ces vents , capables de les mener d'autant plus loin , que , souvent , ils soufflent plusieurs jours de suite d'un de ces quartiers, sans varier d'un seul point (2).
(i) Cook , et d'autres navigateurs après lui^ ont trouvé à Tana une peuplade qui avait les traits et le langage des habitans de Tongatabou.
(2) Depuis mai jusqu'en novembre, les vents de sud-est sont
dominans au sud de la ligne. Les vents d'est et de nord-est
régnent les autres mois ; mais il s'y joint alors , par intervalles ,
des veTits d'ouest et du nord, qui ne soufflent guère que trois
VOY. AUX ÎLES. T. ÎI. jn
J'ajoute que, partout., sous les tropiques , les courans portent constamment dans cette direction; et, cela, d'une extrémité à l'autre de l'Océanie. Des pirogues ou tous autres bâtimens, peuvent donc, d'autant moins, faire route de l'ouest h l'est , même par des vents favorables, que ces courans leur sont contraires; et qu'ainsi que je l'ai déjà dit plusieurs fois , les vents d'ouest ne règi-e^t qu'à de courts intervalles , et ne soufflent jamais avec forceprèsde la ligne, jusqu'au j o* degré , nord et sud.
Ainsi tout «'accorde pour détruire la supposition si long-temps accréditée que la migration aurait eu lieu de l'ouest à l'est ; et toute personne qui connaît ces mers regardera la chose comme absolument impossible (i). D'ailleurs , s'il en est autrement, et si le
ou quatre jours sur trente. Il en est de même au nord de la ligne ; à cette différence près que les vents alises sont du nordest et régnent plus régulièrement toute l'année.
(i) Rien ne vérifie mieux ce fait que les observations faites par les bâtimens baleiniers qui< croisent depuis tant d'années dans toute l'étendue de l'océan Pacifique, sous la ligne.
Ceux qui naviguent à l'est de cet océan , aux environs des Gallapagos , peuvent rarement se maintenir dans ces parages ; et , quoique généralement bons voiliers , les courans les portent toujours à l'ouest. Je sais tels d'entr'cux qui ont été contraints de courir deux fois dans la même année , vers le sud , jusqu'aux vents variables , afin de remonter à Test , et de revenir , par-là, sur leurs pas. Il en est de même pout ceux qui croisent plus à l'ouest , aux environs de l'archipel , dit King's inill's i^roJip , parages fàvorabl{\s à la pèche ; mais où ils \\v peuvent jamais se maintenir, obligés qn'iN sont, .ai bout
peuple malais est efîectivement venu de si loin pour peupler les îles orientales de l'Océa nie, pourquoi, non -seulement chez les Malais, mais même chez des nations beaucoup plus rapprochées, ne voit-on pas \ se renouveler la migration de l'ouest à Test, tandis , qu'elle a encore journellement lieu dans la direction opposée? Si les Malais ont été poussés de la mord/îs Indes jusqu'aux îles situées h l'est de l'océan Pacifique, pourquoi ne trouve-t-on pas aussi, dans les îles polynésiennes , le mélange de races qu'on remarque aux îles Fidgr, aux Nouvelles-Hébrides, à la Nouvelle-Calédonie, aux îles Salomon, à la Nouvelle- Irlande, à la Nouvelle-Guinée, dans les parties septentrionales de la Nouvelie-Hollaii^e, et dans le » groupes d'îles basses qui s'étendent de quelques degrés au delà des îles des Amis , dans une direction nord-ouest, jusqu'auprès des îles des Larrons? Pourquoi, enfin, ne trouve-t-on nulle part, dans ces mêmes îles , un seul descendant des races hideuses qui peuplent l'ouest du méridien ?
En résumé , s'il est vrai , comme l'a dit un auteur moderne , que les foyers des populations puissent se
de quelque temps , de courir soit au nord, soit au sud, afin de ne pas dériver de manière à devoir faire , pour revenir à l'est , le tour de la Nouvelle-Hollande ou des îles Ladrones ; et, parmi tant de bâtimens qui font la pèche près de ligne, je n'en ai jamais vu un seul réussir , malgré ses efforts , à remonter lin peu à l'est , ou même à garder les mêmes parages , sans <lt'iiv(^r du plus au juoins vers l'ouest.
reconnaître k la beauté et à la perfectian corporelles de chacune des fanailles qui les corifsti tuent; et si chacun de ces foyers est le centre d'une langue- mère, d'où sont descendus différens idiomes ou dialectes, il est certain que les îles polynésiennes sont le foyer ,de la grande famille malaie; car, dans les îles polynésiennes seules, cette race joint, à une haute stature; et à de belles proportions , une régularité et une beauté de corps qui ne se trouvent nulle part dans les îles Malaies ; où , comme le langage , comme les habitudes et comme les mœurs , les traits diffèrent et semblent partout corrompus, par le mélange d* espèces moins belles et d'idiomes moins parfaits.
Cette dernière observation , qui résume , en quelque sorte, toutes les données de ce discours , m'amène naturellement h conclure que cette belle race de couleur olive et au corps tatoué, a eu son foyer primitif sur un continent situé à l'est de la mer Pacifique , et que les Malais de la mer des Indes sont leurs descendanset non leurs pères, comme on l'a cru jusqu'à ce jour.
Peut-être 'm'objectera-t-on que si le continent, dont je suppose l'existence , a existé véritablement , il a pu s'étendre, soit jusqu'à l'Amérique, dans l'est, soit jusqu'à l'Asie, dans l'ouest; et recevoir, ainsi, ses habitans , indifféremment de l'un ou de l'autre de ces deux points du globe; mais cela même paraît également improbable, en raison de la différence des langages, de la caideur, des traits, et pour les
autres, motifs déjà allégés. De pljus , si ce continent eût été gagné d'un ou d'autre côté, par leurs populations respectives, pourquoi les wimaux des lies polynésiennes sont-ils si difFérens ? Pourquoi ne trouve-t-on, dans ces îles , ni ceux de rAmérique, ni ceux des îles Malaies? Pourquoi , surtout , >ps insulaires, loin de les coni^aitre, n'en ont-ils pas la moindre idée ? Dans les combats de leurs héros , de leurs géans ou de leurs dieux, leur imagination même , souvent si riche, n'a rien créé d'analogue au tigre, au serpent et autres îjinimaux, partout si funestes à l'homme; et ils n'ont jamais trouvé ,-p<HiT éprouver la valeur de leurs divinités, d'autre» Iversaire que le cochon sauvage , ce qui prouverait qu'ils ne connaissaient point, même ^par tradition , d'animaux plus foriiiiidableS; raison de plus pour croipe qu'ils sont autochthones, et ne descendent d'aucun autre peuplé ; car, ccmiment des hommes qui divinisaient tout , lés oiseaux , les requins , les lézards , etc. , n'auraient-ils pas mis au nomlire de leurs dieux l'hôrrible et hideux crocodile, les terribles serpens , les tigres, les rhinocéros, les éléphant et autres animaux monstrueux des iles Malaies et de l'Asie? Maïs ils ne connaissaient ni ces monstres de l'Inde , ni les caïmans, les serpens, les ours, les jaguars, les pumas, et autres animaux féroces de l'Amérique. Ignorant tout l'uni vers-, ils se croyaient eux-riiêmes, avec le peu. d'animaux qui les entouraient, les seuls êtres organisés, et les uniques habitans de ce mondo.
Tout semble donc anaoncer une race d'hommes et même quelques animaux nouveaux , originaires d'une terre également nouvelle ; et ce fait me paraîtra prouvé, tant que d'autres voyageurs ou d'autres écrivains, combattant ces probabilités si fortes^par des raisons plus fortes encore , n auront pas démontré comment ils sont venus dans leurs îles, ou qu ils tirent, avec les blaiTcs et les noirs des autres parties du globe, leur origine d'un seul homme. Quanta moi, sans vouloir audacieusement m'élever contre l'autorité de la Genèse , j'admettrais la disparition de faits intermédiaires , l'infidélité des traductions , la corruption même des originaux , causes de tant de mécomptes et d'erreurs , plutôt que de faire parcourir, contre vents et courans , des mers inconnues, à de faibles pirogues , ou d'obliger ces peuples à traverser , soit l'Amérique , soit l'Asie , pour franchir, après, un océan presqu'égal en étendue , avant d'arriver dans leurs îles, où ils conservent un langage unique dont on ne trouve nulle part aucune trace, pas même chez les peuples dont on les suppose issus. Expliquer leur existence n'est pas, d'ailleurs, l'objet de cet ouvrage ; et , dans l'impossibilité de dire au juste d'où ils sont venus ni de remonter à leur origine, j'ai dû me borner à dire d'où je ne les crois pas originaires , et ce qui me paraît ne pas être. Ils ne viennent, dans mon opinion, ni du continent de l'Amérique, ni du continent de l'Asie; et j'ai déduit , avec franchise , tous les motifs sur lesquels me
semble se fonder naturellement cette conclusron toute négative ; mais dire comment ils sont venus dans les lieux qu'ils occupent aujourd'hui , serait tout aussi difficile ou plus difficile encore, peut-être , qu'expliquer comment le noir a pris sa couleur et diflfère si fort du blanc, tant au physique qu'au moral.
Telles sont mes idées particulières sur ce sujet encore si neuf , quoique déjà si souvent traité; et, qu'on les admette ou non , je ne les croirai pas toutà-fait stériles pour la science, si les amis de la science même y puisent des sujets de méditations nouvelles ou des motifs pour donner l'essor à leurs propres spéculations ; car c'est là èe qui garantit les jouis* sances de l'esprit aux individus , et aux peuples les avantages de la diffusion des lumières.
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