ILES HARVEY
Nous ne pouvons noter, quant à l'histoire de ces îles, que la date de 1777 , époque de la découverte de Mangea, par le capitaine Cook.
Les habitans de Mangea ont adopté la religion chrétienne; mais ayant, mieux que les autres Polynésiens, conservé leurs anciennes habitudes, ils, ont, jusqu'à présent, moins qu'eux, souffert deladépopu-
lation , quoiqu'ils ne soient déjà plus , à beaucoup près, aussi nombreux qu'ils l'étaient k l'époque de la découverte de leur île.
SECTION Xi
ILE MATILDA'S ROCK ou ROCHER DE MATHILDE
Cette île paraît être celle que Carteret a décou* verte en 1767, et qu'il avait nommée Osnaburg; mais elle est plus connue sous le nom de Rocher de Mathilde , nom qu'elle reçut d'un baleinier américain qui s'y perdit en 1792. L'histoire de ce naufrage n'est qu'impajrfaitement connue. Il paraît que la Mathilde courut de nuit sur un rocher de corail qui, élevé aujourd'hui au-dessus du niveau de la mer , constitue une partie de l'île actuelle; mais le nom de Roçk^, rocher, qu'elle donna à la localité, pourrait faire croire que l'île n'était pas alors aussi formée qu elle parut l'être, plus tard, au capitaine Beechey , quil'aborda en 1826, la vit en partie boisée, y trouva des débris du naufrage, mais point d'habitans. On ne sait pas, d'ailleurs, si les naufragés y firent un long séjour; mais, dans4e courant de la même année
( 1792), ils arrivèrent à Otaïti, sur leurs embarcations.
En 1 83 2, une barque de Valparaiso , dans laquelle j'avais un intérêt, s*y présenta et y trouva des cases, ce qui dut faire supposer quelle avait des habitans; mais ceux-ci se cachèrent si bien qu'on n'en put voir aucun. On avait eu le plus grand soin de ne rien faire qui pût leur être désagréable; et des plongeurs ayant pris quelques bagatelles dans une des ca«es, ce dont on ne s'aperçut que lorsqu'ils furent sortis du lac , une embarcation fut expédiée tout exprès pour restituer ces objets.
Deux ans plus tard (i834), un bâtiment d'0-taïti Taborda à son tour. Sa conduite imprudente lui fit avoir, avec le petit nombre des insulaires, qui, cette fois, ne craignirent pas de se montrer, une querelle, où la moitié de ces derniers périrent. En parcourant l'île, les hommes de l'équipage trouvèrent un certain nombre d'objets qui, évidemment, avaient appartenu à la Mathilde; et, entr'autres , une cloche, déposée dans l'une des cases. Ayant besoin de cet objet à bord, ou ne se fit pas scrupule de l'enlever, en y joic-nant , probablement, beaucoup d'autres choses; et les Indiens se sauvant toujours, h l'approche des étrangers , on ne put avoir de communications avec eux. Soit qu'ils attachassent quelqu'idée superstitieuse à la possession de cette cloche, qui devait, d'ailleurs , être , pour eux , un objet admirable; soit qu'ils fussent indignés de se voir dépouillés de ce
-. 35i — qu'ils pouvaient regarder comme leur appartenant légitimement, puisqu'ils lavaient, depuis longtemps, recueilli dans leursderaeures,ilparaît certain quils guettaient le moment de punir' sur les étrangers , la violation de l'hospitalité et du droit de propriété; car , dès qu'ils virent les embarcations parties pour la pêche, ils attaquèrent, à Timproviste ,' une femme, un vieillard, et quelques jeunes garçons du navire , laissés à terre. La femme et les jeunes gens parvinrent à se sauver; mais le vieillard fut atteint et tué. Aux cris de la femme, une des embarcations vint, de suite, à son secours. Les habitans de Tile, au nombre dehuit, dont quatre femmes et quatre enfans, eurent Timprudence de faire résistance. Un des hommes, armé d'une lance, l'envoja, avec plus de force que d'adresse, au milieu des assaijlans, dont un, ancien guerrier d'0-taïti, en évitant le coup , saisit l'arme à la volée, la renvoya aussitôt-, d'un bras mieux exercé, à l'imprudent qui s'en était dessaisi; et avec une telle vigueur, qu elle le perça d'outre en outre. Ce coup fut le signal de la retraite pour les habitans de l'Ile, dont deux hommes et un jeune garçon parvinrent seuls à se sauver. Les autres, deux femmes et deux enfans, furent atteints et impitoyablement mis à mort par les insulaires de Râpa, à qui leurs coutumes ne permettent point de faire quartier, quand ils ont à venger la mort d'un des leurs.
Après ce malheureux événement , on quitta ce triste lieu, abandonnant à leur destinée les trois in-
fortunés qui, soustraits à la mort, étaient les plus à plaindre de* tous; car, quel sera désormais leur sort, privés de leurs compagnes, sans espoir d*en avoir jamais d'autres ? Que de pleurs, que de gémissemens les attendent dans ce désert, et quelle perspective pour leur avenir , sur cette terre de désolation ^ où , sans nul doute, ils ont été jetés, d'ailleurs, par un naufrage ! Que de maux nous avons causés à ces malheureuses contrées! Meurtres, combats , maladies , corAiption physique et morale, destruction de peuplades entières, marqueraient* chaque page de Thisloire de nos relations avec elles; et, si tous les faits en étaient connus, il faudrait, comme dans celle de la conquête des Amérique , écrire en traits de sang les détails de nos visites dans ces îles.
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