‹ Voyages aux Iles FeroëChapitre 16 sur 26 · LL · texte numérisé non relu

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brumes fugitives qui ajoutent à l'horreur, on éprouve une impression de grandiose désolation qui étreint et ravit à la fois. Ce sont, je le répète, des ascensions périlleuses et, à un moment donné, ayant voulu chercher un chemin plus facile, je me trouvai obligé de parcourir plus d’un kilomètre au-dessus d’un effroyable précipice, le long d’une muraille lisse et surplombante, avec à peine la place de mes pieds et obligé de me raccrocher à chaque instant aux crevasses de la muraille. Une autre fois, ne trouvant d'autre issue, il nous fallut grimper avec mains et genoux sous une cascade qui débitait tranquillement sur nous son eau glacée. Les roches forment un chaos absolument extraordinaire : tantôt, ce sont des blocs énormes ; tantôt, des amas concassés et effrités évidemment par les gelées. Enfin, au sommet, nous mangeons notre déjeuner arrosé d’une délicieuse eau de source coupée d’anisette. Nous sommes sur le bord d’un précipice de 600 mètres de profondeur. Il fait tellement froid que, malgré la fatigue de la montée, nous mangeons debout en marchant pour nous réchauffer. La vue est superbe et nous avons la chance de pouvoir profiter d’une belle éclaircie de brume. Les sommets de ces montagnes affectent des formes bizarres de forteresses, avec des plates-formes horizontales ; ils sont parfois si étroits qu'on peut s’asseoir sur la crête, une jambe pendant sur chaque

versant. Le panorama est féerique : nous voyons presque toutes les îles coupées par les fjords qui paraissent de

minces rubans bleus. Les effets de lumière, perpétuellement changeants grâce à la brume, ajoutent à la beauté et à l’étrangeté du spectacle.

Mais il faut redescendre et, pour ne pas reprendre la même route, nous nous risquons et nous engageons sur une muraille à pic. Il faut bien se tenir, des pieds et des mains, et choisir soigneusement les rebords. Après 200 mètres de cette vertigineuse opération, nous nous trouvons, étonnés de notre exploit, sur le sommet d'un col. Là, nous voyons un semblant de sentier que nous suivons, qui longe un effroyable précipice, pour aboutir enfin à notre point de départ. Ce sentier, si on peut l'appeler ainsi, mène aux villages qui se trouvent sur l’autre côté de Borde, baignés par le Quanna Sund, et est suivi par le médecin quand le temps lempêche d'aller voir par mer ses malades. Nous le voyons d'ici, dans les nuits d'hiver, par la neige, suivant cet interminable casse-cou !

Les Féringiens, sans oser l'avouer, croient encore aux légendes, sirènes, femmes-phoques. nikkars, poulpitecs, etc. Légendes presque obligatoires dans ce pays étrange où les courants, les raz et le vent n'ont pas de limites dans leur force, puisqu'on trouve, à des cen- taines de mèêtres de hauteur, des poissons de mer emportés par les trombes d’eau; pays dont les brumes perpétuelles mais mobiles font changer l'aspect des choses à chaque instant, où les longues nuits d'hiver s’éclairent d’aurores boréales, où l’homme est continuellement en lutte avec la nature, subitement entraîné à sa perte et miraculeusement sauvé quand tout espoir semblait à jamais perdu pour lui !

Il faudrait des volumes pour raconter les légendes que l’on peut recueillir là-bas et qui, d’ailleurs, sont presque toutes des légendes Norses. Je me contenterai

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