‹ Voyages aux Iles FeroëChapitre 17 sur 26 · ADR (ETES · texte numérisé non relu

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de rapporter celle de la femme-phoque dont on nous a montré un descendant à Thorshavn : il est certain qu’il avait les doigts légèrement palmés, malformation souvent héréditaire et qui s'explique sans l'intervention d'un phoque. |

La voici telle qu'elle m'a été contée de la bouche d’un membre de cette intéressante famille :

« Il faut que vous sachiez d’abord qu’au fond de la mer, dans les fjords les plus profonds, il existe un grand pays très peuplé où vivent, au milieu des plaisirs, des gens comme nous; ceux-là sont les amis du kraken, des poulpitecs et des sirènes, mais, s'ils méprisent l’homme, 1ls ne cherchent pas à lui faire de mal.

« Ces gens peuvent, quand ils le désirent, en se servant d’un phoque, remonter sur la terre, et là, prenant une forme comme la nôtre, se promener et s’ébattre sur la plage. Mais malheur à eux si, pendant qu'ils se promènent, le phoque qui les a amenés est tué et sa peau dérobée : ils ne peuvent plus alors retourner dans leur domaine sous-marin, car aucune autre peau que celle du phoque qui leur a servi pour venir n’a le pouvoir de les ramener ; et, les rares fois où celà est arrivé, ils ont traîné sur la terre, fuyant les hommes, mienant

‘une existence misérable.

€ Or, un jour, il y a bien longtemps de cela, — quelques années après que les pirates turcs étaient venus tout dévaster ici —, un de mes arrière-grands-pères qui habitait le village de Saxen était suspendu à une corde, cherchant des oiseaux dans la falaise, quand, en regardant sur la plage au-dessous de lui, 1l vit distinctement trois phoques qui venaient d'aborder. De ces trois

phoques sortirent petit à petit trois femmes qui lui parurent fort belles et qui se mirent à jouer et à courir au milieu des rochers. Elles restèrent ainsi quelques heures, puis rentrèrent dans leurs phoques et disparurent de nouveau dans la mer.

Rade de Klaksvig.

« Le lendemain, le même événement se reproduisit et, décidément, une de ces femmes était très belle.

« Le jour suivant, mon aïeul descendit de sa falaise et se cacha derrière un rocher. Bientôt, les phoques arrivèrent, mais, cette fois, beaucoup plus nombreux, et aux femmes se mêlèrent quelques hommes. La jolie femme était toujours là et Hans (car comme moi il s'appelait Hans) ne pouvait quitter des yeux sa taille

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souple, sa bouche riante et ses superbes cheveux noirs qui traînaient jusqu'à terre.

« À partir de ce moment, il devint triste et ses pensées ne pouvaient se détacher de cette femme : l’amour, comme une maladie, était entré dans son cœur. Tous les jours, 1l allait se cacher derrière le rocher et il attendait. Quand :ïl faisait beau, les habitants sous-marins venaient avec leurs phoques ; quand il faisait mauvais, Hans ne les voyait pas, et il se lamentait et se frappait la tête de désespoir. Enfin il n’y tint plus et, après avoir bien remarqué de quel phoque sortait la belle étrangère, profitant d'un moment où elle était très éloignée de lui, il courut à l'animal, le tua et, rapidement, avec son couteau le dépouilla de sa peau, tandis que les autres habitants de la mer, rentrant effarés dans leurs phoques, plongeaient et disparaissaient dans les flots.

« La pauvre femme était restée sur la plage, pleurant et gémissant. Craintive d’abord, hésitante, puis enfin décidée, elle vint trouver Hans, le suppliant de lui rendre la peau du phoque, s’arrachant les cheveux de désespoir, se roulant à ses pieds.

« Hans était bon et il aimait. Cette douleur lui fit grand'peine ; mais sa peur de voir disparaître la femme était telle qu'il fit appel à toute son énergie et, semblant ne pas comprendre, s'enfuit jusqu'à sa maison, emportant la peau.

« La femme le poursuivit, mais il put arriver avant elle et cacher la dépouille sans qu’elle s’en aperçût.

« Pendant de longs jours elle fut inconsolable. Mais Hans était un bel homme, il était brave, illaimait sin-

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