‹ Voyages aux Iles FeroëChapitre 18 sur 26 · UT PRO. 2 T · texte numérisé non relu

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cèrement, il se fit aimer de l’étrangère qui prit son parti de sa nouvelle vie et l’épousa.

« De longues années ils vécurent heureux ensemble et ils eurent plusieurs enfants beaux comme eux, mais dont les doigts étaient toujours palmés comme ceux de mon petit. De temps à autre, quand la femme pouvait s'échapper sans que son mari la vit, elle s’en allait sur le bord du fjord et conversait longtemps avec un phoque qui venait la retrouver ; et le soir, elle était plus triste que de coutume. Un jour, le père étant absent, les enfants jouaient dans la maison et, curieux comme tous les gamins de leur âge, s’amusaient à fouiller les armoires. Tout à coup la mère, rentrant dans la pièce, poussa un cri : elle venait d’apercevoir entre les mains des petits la peau de son phoque cachée depuis des années, sans qu’elle le sût, au fond d’un vieux coffre qu'ils venaient de vider.

« Embrassant tendrement ses enfants, elle s'empara de la peau et, maîtresse maintenant de pouvoir rentrer dans la mer, elle alla se jeter dans les flots. Vous peindre le désespoir de mon aïeul à son retour serait impossible. Il passait ses journées à pleurer sur le bord de l’eau, appelant sa chère femme désormais perdue pour lui. Une fois, elle revint à la surface de la mer, et de loin, lui conta qu’elle l'avait beaucoup aimé, qu'elle avait srand regret de l’avoir quitté, mais qu'avant de l'épouser elle était déjà, dans le monde sous-marin, la femme d'un autre qu’elle aimait aussi et dont elle avait depuis longtemps des enfants ; enfin que c'était à lui qu'elle se devait.

« Hans ne se consola jamais et il mourut bientôt,

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« C’est de cette famille-là que nous descendons. La preuve, c'est que fréquemment les enfants qui naissent de nous ont les mains et les pieds palmés. Mon père, tout comme mon fils, était ainsi. Voilà notre légende telle que mon père me l’a contée et il croyait fermement à l’existence de ce monde sous-marin. »

À 8 heures, le Dr Djurhuus était à bord et, parlant tantôt anglais avec moi, tantôt allemand avec Fauvelle, c’est fort gaiement que se passa cette soirée.

Le Dr Djurhuus est un Féringien, fils du « merchant » de Klaksvig auquel appartiennent les magasins. Il à fait ses études médicales à Copenhague. C’est avec Joie qu'il s’est vu donner un poste lui permettant de revenir dans ses chères îles. En effet, les médecins des Féroë sont nommés par le gouvernement pour dix ans, mais avec possibilité de prolongement.

Les Féroë sont divisées en quatre districts : un médecin résidant à Trangisvaag, dans Suderge, responsable de la santé des habitants des îles du Sud ; un à Thorshavn, responsable de la partie Sud de Stromge, de Naalsde, dHestde, de Kolter et de quelques villes d'Osterge ; un autre à Westmanhawn, responsable de la majeure partie de Strémoe, de Waagoe, de Myggenaes et de quelques villes d'Osterge ; enfin celui de Klaksvig, responsable du reste d’Osteroe et de toutes les îles du Nord, Kalsge, Kunoe, Borge, Widerpe, Swinge et Fugloe. |

Ils sont logés par l’État dans de coquettes maisons, voisines de petits hôpitaux. L'hôpital de Klakswig comporte deux étages et contient 14 lits. Il y a une belle et grande salle d'opérations. Avons-nous besoin

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d'ajouter que, dans ce pays où tout est propre, les hôpitaux sont merveilleusement bien tenus ? Salles de bains, salle de douches, rien n’y manque. I y a même deux cabanons pour les fous qu'on trouve malheureusement aux Féroë comme ailleurs.

Klaksvig Sund. Iles Féroë.

Nous avons pu constater l'habileté chirurgicale du D: Djurhuus qui n'hésite pas devant les opérations les plus importantes, aidé seulement de l'infirmier qui administre le chloroforme ; et il a raison, puisque ses efforts sont couronnés de succès.

L'État donne une subvention au médecin, environ 2.000 francs par an; il doit soigner gratuitement les

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peu fortunés à l'hôpital, à la consultation chez lui et même chez eux; mais ceux qui peuvent payer paient toujours et notre confrère nous disait qu'il se faisait facilement de 10.000 à 11.000 francs par an, ce qui est un fort beau chiffre dans un pays où la vie est très bon marché.

Mais, si le médecin est à juste titre une personnalité estimée et respectée, son existence, toute de devoir et d’abnégation, est des plus dures ; il faut vraiment, ce qui est généralement le cas, avoir l'amour de sa profession, le sentiment de son utilité et un peu du caractère de l’apôtre pour continuer cette vie pendant des années. En effet, quel que soit le temps, quand on est appelé par un malade, il faut partir et passer des heures dans une barque ouverte, entre la vie et la mort, souvent dans l’eau glacée prodigalement distribuée par la mer et par le ciel. Il y a des trajets qui prennent une journée entière. Quand la mer est vraiment trop mauvaise, et cela a lieu surtout pendant la longue nuit d'hiver, quand la neige et la glace couvrent la montagne, il faut traverser à tout prix le ou les fjords suivant le cas, puis aller par terre à travers les cols, le long des précipices, au milieu de la brume, sans chemin, en suivant les cairns quand ceux-ci existent, précédé d'une lanterne, suivi d’un parent du malade avec la valise d’instruments et de vêtements de rechange portée, à la mode du pays, par une courroie s'appuyant sur le front.

Le Dr Labonne, dans son intéressant article sur les Féroë (Tour du Monde, 1887), raconte que le D Ringberg, alors médecin à Westmanhavn, faillit périr un

jour dans une de ces expéditions et «ne dut son salut qu'à sa courageuse femme qui, l’accompagnant dans toutes ses courses, parvint à le retenir sur le bord d’une crevasse où déjà il était engagé ».

Le D' Labonne rapporte également une lettre qu'il reçut, à son retour à Paris, d'un Féringien sachant le français et que je me permets, à mon tour, de copier textuellement

« À propos de Suderde, j'ai à vous signaler une bien triste nouvelle. Notre ami le Dr Effersé, qui s'est embarqué sur une petite navire, il ÿ a douze jours, pour Suderge, n’est point arrivé là et nous craignons qu il ne reviendra jamais; nous conservons un peu d'espoir qu’il a pu, avec ses quatre compagnons, $e Sauver jusqu'aux Shetland-ou la Norvège ; mais c’est impossible, vu le mauvais temps pendant plusieurs jours. »

Nous reparlâmes de cet accident au D' Djurhuus qui nous donna quelques détails et je suis heureux de pouvoir rassurer tous ceux qui ont été certainement émus par la lecture de la lettre précitée.

«La petite navire» était simplement une barque ordinaire des Féroë conduite par quatre rameurs. Partis avec un mauvais temps qui ne tarda pas à devenir affreux, les cinq malheureux luttèrent pendant huit jours contre une mer terrible, ayant pour tous vivres un petit baril d’eau et une ration d’un jour de mouton desséché ; ils abordèrent enfin aux Shetland; après avoir parcouru dans cette baleinière, par une mer furieuse, les 190 milles qui séparent les deux archipels. C'était en hiver, il n’y avait aucun moyen de communication, et ce n’est qu’au bout de trois mois que le

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