AVANT-PROPOS
inhérentes aux lieux qui les façonnèrent, gardent encore leur pureté originelle.
La première visite, et la plus longue, que j'aie faite aux Féroë remonte à 1901. À cette époque, un tel voyage, à bord d’un petit bateau, était un fait assez rare et même unique dans les annales de la navigation de plaisance. J'avais donc soigneusement noté, au jour le jour, mes aventures, mes impressions, et les données recueillies sur place. En les relisant, je m'aperçois qu'elles reflètent assez fidèlement la physionomie si particulière et, comme je le signalais plus haut, immuable de ces îles. D'autre part, la littérature qui s’y rapporte est mince, surtout en ce qui concerne la langue française, pour la bonne raison qu'aucun Français n'a dû y séjourner. Il se peut ainsi que le journal de bord, sans aucune prétention littéraire du jeune homme que j'étais, soit de quelque utilité aux passagers des grands paquebots, qui passent trop vite entre les magnifiques pyramides basaltiques pour en garder autre chose qu’une inoubliable mais fugitive vision.
Avril 1934.
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En route vers le Nord (1901)
Après avoir préparé un voyage sur les côtes d'Espagne et du Maroc, je partais, le 16 juillet 1901, pour les Iles Féroë. Il est difficile d'expliquer cette brusque volte-face, aucune raison primordiale ne m'y engageant. Des mobiles scientifiques, le manque de renseionements précis sur ces régions, l'attrait de l'inconnu m'y déterminèrent.
Je naviguais alors sur une goélette à voiles de 109 tonneaux qui s'appelait déjà Pourquoi-Pas ? et que je commandais seul. Mon équipage se composait de sept hommes, plus un cuisinier et un domestique dévoué. J'avais pour compagnons un vieil ami de ma famille, responsable de ma passion pour les bateaux en m'initiant à la navigation sur le lac du Bois de Boulogne quelque vingt-cinq ans auparavant, un joyeux et inséparable camarade, le D' Fauvelle, un jeune cousin, Emile, âgé de 13 ans, enfin, naturellement, un chien, petit caniche bâtard, l'enfant gâté du bord.
Préludant aux itinéraires actuels des croisières nor-
diques nous longeâmes la côte Est d'Angleterre et remontâmes le Firth of Forth jusqu à Edimbourg. Après deux jours consacrés à la ville, nous repartions vers les Shetland: Le 1€7 août nous mouillions dans la rade de Lerwick, non sans avoir essuyé coup de vents et brume.
Je passe sur notre séjour aux Shetlandÿ bien que le mauvais temps persistant nous ait laissé le loisir d'en visiter tout au moins une partie, car il y a 85 îles dont 30 sont habitées. Elles sont séparées par des bras de mer étroits et découpées par des fjords profonds qui
- prennent le nom de Voes. Les côtes sont en général formées de falaises escarpées et pittoresques, tantôt colorées en rouge, tantôt d’une teinte noire sinistre. A l'intérieur du pays, des collines vertes succèdent à des collines vertes où paissent des moutons à la fine laine ; les tourbières alternent avec de grands lacs. Les villages sont propres, les maisons blanchies à la chaux, basses et surmontées d’un toit en chaume arrondi, maintenu par de fortes tresses. Les habitants, affables et vigoureux, diffèrent beaucoup du type anglais; il est certain que leurs ancêtres furent des Celtes, de la famille des Pict. C’est en 1468 que les Shetland furent annexées à l'Écosse; en 1588 quelques navires de l’Invincible Armada y firent naufrage et l’on suppose que ce sont ces naufragés Espagnols qui ont appris aux indigènes à tisser les remarquables châles de laine qui sont une industrie célèbre de leur pays.
La capitale, Lerwick, n'existe que pour et par la pêche du hareng. La rade, magnifique, est remplie de
bateaux anglais, hollandais, allemands, belges, norvé-
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giens et danois : quant aux français, bien qu'ils viennent pêcher en grand nombre dans ces parages, il est fort rare qu'ils touchent aux Shetland: Nous y avons cependant rencontré le garde-pêche Sentinelle,