‹ Voyages aux Iles FeroëChapitre 20 sur 26 · CET 7 = E · texte numérisé non relu

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Devant nous, terminant lîle Widerge, est le cap Ennebierg, extrémité la plus septentrionale des Féroë, puis le joli village de Widerge. Il pleut maintenant à verse et nous sommes heureux d'arriver, par une éclaircie, à l’usine de Norddeble.

Il y a quatre usines semblables aux Féroë et chacune est fournie de baleines par un petit bateau pêcheur à vapeur, portant le nom de la localité de l’usine. Celle de Nordedble est la plus importante, grâce à l’habileté et à la chance du capitaine du vapeur, homme aimable s'il en fût et qui nous invite à venir pêcher avec lui. Malheureusement 1l faudrait pour cela quatre ou cinq jours et le temps presse de rentrer en France : mais nous reviendrons.

Cette pêche à la grande baleine n'est pratiquée aux Féroë que depuis trois ans, mais elle a déjà rapporté cinquante- pour- cent à la Compagnie norvégienne qui s en occupe.

Les vapeurs sont des petits bateaux en fer d’une trentaine de mêtres de longueur et pouvant filer une douzaine de nœuds grâce à une forte et silencieuse machine. A l'avant est un canon porte-amarre lançant un harpon muni de deux branches articulées et d’un obus. À ce harpon est capelé un très fort grelin lové sur un plateau qui peut se replier et venir ainsi protéger le canon contre les embruns. Au haut du mât de misaine est une sorte de barrique, le « nid de pie », où se place la vigie chargée de découvrir les cétacés. Enfin il y a à bord un fort treuil à vapeur.

On croit généralement que la baleine est un animal qui tend à disparaître et qu'il faut aller chercher au

loin dans les mers glaciales. On peut donc se demander comment cette pêche est aussi productive et pourquoi il existe de si nombreux postes de baleiniers en Islande et en Norvège. L'explication est cependant fort simple. Il existe et il a toujours existé deux espèces de grosses baleines. D’abord la baleine «franche », ce qui veut simplement dire qu’elle flotte quand on vient de la tuer. La quantité de lard, chez celle-ci, est plus considérable et les fanons sont d’une plus grande valeur. Ce sont ces baleines qui tendent à disparaître. La deuxième espèce est la baleine dite «foncière », qui coule lorsqu'elle est tuée. Celles-ci sont très nombreuses. Elles ne le cèdent en rien par la taille aux baleines franches : elles sont seulement un peu moins grasses et leurs fanons ont moins de valeur, ce qui a actuellement peu d'importance, l’industrie les remplaçant par de l'acier.

ixtérieurement, la baleine foncière se distingue de la baleine franche par un petit aïileron qu'elle porte sur le dos et par un plissement particulier de la peau sous la gorge et sous le ventre.

Autrefois, embarqué dans de légères baleinières, on envoyait à la main des harpons portant une mince ligne ; si l’on s’attaquait à une foncière, celle-ci coulant dès qu’elle était tuée était irrémédiablement perdue et souvent entraînait même au fond lignes et harpons, parfois barque et hommes : on se gardait donc bien de s'attaquer à d’autres qu’à la baleine franche qui devint alors de plus en plus rare.

Il y a environ soixante ans, un simple baleinier norvégien, Swen Foyn, eut l’idée de pêcher la foncière avec

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les engins que nous venons de décrire : grâce au solide harpon articulé, au fort grelin et au treuil à vapeur, il est toujours facile de remonter la prise à la surface et de la remorquer jusqu'à l'usine. Swen Foyn s'établit sur les côtes du Finmark et mourut millionnaire.

Quand une baleine est signalée par la vigie placée dans le « nid de pie », le capitaine se met à l'avant, la main sur la détente du canon, et le timonier, sur la passerelle, suit les indications de la vigie pour la conduite du bateau. La baleine, qui dort le jour sur l'eau sans méfiance, s’approchant quelquefois même du navire « qu’elle prend, a dit Michelet, pour un grand frère », est tirée à quinze ou vingt mètres au plus. Obus et harpon disparaissent dans l'animal : celui-ci veut fuir, les branches du harpon s'écartent tandis que l’obus éclate, la baleine est tuée raide et coule ; on vire le grelin au cabestan et la proie est solidement amarrée à bâbord.

Les baleiniers, quand le temps est beau, prennent en moyenne une baleine par semaine ; nous en avons vu qui dépassaient 35 mêtres de longueur.

L'usine de Norddeble est dirigée par le fils de notre ami M. Lutzen, consul de France à Thorshavn, qui nous montre en détail son domaine.

Grâce à un treuil à vapeur, la baleine est hissée à terre sur un vaste plan incliné. Avec un grand couteau à lame courbe au bout d’un manche tenu à deux mains, les baleiniers la taillent en longues bandes larges d'un mètre, qui sont ensuite débitées en masses cubiques. Des godets comme ceux d’une drague montent le lard à un broyeur qui lui-même le rejette ensuite dans des

chaudières où la graisse est fondue. Il n'y à plus qu'à recueillir l'huile. Certains os sont passés également dans des sortes d’autoclaves, les fanons sont recueillis. La ‘arcasse et les viscères sont rejetés dans le fjord dont les rives, sur une longueur de plusieurs kilomètres, sont

Le petit Dimon.

transformées ainsi en un immense charnier. L’odeur de l’usine est épouvantable et nous poursuit pendant plusieurs heures, faisant presque oublier celle des cadavres avoisinants.

Cette industrie, je l’ai dit, ne date que de trois ans; mais de temps immémoriaux, les Féringiens pêchent un cétacé, le «delphinus globiceps », dont l'arrivée par bandes a lieu généralement en août ou

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