‹ Voyages aux Iles FeroëChapitre 26 sur 26 · TR · texte numérisé non relu

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preuves de liberté d'esprit, d'indépendance absolue

vis-à-vis de toute forme confessionnelle et de toute philosophie commandée. J’ai vu dans les hôpitaux et un peu partout dans le monde un grand nombre de religieuses, chez lesquelles je n’ai jamais rencontré, je dois le dire, que dévouement, que courage et que charité. Maïs je n'ai jamais vu d'apparition semblable à celle des deux Franciscaines perdues dans cette petite maison des îles Féroë. !

« Elles sont quatre ici, dans ce pays de protestants convaincus. Aussi ne songent-elles pas à combattre leur foi, chrétienne comme la leur. Elles savent qu’il faut s'attacher à ce qu’on trouve au fond du cœur plutôt qu'aux formes extérieures. Elles ne sont ici que pour faire du bien. Elles instruisent les enfants. L'année dernière elles en avaient trois. Elles en ont cinquante cette année, de 3 à 7 ans environ (1). Et c’est merveille de voir ces saintes filles, dont les convictions catholiques sont inébranlables, parmi cette population luthérienne, animée elle aussi de convictions non moins inébranlables, demeurer ainsi, aimées de tous et chargées de l'instruction et de l'éducation d’un grand nombre de jeunes enfants !

« Merveilleux résultat de la bonté, de la charité, de la simplicité de l’âme, de la volonté de bien faire, de l'esprit de sacrifice, de la pureté de la vie et pour tout dire en un mot, de la vertu ! »

Des essais de culture sont activement poursuivis ;

(1) L'année suivante il y en avait plus de 60 et les sœurs faisaient

construire un dispensaire et une grande école pour en recevoir davantage. Tous ces enfants apprennent le français.

les jardins se multiplient, des pépinières semblent vouloir prospérer.

Tout s’est modernisé, et il y a de tout, sauf des gendarmes et des prisons, car le crime est encore inconnu. Les Féringiens sont toujours de braves gens. L'intérieur restant aride et stérile, les habitations et groupements en villages n’ont de raison d’être que sur les côtes. La capture des baleinoptères, après une période de prospérité, est actuellement à peu près abandonnée. La pêche à la morue reste la véritable et très rémunératrice industrie des îles. Les femmes assurent la préparation du poisson dans des installations devenues des modèles ; presque toute la population s'emploie à les alimenter. Cette pêche à la fois locale et hauturière s'étend jusqu'aux bancs du Groénland- occidentak que les Féringiens furent les premiers à exploiter. Je me souviens avoir, ily a plus de 12 ans, vainement incité nos pêcheurs de Saint-Malo à accepter l'offre généreuse des Féringiens de les conduire sur ces lieux de pêche où ils auraient alors devancé la concurrence étrangère.

La chasse périlleuse des oiseaux de mer dans les falaises reste un sport, parfois même une ressource.

Les bienfaits du progrès, canalisés avec soin, ne rendent cet archipel que plus intéressant. Le Danemark, une fois de plus, peut être fier de son œuvre.

Les Féroë conservent leur charme grandiose qui m'envoûta lors de ma première visite. Les dix-sept îles, tufs et basaltes en amas pyramidaux ou étrangement déchiquetés, surgissent toujours de la mer; piliers immenses, elles supportent les brumes hautes

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H' à moins que monolithes gigantesques, leurs sommets ne les dominent. Les Sagas des Walkyries sont nées dans ce pays fantastique ; morcelés par le vent qui s’engouffre dans les corridors, nuages et brumes continuent à chevaucher en hurlant autour des sommets, comme les déesses guerrières immortalisées par le génie de Wagner. Les rafales d’une violence inouïe, accès de colère de Wothan ou de Thor, tombent des hauteurs en sifflant et soulèvent des tourbillons d’embruns qui sillonnent la mer. Torrents et cascades en filets ou nappes d'argent se précipitent des montagnes. La noirceur de la tourbe et des balsates est coupée par des taches d’un gazon vert, qui sert de nourriture aux 200.000 moutons sauvages venus on ne sait d’où.

Les oiseaux innombrables nichent dans les falaises escarpées, et, effarés par la sirène des navires s’envolent en nuages bruyants. Rien n’est changé malgré les vingt mille habitants actuels, qui vivent mieux et prospèrent dans cet archipel sinistre mais attirant.

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Talonnée par un rude climat, la race reste belle, forte, honnête, travailleuse et hospitalière ; son courage est proverbial. Je suis fier et ému d’y avoir conservé tant d'amis.

C'est un des rares endroits habités où je revienne toujours pour n'éprouver jamais aucune désillusion.

768 — Imp. Jouv cje (fs. Fue/Ragine. Paris. — 7-1934

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