‹ Voyages aux Iles FeroëChapitre 5 sur 26 · LN AN · texte numérisé non relu

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tieuses font des ravages terribles lorsqu'on les y laisse pénétrer. Aussi, ne peut-on débarquer qu'après avoir touché à l’une des quatre grandes (?) villes où réside un médecin. Le sergent de ville mérite quelques lignes. En effet, j dans ce pays où le crime est inconnu, il y a 22 habitants | qui, chacun leur tour pendant 24 heures, jouent le rôle de sergent de ville. Celui-ci est habillé de drap noir ‘orné de boutons dorés, coiffé d’un béret de matelot et porte au côté un sabre de garde-champêtre.

Notre première visite fut pour le consul de France. M. Lutzen. C'est un des plus riches marchands des Féroë : 1l tient une sorte de bazar très bien monté, s occupe des bâteaux, des approvisionnements, de la pêche à la morue, etc... connaît tout et met le plus aimablement du monde une intelligence remarquable à votre disposition. Il habite, avec Mme Lutzen et trois charmantes jeunes-filles, une jolie maison entourée d’un jardin rempli d'arbres vraiment fort beaux pour les Féroë et dont il est à Juste titre très fier. Tout de suite, il nous donne des renseignements sur les îles et nous charme par sa complaisance. La matinée se passe à nous promener dans la ville. Celle-ci est en pente et se compose du vieux Thorshavn et de la ville neuve. La srande différence est que les maisons du vieux Thorshavn sont petites et empilées les unes sur les autres, tandis que celles de la ville neuve sont plus grandes et se donnent plus d'air. Les rues sont bien battues, souvent très escarpées. Deux torrents traversent la ville pour se jeter dans la mer, chacun dans une des petites baies séparées par un promontoire couvert de maisons et de magasins à morue,

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Les maisons sont toutes en bois,peintes généralement au goudron, sauf celles des commerçants, du médecin, des consuls et l’école qui sont peintes en couleur crème ou en rouge. L’encadrement des fenêtres est invariablement blanc. Les toits (c'est là une des particularités de ces îles) sont faits de mottes de gazon qui pousse touffu et admirablement vert. Dans quelques vieilles maisons des îles éloignées de la capitale, on trouve encore lé « smoking room», chambre où l’on vit en famille, avec le feu au milieu de la pièce et un trou dans le toit pour laisser échapper la fumée. Mais ces maisons tendent de plus en plus à disparaître.

Grâce à leur construction en bois et à leur toiture de gazon, ces habitations conservent admirablement la chaleur ; elles sont malheureusement, dans les villages, infestées de rats et de souris, sauf dans quelques îles du Nord où ces rongeurs sont inconnus. Le toit de gazon amène aussi de nombreux pince-oreilles. A Thorshavn, il y a une auberge comprenant deux ou trois chambres fort confortables, paraît-11. Ailleurs, il faut loger chez l'habitant, ce que l’on trouve à faire facilement. La propreté est partout irréprochable. Derrière les fenêtres, il y a presque toujours un grand luxe de fleurs qui jettent une note charmante.

Les monuments importants de Thorshavn sont, avec le fort dont nous avons déjà parlé, une petite colonne commémorative de la visite du roi de Danemark, l’église et la maison du gouverneur (1). L'église, comme toutes celles des Féroë, est en bois et peinte en blanc.

(1) Il y a maintenant deux banques, un très grand hôpital, deux hôtels, ete,

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Elle a sa petite histoire : elle fut en effet construite par une mission catholique qui ne réussit pas et qui la vendit tranquillement aux protestants avant de quitter l'archipel. On a prétendu à tort qu'on y célébrait alternativement le culte protestant et le culte catholique: Ce dernier, d’ailleurs, est devenu inutile, car, en 1887, il ne restait que deux catholiques aux Féroë et, actuellement, il n’y en a plus (!). La religion des Féringiens est donc le protestantisme. Il y a 41 églises, toutes construites à peu près sur le même modèle et desservies par sept prêtres. Ceux-ci mènent une existence pénible, ar il faut qu'ils parcourent en canot de grandes distances, quelquefois par très mauvais temps. On nous contait, à ce propos, l’histoire d’un prêtre qui séjourna 15 jours dans l’île de Mÿgôgénäas où il s'était attardé après l'office pour boire certaine soupe au lait qu'il affectionnait particulièrement ! La mer s'était levée pendant ce temps, rendant l’embarquement impossible. Les Féringiens sont religieux, mais leur protestantisme est beaucoup plus large que celui des Anglais. Le samedi soir, ils lisent la Bible, vont aux offices le dimanche, mais, le reste de la journée, s'amusent comme les catholiques. Le dimanche soir, on danse tantôt les « danses anglaises », valse, polka, ete., tantôt les danses du pays; celles-ci sont des sortes de rondes cadencées pendant lesquelles on chante les louanges et les aventures du fameux Magnus Heinessen ; la danse est d’ailleurs la distraction favorite des Féringiens. Nous avons été très étonnés, dans ce pays protes-

(1) Voir page 92.

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