‹ Voyages aux Iles FeroëChapitre 7 sur 26 · TE · texte numérisé non relu

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sont élus les membres du Parlement local. Ce Parlement se réunit deux fois par an, notamment le jour de Saint-Olaf, patron des Féringiens. Le gouverneur, assisté d'un secrétaire élu par l’assemblée, préside, tous les membres étant réunis autour d’une table en fer à cheval. On se congratule, on cause un peu des affaires publiques, mais il n'y a là ni socialistes ni nationalistes et l’on ne s'injurie pas ! Ces séances sont publiques.

Il me faut encore citer,comme bâtiments importants, l’école, l'hôpital et enfin, un peu en dehors de la ville, une énorme maison que se faisait construire le consul d'Angleterre. Les intérieurs, je l’ai déjà dit, sont toujours d'une propreté extrême. De grands poêles en fonte, bourrés de tourbe odorante, en sont le meuble principal et d’ailleurs indispensable.

Malgré les torrents qui traversent la ville, il y a de nombreuses fontaines en fonte, de modèle uniforme. Quelques poteaux rouges, surmontés de carcasses disposées pour recevoir des lanternes (inutiles à cette époque de l’année), nous rappellent les longues nuits d'hiver, coupées par à peine quatre heures de jour, qui sont le partage des pays septentrionaux (1).

Pendant cette promenade, nous rencontrons de nombreux Féringiens qui nous saluent d’un aimable « goot tak », mais ne nous dévisagent jamais. Ils sont habillés de «vadmel», c’est-à-dire d’un gros lainage brun. Ils portent une jaquette sans col, à pans assez longs, et une culotte à la française avec, au niveau du genou, trois boutons en cuivre généralement débou-

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1) Tout ceci est changé : voir pages 84 et 90. S Pas

tonnés. Les jambes sont protégées par de gros bas ; les chaussures, en peau de mouton, n’ont qu'une seule couture sur le côté. Ils sont coiffés d’une sorte de béret napolitain en cotonnade bleue à rayures rouges, retombant sur le côté. Cette coiffure est absolument nationale et portée par tous les mâles depuis l’âge le plus tendre ; rien n’est drôle comme de voir les enfants ornés de cet énorme bonnet. Les Féringiens sont de magnifiques gaillards, grands, robustes et souples, qui, comme les Gaulois, se vantent de ne pas connaître la peur.

Le 29 juillet, anniversaire de Saint-Olaf, est le grand jour de fête : les habitants, ce jour-là, mettent leurs plus beaux habits, vestes bleues à boutons d'argent et silets rouges, et l’on danse tant qu'on peut. Les femmes ne portent pas de costume particulier ; cependant, elles ont presque toujours un fichu sur la tête et les bras nus serrés au-dessus du coude. Elles sont généralement belles. |

Dans les rues, énormément de chats : il paraît qu'il y en à des quantités dans la plupart des îles, mais que, cependant, ils manquent complètement dans certaines îles du Nord. Remarquons que rats et souris abondent, sauf dans ces mêmes îles. La plupart de ces chats appartiennent à une race spéciale que l’on retrouve en Norvège et en Russie : ils sont gris fer avec reflets bleuâtres, la queue légèrement zébrée de noir. Les chiens, par contre, sont peu nombreux : leur nombre est d’ailleurs limité par la loi, d’abord par crainte de la rage et de l’échinocoque si fréquent en Islande, enfin pour éviter qu'ils ne chassent les moutons. Les seuls chiens permis servent précisément à rabattre les moutons, quand on

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veut recueillir la laine : ce sont de grands fox-terriers à queue longue. Aussi, le nôtre, avec son apparence de boule de coton sale, eut-il un succès fou : les habitants qui, cependant, sont calmes et peu démonstratifs, ne pouvaient dissimuler leur étonnement et, quand nous lui fimes faire quelques tours, sauter, s'asseoir sur son... 31, fumer la pipe, etc., ce fut du délire !

Il n’y a pas de télégraphe aux Féroë (1) et le bateauposte Copenhague-Leith-Islande ne passe que tous les quinze jours en été, quelquefois toutes les six semaines en hiver. Mais tout le monde étant aimable, avec de la bonne volonté on finit toujours par s'arranger. Le soir, le vapeur norvégien qui était en rade, partait et, suirant les habitudes du pays, emportait gracieusement nos lettres et télégrammes qu'il devait déposer en passant à Leith. Nous pûmes faire de même plusieurs fois et nos familles reçurent ainsi des dépêches timbrées tantôt de Leith, tantôt de Lerwick, de Glascow ou de Bergen.

À bord de ce vapeur norvégien, comme passagers, se trouvaient les hommes qui formaient l'équipage d'une goélette de Paimpol naufragée en Islande. Inutile d'ajouter que nous les avons fait venir sur le Pourquoi Pas ? avant leur départ. Les naufragés français ne sont pas rares aux Féroë et, quelques semaines auparavant, un vapeur danois recueillait les survivants de l’équipage d’une goélette démâtée. Deux hommes avaient été enlevés par un coup de mer, deux avaient les doigts gelés et deux autres des fractures : ils furent

(1) Voir page 84.

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VOYAGES AUX ILES FÉROË 31 Se admirablement soignés dans le petit hôpital de Thors- œr havn.

Après une visite au gouverneur, M. Barentsen, homme charmant et lettré qui nous invite à diner pour PT le lendemain, chose extraordinaire à cinq heures, nous A$ } j TUTaR Le ñ

Notre pilote Harald.

nous décidons à entreprendre une longue excursion F dans les environs : il fait jour, il n’est que onze heures, 2 nous avons donc le temps. Nous descendons par le A chemin sinueux qui côtoie l’église et, à notre grand 74 étonnement, nous voyons les toits des maisons cou- f

verts de ce que nous prenons d’abord pour du linge. De près, ce sont des morues !

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La pêche à la morue est d'une importance considérable aux Féroë et en constitue presque tout le commerce. Elle se fait avec des petites baleinières pointues dans lesquelles les habitants, véritables amphibies, passent la plus grande partie de leur vie et avec lesquelles ils s’aventurent très loin, supportant des temps affreux d'une façon incompréhensible. Par suite des rafales terribles qui enfilent les fjords, les avirons n'ont pas de pêle ; car, même avec un savant plumage, des surfaces planes et larges donneraient trop de prise au vent et feraient chavirer l’embarcation. Aussi, les avirons sont-ils de la même largeur aux deux extrémités, simplement un peu aplatis à celle qui trempe dans l'eau. Néanmoins, les rameurs font avancer leurs bateaux rapidement, suppléant aux pêles par «l'huile de bras », et on leur voit accomplir des trajets énormes, 8 à 10 heures de nage étant considérées comme une chose très normale.

Par suite de l’étroitesse des fjords, on n'y trouve que du vent arrière ou du vent debout : les embarcations ne sont donc munies que d’un mât léger mis en place et enlevé facilement. Deux bouts de ligne, fixés de chaque bord sur l’arrière, servent de haubans. Sur le mât, on hisse une voile carrée identique à celle dont

, se servaient les fameux Norses. Un homme se met à la

barre ; un autre, assis sur l’avant-dernier banc, tient la drisse à la main et regarde derrière lui, amenant avec rapidité la voile dès qu'il voit venir la rafale.

La plupart pêchent la morue et autres poissons dans les eaux des îles ; quelques-uns font transporter leurs barques par des vapeurs dans les fjords d'Islande, où

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ils restent durant toute la saison de pêche. Il y a peu de temps, les Féringiens ont acheté de 80 à 90 vieux yawls de pêche anglais, voire même de vieux yachts, dont ils raccourcissent la mâture. Avec ces bateaux variant de 70 à 100 tonneaux, montés par 12 ou 15 hommes, ils pêchent autour des Féroë, de mars à juillet ; de juillet à septembre, en Islande; puis ils vont porter leur poisson en Angleterre, en Danemark et en Hollande.

Toute la préparation de la morue incombe aux femmes. Nous les verrons à Trangisvaag les lavant, les battant, les étalant ; ici, elles les font sécher tantôt sur des rochers plats où elles forment comme des taches de neige, tantôt sur les toits. Dès que la pluie commence à tomber, rapidement on les rentre dans les magasins où on les empile en tas sous des bâches pour les étaler de nouveau quand apparaît un rayon de soleil.

En dehors du côté commercial, la pêche sert à nourrir les habitants ; avec la viande de mouton, les oiseaux de mer, les quelques rares produits du sol et du laïtage, elle constitue toute l’alimentation. La viande de mouton est desséchée et mangée crue, et il faut avouer que c’est un aliment assez agréable ; chaque maison possède une baraque à claire-voie qui lui est annexée et où l’on procède à cette opération.

Les poissons sont enfilés à des ficelles et sèchent en chapelets sur le côté des maisons exposé au soleil. Quant aux oiseaux de mer, on les laisse parfois longtemps enterrés avant de les manger. Le pain, noir ou blanc, est toujours excellent et pourrait souvent lutter avec le pain français; il diffère singulièrement de la pré-

paration que l’on sert en Angleterre sous le nom de pain.

Puisque je parle de l'alimentation des Féringiens, ajoutons qu'ils sont sobres, ne se « flanquant une bonne cuite» que de temps en temps avec de l’eau-de-vie D" importée et un liquide fabriqué dans le pays avec de l'orge fermentée.

Nous voici maintenant au fond de la seconde petite baie où sont halées à terre quantité de barques que nous pouvons examiner à notre aise. À côté, un grand bazar où, pour 23 francs, nous achetons un poêle à pétrole qui, par ce temps vraiment froid, nous rendra à bord de grands services.

Une petite montée par une route bien battue, une porte en bois, et nous voilà maintenant dans la campagne de Thorshavn. Le terrain, contrairement à ce que l’on trouve généralement aux Féroë, est en pente douce sur une assez longue étendue, ce qui permettra à la ville de s'étendre tant qu’elle voudra. A droite et ë gauche de la route, quelques maisons disséminées dans les pâturages et les tourbières qui abondent dans ce pays. De nombreux torrents sillonnent la campagne et, par ce soleil, dans ce srand calme, avec l'air délicieux que l’on respire, il est difficile de s’imaginer que l’on est dans l’archipel à la réputation sinistre ; si ce n'étaient la présence de la mer et l'absence d'Anglais, on se croirait plutôt en Suisse.

Mais la route cesse bientôt, nous sommes en pleine montagne ; le temps change presque subitement et, comme nous savons que le mouillage de Thorshavn n’est pas fameux avec certains vents qui commencent à souffler, nous rentrons rapidement à bord.

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