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La mer, en effet, est devenue OTOSSe, Mais nous AVONS appris à terre qu'en prenant un des corps-morts amarrés sur une grande chaîne fixée par ses deux extrémités aux deux côtés de la rade, nous ne risquons que d’être fortement secoués : à cela nous sommes habitués. Nous
Soleil couchant dans le Hestofiord. 22 heures.
prenons donc un corps-mort par l’avant, et, par l’arrière, nous envoyons un bout à terre sur un des pieux en fer disposés à cet effet.
Le lendemain 11 août, le temps est toujours détestable : il pleut à verse et, quand la pluie cesse, la brume la remplace. On a vu ici la brume durer 21 jours ! Pourvu que celà ne nous arrive pas !
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La mer entre très grosse dans la rade et un baleinier à vapeur vient prendre un corps-mort près de nous. Nous dansons comme des marionnettes : adieu notre projet de donner une fête à bord ! Je plains les pauvres dames qui se rendraient à notre invitation. Cependant, comme le bateau est en sécurité, nous descendons à terre et faisons dans la montagne une longue et superbe excursion. Nous sommes suivis par deux courlis qui semblent nous montrer le chemin et se tiennent toujours à quelques mètres seulement de nous : on pourrait les tuer à coups de canne, mais ils ne risquent rien. Comme les Hindous, nous avons le respect de tout ce qui a été créé. Pour ces excursions à terre, je recommande fortement de se munir de bonnes chaussures imperméables, car, la moitié du temps, il faut patauger dans l’eau. Ces îles sont de véritables éponges imbibées par les pluies et par l'eau d'innombrables sources.
À cinq heures, nous nous rendons à l’aimable invitation à dîner que le gouverneur nous avait faite la veille. Réunion charmante de trois jeunes et jolies femmes, d'hommes intelligents et aimables, dans une maison meublée avec goût et où nous oublions bien vite le paysage sauvage qui nous entoure. Les dames étaient en robes de soirée, les hommes en habit ou en smoking. Le dîner était excellent, les meilleurs vins de France coulaient à flot : on se serait cru partout excepté sous le 629 !
Notre hôte le gouverneur et les convives, le médecin et le juge, l’érudit M. Bantz, parlaient le français, l'allemand et l'anglais : il nous fut ainsi facile d'abuser
VOYAGES AUX ILES FÉROË rs à
de leur patience et de recueillir de nombreuses anecdotes. Le juge lui-même insistait sur la sinécure de sa fonction, car le crime est inconnu aux Féroë ; c’est à peine, si de temps en temps, il doit intervenir pour régler un différend au sujet d’un mouton, différend qui toujours se termine à l'amiable avec une poignée de main et la phrase suivante : « Un mouton vaut-il la peine que deux hommes se disputent ? »
C’est fort tard dans la nuit que se termina cette agréable soirée d’où nous rapportions quantité de renseisnements et de documents.
Le gouverneur, diplomate danois, ayant fait ses études à Copenhague, est Féringien de naissance et a épousé à Copenhague une jeune fille elle-même native des Féroë.
L'instruction des Féringiens est remarquable : il est en effet impossible de trouver un habitant qui ne sache lire et écrire ; ils aiment d’ailleurs l’étude et 1l y a à Thorshavn une bibliothèque très fréquentée qui contient plus de 6.000 volumes. Dans les moindres villages, on trouve des écoles primaires où l’on apprend un peu de langues étrangères, de sorte que presque tous les Féringiens, outre leur dialecte dano-norvégien, parlent le danois ainsi qu'un peu d'anglais et d'allemand. A Thorshavn, il y a deux écoles, une primaire et une supérieure. On nous a montré, dans un coin isolé de l’île Borgë, un grand bâtiment où peuvent loger une trentaine de personnes : c’est une école, dite école de continuation, où n'importe qui peut aller passer trois ou quatre mois, enfermé comme un moine, pour se perfectionner dans ses études.
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Les Féringiens sont, en somme, des gens qui méritent d'être examinés attentivement au point de vue social. Race superbe, parvenue au plus beau et au plus grand développement physique et moral, pêcheurs, chasseurs et cultivateurs, ils mettent la main à tout et ne méprisent aucun travail : c’est ainsi que le « sysselman » ou maire, prendra souvent les avirons pour conduire, moyennant finance, un voyageur d'un point à un autre. Ils vivent du produit même de leur travail, mangeant les animaux qu'ils ont pêchés ou chassés et le fruit de la terre qu'ils ont cultivée. Ils font leurs vêtements eux-mêmes et, si l’un est plus habile que l’autre dans une industrie, ils échangent leurs services. Il n’y a ni discussions politiques (1), ni discussions religieuses. Leur moralité est d’un degré extrêmement élevé. Ils sont pieux, mais, en dehors de l’obéissance aux doctrines chrétiennes, font le bien surtout pour le bien, par une sorte d'esthétique morale. Il n’y a, en somme, ni pauvres ni très riches : pendant longtemps, l'argent était presque inconnu aux Féroë et, encore en 1868, Noël Nougaret (Tour du Monde, 1868) raconte que, pour entrer dans la salle de bal, on payait avec un hareng fumé !
Ils ont deux journaux : le Foeringatidindi, qui est en féringien et paraît mensuellement ; un autre en danois, la Gazette officielle, hebdomadaire. Il est vrai que ces journaux font surtout de la littérature ; ils donnent des nouvelles quand il y en a, mais ne pratiquent jamais le chantage, jamais la diffamation, et n'ont même pas
(1) I y a bien maintenant un parti séparatiste, mais son action est des plus limitées et 1l semble devoir s'étendre,