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l’idée, pour augmenter leur tirage réciproque, d'exciter leurs lecteurs à la haine.
Malgré leur vie rude, ces gens adorent leur pays et y sont évidemment très heureux.
Cascade de Westmanhavwn. (Ile, Stromo.
De Thorshavn à Westmanhavn Le 12 août, nous embarquons un homme du pays ;
il a 65 ans, en paraît 45 et nous a été procuré par le consul de France pour la somme de 3 shillings 4 pence
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par jour; comme presque tous ses compatriotes, 1l a appris à l’école à parler l'anglais en même temps que le danois et l’allemand. Il doit nous renseigner sur les courants si importants pour la navigation autour des îles, et sur les mouillages. Nous baptisons tout de suite ce brave homme du nom de Magnus Heinessen, bien que son véritable nom soit Harald.
C’est le meilleur homme du monde, gai, bon enfant, content de tout, toujours prêt à donner tous les renselgnements possibles. Il connaît admirablement son pays et est d’une utilité incontestable, mais il n'est pas habitué à un bateau aussi fort que le nôtre. Il doit en être de même pour la plupart des pilotes du pays, qu'il ne faut cependant pas hésiter à prendre, et Je ne suis pas sujet à caution puisque, depuis que je navigue, c'est le premier que j emploie.
Je demande à notre brave Magnus ce qu'il désire boire en mangeant, vin ou bière ; il me répond que, vu la réputation du vin de France, il préfère celui-ci. Aussi, Cholet lui verse-t-il à déjeuner une large rasade de vin blanc, mais Magnus se récrie, en disant qu'il n’a pas l'habitude de boire semblables verres de whisky ; on lui affirme que c’est du vin, mais il rit en disant qu'il sait bien que le vin est rouge. A la fin, il se décide à en goûter et exprime à la fois son admiration et son étonnement de boire du vin qui n’est pas rouge !
Pendant la nuit, le vent est tombé et, à dix heures, par calme plat, nous appareillons pour Westmanhawn, remorqués par la vedette.
Nous passons par le large canal qui sépare Naalsde de Strgmge, en nous rapprochant de la première à
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cause des courants qui sont en sens inverse sur les deux rives du chenal. Malgré le calme, nous sommes terriblement secoués par le raz, et la mer par gros temps doit être affreuse ici. La vedette manque à chaque instant d’être coulée et c’est à grand'peine que nous parvenons à la rembarquer.
Grâce aux courants, nous doublons la pointe Sud de Stromége et, gouvernant à peine, nous nous engageons entre cette île et celles de Hestoe puis de Kolter. « Il peut faire calme tout le temps, nous dit notre pilote, nous arriverons tout de même à 7 heures du soir à Westmanhawn. » En effet, par ces courants qui chansent de direction avec flot et jusant, ainsi que le fait 1 justement remarquer le D Labonne, le désideratum EE de Rabelais est exaucé, il Y a un « chemin qui che- ‘À mine ». En somme, c’est un trottoir roulant perfectionné dont la vitesse dépasse quelquefois 7 nœuds ; les Féringiens les connaissent bien, aussi, s’en serventils pour se transporter, mais sans chercher à entamer avec eux une lutte inutile : quand le courant devient debout, ils s'amarrent dans un coin et attendent.
Les courants causent forcément de violents raz et déterminent même de véritables mäéglstrôms aussi redoutables, paraît-il, par mauvais temps que celui de Norvège, et bien des barques ont été par eux englouties.
À notre droite, nous laissons Kirkebde, où se trouve un hameau avec une des fermes les plus importantes de l'archipel. C’est Ià que résidaient les anciens évêques catholiques. On trouve à Kirkebge la seule vieille ruine des Féroë : c’est une basilique gothique commencée par l’évêque Hilaire et que la Réforme empêcha d'a-
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chever. Les vestiges sont encore beaux et admirablement conservés. La chaux qui réunissait les pierres était fabriquée par la calcination des écailles d'une grande moule qui abonde dans ces îles.
Nous voici maintenant à l'intersection de l'Hestoe Fjord et du Waaggde Fjord et bientôt, passant entre Waagde et Strgmge, nous pénétrons dans le Westmanhavn Fjord. Le paysage est féerique : les hautes montagnes, où s’accrochent des brumes et des nuages, prennent des formes et des aspects fantastiques, tandis que de leurs flancs tantôt arides, tantôt couverts de sazon, se précipitent dans la mer de magnifiques cascades.
À gauche, nous apercevons, au fond d’une baie où il y a un mouillage, la petite ville de Midvaag. À droite, c’est le village de Quivig et subitement, dans une coupée inattendue entre deux parois lisses et à pic de plus de 300 mètres de hauteur, apparaît la rade de Westmanhawn. Cette superbe baie est comme une petite chambre s’ouvrant dans un long couloir. Fermée de toutes parts entre de hautes montagnes, c'est une rade absolument sûre, où se précipitent quatre ou cinq torrents et une imposante cascade aux eaux blanches et bouillonnantes.
Il commence à pleuvoir, mais nous débarquons tout de suite pour l’inévitable formalité du visa de notre permis délivré par la Santé à Thorshavn : dès qu'on nous avait aperçus, le pavillon jaune avait été hissé. Le sysselman, homme extraordinairement silencieux, appose son visa, nous salue et nous laisse partir, sans avoir prononcé une seule parole.
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