‹ Voyages d'Ibn Batoutah (volume 2)Chapitre 3 sur 103 · CAM · texte numérisé non relu

CAM

.… appelé Pendj Hir, nom qu'Ibn Batoutah explique par «es

vi AVERTISSEMENT.

doù Coûch, une source thermale, avec l'eau de laquelle ils se lavèrent la figure; mais leur peau fut excôriée, et ils souffrirent beaucoup. 11 est assez curieux de retrouver les mêmes effets produits par une source d'eau thermale sitùée à l'extrémité orientale de la Sibérie, près de la Tavatoma ?. Nos voyageurs s'arrêtèrent dans un endroit

cing montagnes. » En effet, on sait que pendj, en persan, signifie « cinq »; quant à hfr, c'est une altération d’un mot sanscrit qui signifie «montagne », et d'où les Persans ont fait guer ou quéry. Mais Ibn Batoutah a eu grand tort de confondre la rivière de Pendj Hir, un des affluents du Cäboul Dérià, avec celle de Badakhchân ou.Guezktcheh (la bleuâtre), qui se jette dans l'Oxus, et dont il a été déjà fait mention incidemment (t. IT, p. 24).

Depuis Kondoûs jusqu’à Perwân, Ibn Batoutah paraît avair suivi la même route que celle que prirent, au mois d'avril 1838, le docteur Lord et le lieutenant John Wood, en revenant de leur beau voyage au nord de THindoù Coûch ?. Les deux explorateurs anglais rencon-

trèrent aussi, à vingt-trois milles d’Andéräb, deux sources

d’eau thermale. La montagne de Péchai, dont parle notre auteur, est, sans doute, la même que celle dont il est fait mention dans ce passage des Mémoires du sultan Baber : « Entre Perwän et la haute montagne (l Hindoû Coûch), il y a sept défilés plus petits, que les habitants de la contrée appellent « les Sept-Jeunes » ou « Petits » (Heftpetché). Lorsque l'on arrive du côté d'Andéräb, deux

** Journal historique du voyage de M: de Lesseps, Paris, 1790, in-8”; t. IT, مم‎ 137, 130.

* À personal narrative of u journey to the source of the river Oxus, etc. London , 1841, in-8°, p. 408 et suiv.

AVERTISSEMENT. vi

chemins se réunissent au-dessous du principal défilé, et conduisent à Perwän par Île chemin des Sept-Jeunes. C'est là une route très-difficile !».

À partir du passage de l'Hindoû Coûch, Ibn Batoutah ‘se trouvait dans la contrée actuellement connue sous le nom d'Afghânistân, mais qui relevait alors du sultan de 15 Transoxiane. À Perwân, ville située sur la rivière de Pendjhir, et appelée, par les géographes arabes, Ferwân 2, il rencontra le lieutenant de ce souverain. De 18 se rendit au grand bourg de Tcharkh, nommé par les voyageurs modernes Tcharikar; puis à Ghaznah, la célèbre capitale de l'empire Ghaznévide, et à Câbaul. Enfin, il gagna les bords du Sind, non sans avoir eu à résister aux attaques des Afghâns, qui déjoua toutefois assez facilement.

Ici commence la seconde partie de la relation originale d'Ibn Batoutah, et finit la partie publiée de 8 version portugaise du ©. Moura *. Les personnes quf ne pôssèdent pas la connaissance de l'arabe n’ont donc pu, jusqu'à présent, juger du mérite de cette portion de

1١ Leyden's and Erskine’s Baber, p. 139. |

* Cf. Edward Thomas, On the coins of the kings of Ghazni, London, 1848, in-8°, .م‎ 31. M. Lee a supposé à tort que cette place pouvait être celle de Bedäoun, mentionnée par Firichtah, et dont il sera question ci-après. Bédäoun est, comme on sait, située dans le Robilconde.

* Nous avons fait voir, dans la préface de notre premier volume, combien le travaïl-du religieux portugais laissait à désirer, sous le double rapport de l'intelligence du texte et de la transcription des noms ‘propres d'hommes et de lieux, et combien il présentait de suppressions. Nous osons espérer que notre version, plus complète, plus étudiée, et dont, grâce à l’adjonction du texte, les orientalisies peuvent facilement ôler l'exactitude, remplacera dorénavant celle de notre devancier.

l'ouvrage qu'à l'aide de la traduction de M. Lee, faite sur un abrégé. Or quoique, pour ce qui regarde la péninsule en deçà du Gange, cet abrégé soit beaucoup moins défectueux que pour ce qui concerne d’autres pays, tels que l'Asie Mineure, le Kiptchak, et surtout le Hidjâz et l'Arabie centrale, si étrangement passés sous silence par l'abréviateur, il est loin, surtout pour les détails historiques, de pouvoir remplacer l'original !. Cependant, deux juges bien compétents ont rendu pleine justice à l'intérêt que présente cette seconde partie de l'ouvrage, même dans l'abrégé. « Il est fort à regretter, dit feu SirH. M. Elliot, que nous ne possédions pas un exemplaire complet du livre de ce voyageur entreprenant..... L'époque où Ibn Batoutah visita l'Inde (A. D. 1332-1342) est fort intéressante, etnous fait regretter davantage que les détails géographiques aient été rendus avec autant de confusion par l'abréviateur ?. »

' On se fera une idée de la différence qui existe entre les deux ٠ rédactions, quand on saura que ce qui, dans le présent volume, occupe trois cent cinquante-six pages, n’en remplit, dans le volume de M. Lee, que cinquante-deux, sur lesquelles il faut en déduire huit pour un extrait d’un ouvrage persan relatif à l'histoire de la forteresse de Gualior, et au moins deux fois autant pour les notes du traducteur, parmi lesquelles il y en a de fort utiles, mais aussi d'inexactes. L'abrégé traduit par M. Lee paraît avoir été rédigé avec beaucoup de négligence. En effet, on y voit l'histoire du cheïkh 1000 (et non Häd , comme on lit, .م‎ 146 de M. Lee) mélée, de la manière la plus étrange, avec celle de Behä eddin Guchtasp (ou Guerchasp), cousin germain du sultan de l'Inde. (Cf. ci-dessous, .م‎ 302 à 307 et 318 à 321.) La rébellion d'Ain Almolc est aussi racontée de la façon la plus incomplète et la plus inexacte. (Voyez Lee, .م‎ 147.)

* Sapplemgt to the Glossary of indian terms, by H. M. Elliot, Agra, 1845, in-8°, .م‎ 79, note. |

Le savant et judicieux historien de l'Inde, Mountstuart Elphinstone, après avoir tracé le récit du règne de Mohammed ibn Toghlok châh, ajoute ces paroles : « Beaucoup de particularités concernant ce règne sont rapportées par Ibn Batoutah, natif de Tanger, qui voyagea dans toute l'Asie, et visita la cour de Mohammed vers l'année 1341, et qui n'a pu avoir aucun intérêt à farder la vérité, puisqu'il a écrit après son retour en Afrique. H confirme, dans toute leur étendue, 165 récits des indigènes touchant les talents et les crimes du roi, et trace, de sa magnificence mêlée de ruine, un tableau absolument tel qu'on peut se le figurer, quand il s'agit d'un pareil souverain 1». |

Notre intention n’est point de suivre pas à pas Ibn Batoutah dans la partie de son récit qui concerne l'Inde; une pareille tâche nous entraïnerait fort au delà des bornes qui nous sont prescrites; elle n'aurait pas, d'ailleurs, une bien grande utilité au point de vue géogra- ‘phique, puisque, dans ce volume, nous ne faisons que conduire notre auteur jusqu'à Dibly, et qu'on n'y trouvera mentionnées qu'un assez petit nombre de localités. C'est surtout par ce qui regarde les régions centrales de la péninsule et les villes du littoral, que la relation de l'Inde, par Ibn Batoutah, se recommande aux géographes; or ces différents morceaux sont réservés pour le prochain volume. L'intérêt de celui-ci est plus principalement historique. Nous devons donc nous attacher à , signaler et à éclaircir, autant qu'il est en nous, 5 principaux points des annales de l'Inde dont il y est question.

' Hutory of India, t. II, p. 66.

x AVERTISSEMENT.

' Ibn Batoutah dit (p. 101) que, dans une grande et belle ville, située sur le bord oriental du Sind, et qu'il appelle Djénäny, 11 rencontra une peuplade nommée les Sémirah, qui formait la population de cette localité. 11 ajoute qu'elle y était fixée depuis l’époque de la conquête de cette ville, du temps de Heddjädj (vers le commencement du vin siècle de .ل‎ C:). Gette réflexion. de notre auteur paraîtrait indiquer qu'il regardait la tribu en question comme d'origine musulmane. Mais des détails qu'il donne plus loin sur quelques coutumes singulitres observées par elle, prouvent qu'elle appartenait, au moins pour la majeure partie, à la religion brahmanique. Or Firichtah raconte que la portion inférieure de la vallée de l’Indus obéit, pendant un siècle, à une famille de Zémindôr, ou «tenanciers hindous, » nommés les Soëmarah, سومرة‎ !: 11 dit plus loin ? que Nâssir eddin Kabâtchah, le premier souverain musulman du Sind, après la mort de Kothb eddin Aïbec, affaiblit tellement les Soûmarah, dont les uns étaient musulmans et les autres infidèles, qu'il ne resta plus entre leurs mains que 12 ville de Tatta xts, les jungles et les plaçes frontières. Aussi se résignèrent-ils à se livrer à l'agriculture ' Firichtah, édit. lithogr. Bombay, 1831, in-fol. t. II, p. 609, lig. à et suiv. (Cf. M. Reinaud, Mémoire géographique, historique et scientifique sur l'Inde, p. 256.) *.Page 610, lignes 3 et suiv.

* L'émir Ounär Assämiry, dont parle notre auteur .م)‎ 105), avait aussi embrassé l'islamisme. Plus loin (p. 137); Ibn Batoutah mentionne un prince musulman appartenant à la tribu des

Sâmirah du Sind.

et au soin des troupeaux, et vécurent-ils dans la retraite. Mais, après Nässir eddin Kabâtchah (mort en 622— 1229), ils ressaisirent par degrés le pouvoir, et arra- @hèrent le Sind aux sultans de Dihly. Firichtah parle d'un radjah de Tatta, qui s'appelait Habéchy, et qui appartenait à la peuplade des Soûmarah !. Plus loin, il atteste que les Zémindärs du Sind étaient divisés en deux troupes appelées, l'une Soëmarah , et autre Satmah (alias Samma ou Soumana) ; qu’à la fin du règne de Mohammed Ibn Toghlok, grâce aux efforts et à l’aide des musulmans, la puissance passa de la famille des Soûmarah à celle des Satmah, qui donnait à son chef le nom de Djâm*. Enfin, dans son récit du règne de Mohammed ibn Toghlok*, Firichtah rapporte que la peupladé des Soûmarah, laquelle habitait Tatta, avait donné asile à un rebelle. Un auteur persan du 53711“ siècle a mentionné une secte hindoue dont le nom et les usages offrent de grands rapports avec ceux des Säruirah, dont parle notre autear *.

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