PRÉFACE. XXVII
l'ordre de ses itinéraires ct qu'il brouille les époques. Nous avons donc cru nécessaire d'obvier aux inconvénients que pourrait offrir le plan qui nous est imposé, en intercalant, dans la table des variantes, les explications historiques et géographiques qui nous paraîtront indispensables. Des parenthèses ouvertes dans le cours de la traduction, servent à éclaircir le texte, toutes les fois qu'on peut le faire en peu de mots.
' Hne faudrait pas juger de l'intérêt du récit des Voyages ٠ d'Ibn Batoutah d'après les premières pages de sa relation. Soit que la mémoire du voyageur ne lui offrît que peu de détails sur son passage à travers les régences barbaresques, soit tout autre motif, cette partie de son livre doit nous paraître fort maigre ct fort écourtée. Il faut, toutefois, tenir compte des souflrances et des dangers qu'ibn Batoutah eut à surmonter dans cette première portion de ses courses. Dès son arrivée à Bougie, il fut atteint de la fièvre, et à cette maladie vint se joindre la crainte des attaques des Arabes. De Bône à Tunis, le voyageur se vit tellement affaibli par la maladie, qu'il était obligé de s’attacher sur sa selle avec la toile d’un turban, de peur de 3 tomber. [1 ne lui fut cependant pas possible de s'arrêter, à cause des dangers que présentait le chemin. A l'article de Tunis, Ibn Batoutah donne quelques détails intéressants sur la manière dont se célébrait en cette ville la fète de la rupture du jeûne. En partant de Tunis, le voyageur est choisi pour kädhi ou juge par les gens de la ” caravane dont il faisait partie, et qui se composait prin- . Cipalement de Berbères masmoüdites.
L'intérêt augmente avec l'arrivée d'Tbn Batoutah à "Alexandrie. Le voyageur nous décrit avec détail le célèbre . phare de cette ville, dont un des côtés seulement était
en ruine lors de son premier voyage, tandis qu'à son retour, vingt-quatre ans après, il le trouva complétement détruit. Il nous fait connaître aussi la colonne des piliers, vulgairement appelée colonne de Pompée. Sa description de ces deux monuments mérite d'être rapprochée de celle que nous devons au judicieux médecin de Baghdad Abd allathif, auteur de la Relation de l'Égypte, si doctement traduite et commentée par Silvestre de Sacy. Ibn Batoutah raconte un soulèvement qui eut lieu à Alexandrie, en l'année 727 (1326-1327), et dont 11 reçut la nouvelle pendantson séjour à la Mecque. Ce soulèvement eut pour cause une dispute survenue entre 165 musulmans et Îles marchands chrétiens, et dans laquelle le gouverneur de la ville prit parti pour ces derniers. Le voyageur nous donne, sur la répression de cette émeute, les détails les plus intéressants. Les mêmes événements ont été racontés par Makrizy!, d'après lequel la rixe entre les Francs et les musulmans dut son origine à une partie de débauche faite par les premiers hors des murs de 8 ville.
Dans le chapitre intitulé De quelques savants d'Alexandrie, et que le Père Moura a entièrement omis dans sa traduction , Ibn Batoutah fait mention incidemment d'Aboulhaçan Aly achchädhily, fondateur d'un ordre religieux très-repandu en Afrique?; puis il raconte, à propos de la mort de ce saint personnage, une légende passablement merveilleuse, qu'il tenait d'un disciple de Ghädhily,
' Cité par 5. de Sacy, Chrestomathie arabe, 1. IT, .م 48.
* Sur ce personnage, mort en l'année 658 (1260), voyez M. Alph. Rousseau, Journal asiatique, avril-mai 1849, p. 312, nole 29,et cf. Veth et Weïjers, Lobb allobdb, p. 147, note 6, et l'Histoire des Mamlouks de l'Egypte, t. T, .م«
PRÉFACE. XXIX lequel avait été témoin de ses derniers moments. Nous devons faire observer, que le géographe turc Hadji Khalfah a rapporté, dans son Djihân-Numa ou cosmographie,
. touchant la mort de Chädhily, une légende qui offre
quelque ressemblance avec la nôtre, mais qui est bien autrement merveïlleuse!, Plus loin, Ibn Batoutah mentionne la sépulture de Châdhily, située dans l'Égypte supérieure, entre 16 Nil et la mer Rouge. 11 est peut-être
-"- bon de rapprocher de ce passage de notre voyageur les
paroles suivantes de Burckhardt : « Dans les montagnes à l'est de Daraou, dans l'Égypte supéricure, à trois jour-
- nées de ce village, vers la mer Rouge, est une plaine
avec des puits d’eau douce, qui est appelée Cheïkh-Chä-
. dely, à cause de la tombe d'un saint homme, que l'on
dit être mort en cet endroit, sur la route de Kosseiïr à Souakin, laquelle passe tout près des puits. La tombe est tenue en grande vénération par les Égyptiens ; un des beys mamloucs a construit au-dessus d'elle une coupole; etdes individus font fréquemment le vœu de visiter le tombeau du cheikh, et d'y sacrifier une brebis en son honneur”?. »
À l'article de Fawwa (Fouéh), dans la basse Égypte, Ibn Batoutah dit qu'il rencontra l'émir Seif eddin Yelmélec ; il ajoute : « Au lieu de Yelmélec, le peuple appelle cet émir Almélic; en quoi il se trompe. » Nous devons faire observer que, malgré l’assertion de notre voyageur, l'émir Seif eddin est toujours appelé, par les historiens, Almélic et non Yelmélec. Ce personnage faisait partie d'une des familles qui avaient été prises, et emmenées en
1 Voyez l'extrait du Djihän Numa, publié par Silv. de Sacy, d’après la traduction manuscrite d'Armain, dans sa Chrestomathie
“erabe, t. I, .م 481-482.