‹ Voyages d'un fantaisisteChapitre 1 sur 116 · VIENNE — LE DANUBE - CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

VIENNE — LE DANUBE - CONSTANTINOPLE

Gare de Lyon, 14 août.

Vous me croirez si vous voulez, j’avais la nostalgie des matières premières. Je soupirais après Versailles. Je regrettais la prorogation et je pestais contre les vacances que je convoitais ardemment.

Le 4 août, quand je fus libre, je me reposai avec délices sur un moelleux divan, tranquille désormais, convaincu que petidant trois mois je n'entendrais plus le mâle organe de M. Arago, le fausset suraigu de M. Thiers, la voix tonnitruante de M. Gambetta, l’aigre musique de M. d’Audiffret-Pasquier et la bouillie oratoire de l’artilleur Naquet; le lendemain cependant, poussé par cette seconde nature qu’on appelle l'habitude, je me transportai — péniblement — à la gare de l’Ouest et je réclamai mon billet pour l’express de Versailles. Grand fut mon étonnement quand on me répondit qu’il n’y avait plus d’express et qu’il n'y avait plus d’assemblée.

Je rentrai tristement et je considérai avec effroi les treize semaines de repos que m’infligeait la Chambre. Un ami prit pitié do moi, m’obligea à faire ma malle et m’entraîna vers la gare de Lyon, d’où je vous écris cette lettre d’adieu.

— Où allons-nous? lui demandai-je.

— A Constantinople, me répondit-il. Chez les Turcs, où nous goûterons le repos dù à tes travaux incessants.

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