GARE DE LYON
— Nous reposer chez les Turcs, y pensez- vous? répondis-je. Quand M. Vogué lui-même , notre ambassadeur, le représentant de la France, n’y a pas trouvé une chaise pour s’asseoir 1
Que vous dirai-je ? Mon ami fit miroiter devant mes yeux le Tyrol aux chapeaux pointus, le Danube aux flots bleus, sur lequel il y a une valse de Strauss ;
Vienne et ses séductions,
Pesth et Guyot-Montpayroux,
Bûcha rest et Ganesco ,
Stamboul , le Bosphore , les odalisques , la mandore,
La Méditerranée, Smyrne, les Dardanelles, Athènes, Malte, etc.
Je n’ai pas su résister.
Mais pouvais-je partir sans prendre congé, au moins par une lettre, de vous, mon cher directeur?
Mon ami a consenti à déjeuner pour deux et m’a permis de remplacer le bifteack par une première correspondance vive et animée.
C’est avec toutes ces explications que je rem-
plis cette lettre. Elle est en quelque sorte l'avantpropos, le prélude, la préface des causeries que je me propose de vous envoyer, sur tout ce que je verrai dans ma route.
Hélas ! cher monsieur de Pêne, je ne suis pas un Stanley dont tout l’univers s'occupe, ni un Livingstone sur lequel tout le monde a les yeux. J’essayerai de vous amuser en courant, et de vous répéter de mon mieux des choses que d’autres ont dites avant moi.
Peut-être saurai-je au juste la véritable histoire de l’entrevue du sultan avec M. de Vogué. Je
vous le manderai tout aussitôt. Si, par hasard, il
prenait fantaisie à l’Assemblée de se réunir avant la date fatale du 1 1 novembre, faites-le-moi savoir par une dépêche, je m’empresserai d’accourir au premier mot.
Car je vous l’ai dit au commencement de cette lettre, j’ai la nostalgie des matières premières. Je voudrais revoir M. Jules Simon à son banc, M. Lefranc dans sa cravate blanche, et M. Tiiiers entre son verre d’eau sucrée et son mazagran qui ne l’est pas.