LES FINANCES ITALIENNES
moindre pièce de 50 centimes, aperçue dans les mains d’un voyageur, éveille les convoitises d'un peuple tout entier. C’est à qui aura la pièce, pour la faire enchâsser dans un or précieux.
Tandis que le billet de banque français retrouve sa valeur à peu près partout, la banknote italienne, hors d’Italie, perd plus de 10 pour cent de sa valeur, et les changeurs font la grimace quand on leur en donne une trop grande quantité.
Je vous écris tout cela en quittant Gênes, qui est, en ce moment, en proie à une fièvre musicale qui ne contribuait pas peu à troubler mon repos. Les nuits se passaient en sérénades, qui se donnaient sous ma fenêtre, et que je n’avais pas le droit de prendre pour moi. J’ai eu la douleur d’en profiter indirectement.
Les Génois se mettent volontiers à cinq et à six et viennent sous les balcons des habitants esquisser une manière d’orphéon. On en trouve dans toutes les rues , sous toutes les arcades. Les sergents de ville les écoutent et les regardent comme une distraction envoyée par un Dieu bienfaisant.
Adieu le ciel bleu et les beaux soleils d’or. Le mistral nous prend à Marseille et la pluie à Lyon. 11 faut nous acheter des couvertures et renoncer aux paletots d’été. Cela ne sera pas difficile, car, il faut bien le reconnaître, ce sont nos paletots qui renoncent à nous. Les doublures sont en loques el les boutons , comme les cailloux du petit Poucet , ont été semés un peu sur toute la route.
Nous avions eu l’extrême bon sens, — indispensable en voyage, — de n’avoir pour tous bagages qu’une valise à main contenant un vêtement de rechange et deux chemises. L’idée était heureuse, mais tout juste ; — car pour aller jusqu’au bout, il a fallu quelquefois répasser nos coutures
à l’encre et dissimuler par des prodiges les légers sourires qui émaillaient nos bottines. Je vous jure que la redingote que je rapporte n’est point une des moindres curiosités de notre voyage.