‹ Voyages d'un fantaisisteChapitre 40 sur 116 · QUELQUES MOTS SUR LA POLITIQUE · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS SUR LA POLITIQUE

capitales de l’empire autrichien. Si François-Joseph est empereur d’Autriche, il est roi de Hongrie. On ne connaît pas l’empereur à Pesth, on connaît le roi. A Vienne, l’empereur a la couronne de fer, la pourpre, le sceptre de Maximilien et l’aigle à deux têtes ; à Pesth, il porte la couronne magyare et s’appuie sur l’aigle aux ailes ployées dont la serre tient un faisceau de foudres. L’empereur a dû se faire sacrer roi de Hongrie ; il est monté sur la colline de Bude pour ceindre l’épée et le manteau, et sur la colline en face, à Pesth, pour prêter serment la main droite étendue vers l’Orient.

Néanmoins, les Hongrois supportent péniblemeni la domination autrichienne. Forcés par les Russes, en 1848, de recevoir le joug des Allemands, ils sont restés courbés et inertes pendant vingt ans., A Sadofva, ils se sont relevés et ont vendu leur patriotisme aussi cher que possible ; il en est résulté pour eux une Constitution nouvelle, une Chambre qui leur est propre; ils se gouvernent eux-mêmes, leurs tribunaux et leur armée leur appartiennent. Ils n’ont de commun

avec l’Autriche que les finances. L’empereur est une sorte de chargé d’affaires qui communique avec la Chambre hongroise, seul souverain de fait, au moyen d’une commission choisie dans les deux Chambres, hongroise et autrichienne.

Je reviendrai sur cette page d’histoire contemporaine dans une autre lettre. Parlons de Pesth.

Pesth a profité de cette quasi-indépendance obtenue par la Hongrie. Depuis trois ans, la ville s’est agrandie démesurément. Avec Bude, elle comporte maintenant plus de six cent mille habitants ; à Pesth sont les Hongrois purs, à Ofen on trouve des Grecs, des Serbes et des Styriens. Les Allemands y sont en très faible minorité.

La langue hongroise est une belle langue qui n’a de rapport avec aucun autre idiome. On parle allemand à Pesth. mais dès qu’on a franchi la barrière, il faut s’exprimer dans la langue nationale. On m’affirme qu’elle est splendide et la plus propre à l’éloquence. Quand Kossuth la maniait, ses plus farouches ennemis courbaient la tête et l’applaudissaient.

Les Hongrois sont très-remuants, assez affables

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et amis du plaisir. La chasse est le premier des plaisirs, le théâtre vient ensuite ; il faut voir quel enthousiasme agite une salle de spectacle à Pesth. Je viens de voir cela.

On jouait la Juive à l’Opéra. Voulez-vous une idée de la langue hongroise? Comment croyezvous qu’on dit Juif en hongrois ? Vous allez supposer que le mot, comme dans toutes les langues de l’Europe, rappelle son origine naturelle par le radical.

Les Anglais disent Jewisch, les Italiens Hebrea (cela ne rappelle plus la Judée, mais le patriarche Heber), les latins disaient Judœus. — Les Hongrois disent : A Szidono.

L’opéra de Pesth est insuffisant ; la salle est fort sobre ou plutôt fort originale. Elle est blanche et bleue avec des ornements d’argent ; le rideau est bleu, le manteau d’Arlequin, les fauteuils sont bleus. C’est doux à l’œil, mais ce n’est pas brillant. Le théâtre, par sa forme, rappelle le théâtre des Variétés, avec un rang de loges en plus. 11 n’y a point de foyer. On a le droit, pendant les entr’actes , d’aller se promener

dans une cour intérieure, assez mal tenue.

Cette cour, dont un des côtés n’est séparé dé la rue que par une grille, est commune aux specta-' teurs et aux artistes. Pour ma part, j’ai rencontré pendant l’entr’acte le cardinal qui trinquait avec Eléazar. Le palatin de Constance en grillait une et se laissait taper sur le ventre par Pufi des archevêques du premier acte.

Lesdits artistes échangent à travers la grille divers brocarts avec des passants et ne sont pas insensibles à la politesse d’un spectateur. Le cardinal, qui a bien voulu accepter le bock d’un journaliste français, s’est laissé aller â un couac dans son grand air. J'ai ce couac â me reprocher.

Ne croyez pas cependant que ce sont là des cabotins méprisables. L’acteur qui joue Êléazar a une voix splendide, et le public lui a fait un succès comme on n’en toit pas à Paris! Rachel, en hongrois Rêca, est une fort jolie personne, mais

dont l’embonpoint un peu trop turc n’a rien de

poétique. Quant â Léopold, il a l’air d’un maçon endimanché.

L’opéra de Pesth jouit d’un corps de ballet dont

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