LE CHEMIN DE FER DE L’EXPOSITION
briques, etc. Pour accomplir rapidement ce gigantesqye ouvrage, on a créé un véritable chemin de fer, ou plutôt un embranchement au chemin de fer de l’État (la Staats Bahn). C’est encore un Français, M. de Serres, dont je vous ai parlé, qui a imaginé ce système de voie ferrée et qui l’a exécuté. Grâce à ce moyen pratique, on n’emploie plus ni voitures, ni chevaux au transport des matériaux. Les rails sont nombreux, et un seul train, en quelques minutes, apporte aux travailleurs tout ce qu’il leur faut.
Le baron Schwartz, en dînant, nous a donné beaucoup d’autres détails, mais qui seraient sans intérêt dans cette lettre. Nous avons prédit un immense succès à M. Schwartz et à son exposition, et nous ne croyons pas être au-dessus de la vérité.
Toujours la musique. — Le Danube. — Pesth. — Bude. — Le pont du Danube. — La Hongrie. — Quelques mots sur la politique. — Autonomie des Hongrois. — Les théâtres. — L’Opéra. — A Szidono. — La langue hongroise. — Le foyer du théâtre. — Un peu de critique du lundi. — Les Magyars. ,
Pesth, 8 septembre.
J’ai quitté Vienne, accompagné par une valse de Strauss qui s’est continuée pendant la route et qui a pris fin à la gare de Pesth. Cet amour de la musique est typique dans les mœurs de l’Allemagne du Sud. Tout le monde est musicien, tout le monde lit la musique, tout le monde en joue. Les Bohémiens, entr’autres, poussent la frénésie musicale jusqu’à se réunir cinq ou six pour jouer un air qu’ils inventent et auquel ils ne font pas
TOUJOURS LA MUSIQUB 12U
une fausse noie. On les rencontre autour d’une table de bois, dans une cour d'hôtel ou un fond de corridor, soufflant dans des trombones ou des cornets à piston, — sans musique, sans pupitre, — d’instinct, jouant pour jouer, soufflant pour souffler et charmant un nombre infini d’auditeurs qui dodelinent de la tête, frappent du pied en cadence et applaudissent à chaque instant.
Ainsi j’ai été reçu à Presbourg, ainsi je suis arrivé à Pesth, où la cour de l’hôtel était infestée d’une bande musicale qui m’a tenu éveillé jusqu’à une heure du matin.
Me voilà enfin sur le Danube, à Pesth, la dernière ville occidentale de l'Europe. Déjà la civilisation de l’Orient se fait sentir ; mais néanmoins l’Occident l’emporte de beaucoup. Rien n'est ad-
mirable comme Pesth vu du pont de fil de fer qui relie la ville à la forteresse de Bude ou d’Ofen. C’est le dernier pont que le voyageur trouve sur le Danube. Au delà de Pesth, il n'y a plus que des ponts de bateaux ou des bacs pour traverser cet immense fleuve, que les Allemands appellent avec raison le beau Danube bleu, ( Schoen blue Do-
nau). On ne connaît guère le Danube que par l’admirable valse que Strauss lui a consacrée. Nous allons le descendre jusqu’à la mer Noire ; vous trouverez donc bien naturel que je m’abstienne d’en parler aujourd’hui et que je réserve toutes mes impressions pour le jour où, l'ayant traversé dans sa longueur, je posséderai mon sujet tout entier.
Pesth est une ville qui ne ressemble à aucune autre ; elle est essentiellement européenne ; mais c'est plutôt un port qu’une ville, un admirable port comme Bordeaux ou Marseille. Le Danube n’est ni l’Océan ni la Méditerranée, et cependant il a quelque chose de si grandiose, de si fier, de si puissant ; les steamers qui le sillonnent ont une apparence si maritime ; sa population de matelots est tellement énergique et laborieuse, qu’on peut faire une exception en sa faveur et né pas ranger tout à fait ses ports dans les ports d’eau douce.
Pesth, capitale de la Hongrie, est fier de sa nationalité et la revendique partout. Il ne faut pas confondre la Hongrie avec aucune des provinces soumises à l’Autriche, ni Pesth avec aucune des