‹ Voyages d'un fantaisisteChapitre 53 sur 116 · LES TSIGANES · texte numérisé non relu

LES TSIGANES

lants et que se préparent les soupers fins et les petites fêtes intimes.

Ce jardin, ouvert toute la nuit, donne asile à ccs tsiganes dont j’ai parlé dans ma lettre sur Pesth. Ce sont des chanteurs bohémiens que les habitants de Bucharest entretiennent pour leur agrément particulier. Quand Ulysse Cretziano nous a conviés à un grand dîner à Kerastereau, il a convoqué autour de notre table une demidouzaine de ces bohémiens qui nous ont joué et chanté tous les airs de tous les pays.

Prompts à s’assimiler les motifs les plus invraisemblables, doués d’une oreille merveilleuse et d’une agilité de doigts surprenante, ils jouent sans musique et il suffit de leur fredonner quelques phrases musicales pour qu’ils les saisissent aussitôt et les répètent sur leurs violons et sur leurs guitares. On a voulu nous faire entendre des chansons roumaines; j’avoue que je n’y ai rien compris et que j’ai trouvé la mélodie de ces refrains nationaux fort primitive et suffisamment monotone ; mais les indigènes en sont très - friands et laissent échapper à

chaque vers des cris d’admiration et de joie.

Après deux heures d'audition, il est d’usage de servir à celui qui dirige l’orchestre un grand verre de vin blanc, au fond duquel dorment quelques pièces d’or, versées par les convives. Le musicien boit le liquide, qu’on peut qualifier de généreux, et met l’argent dans sa poche.

Le plus grand plaisir des jeunes Roumains c’est de conduire un attelage au grand galop. Malgré le mauvais état des rues et des chemins, le sentiment de la vitesse passe avant le sentiment du cahot. Les cochers de Bucharest ont été habitués à ne ménager ni leurs clients ni leur voiture. Ce sont, pour la plupart, des Russes coiffés en mougicks, obéissant au moindre signe, et souples au moindre coup de canne, qu’on ne leur épargne pas. Grands, bien découplés, imberbes et de formes proéminentes, ces cochers ont une voix sixtine qui a provoqué de notre part des questions indiscrètes à nos amis. Il nous a été répondu que presque tous les cochers de Bucharest sont des castrats de provenance russe, et qui appartiennent à une secte religieuse ignorée et

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