LE BAZAR
des marchands de pain ambulants. Tout est ambulant à Stamboul ; les boutiques sont faites pour se reposer.
Ce sont les hommes qui font le marché ; il y a bien, par ci, par là, quelques vieilles femmes, mais elles sont rares et semblent honteuses d’être vues. Quand nous passons près d’elles, elles ramènent avec effroi leur voile sur la tête et se cachent les yeux. 11 n’y a vraiment pas de quoi.
A Stamboul, on rencontre beaucoup de Turcs à cheval, suivis d’un cawas qui pousse la bête à coups de parapluie. Rien n’est admirable comme un Turc à barbe blanche, pointue au bout, couvert d’un turban jaune et rouge, d’une longue robe à ramago et d’un large pantalon vert, les pieds passés dans les étriers sur lesquels tonifiant des chaussettes rapiécées, se promenant gracieusement sur un cheval étique.
Parfois le Turc est de race et le cheval aussi. C’est alors un brillant effendi, un pacha di primo cartello , un officier supérieur qui traverse la rue en uniforme ou eu redingote bleue à une rangée
236 VOYAGES d’un fantaisiste
de boutons et coiffé de l’immuable fez rouge. Il est suivi d’un cawas également à cheval, martial dans sa tournure et richement vêtu. On retrouve dans les cavalcades les vieilles selles turques, recourbées et enrichies d’or et pierres précieuses, telles qu’on peut les voir encore au musée des souverains, à Paris.
Je suis parti de Péra avec l’intention d’arriver au Bazar et de n’en plus sortir. Au moment où j’y mets le pied, je m’aperçois qu’il est temps de finir ma lettre, sous peine d’envahir tout le journal. Car le bazar turc est une de ces curiosités qui réclament les développements les plus circonstanciés. Le Bazar, sorte de grand marché national, se décompose en une infinité d’allées dont chacune a sa spécialité différente et pittoresque. C’est une ville de commerce couverte et distribuée méthodiquement; il y a la rue des orfèvres, celle des joailliers, celle des drapiers ; ici l’on vend des parfums , là des chaussures , plus loin des chapeaux.
On vous offre à droite des potages fumants et des plats de riz qui embaument ; à gqucbe, une