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LA CORNE D’OR

Un quart d’heure après, le Tage filait à toute vapeur dans la Marmara et disparaissait derrière l'ile des Princes, emportant à son bord ces deux hommes si simples et si bons, si jeunes, si gais et si bienveillants. Notre barque traversa le pont de la Corne-d’Or et se dirigea vers les Eaux douces d'Europe, une des plus jolies promenades de Constantinople.

Rien n’est plus ravissant que de suivre en caïque les bords si vivants et si variés de la Corned'Or. Le caïque est un bateau très-étroit et trèslong, souple' comme un cygne, sensible comme une girouette. Il se compose de deux bancs pour les rameurs, quelquefois de trois, et d’une sorte de carré disposé à l’arrière et garni de coussins où l’on s’asseoit à la turque, en essayant de ne point bouger. En effet, le moindre choc, le plus léger mouvement peut faire chavirer la frôle embarcation; il faut avoir l’impassibilité et l’immobilité orientales pour se servir de ces légers esquifs. C’est à peine si, avec mille précautions, on peut parvenir à rouler une cigarette; mais, en revanche, quand on a trouvé sa position, le ba-

teau bien équilibré fend les eaux, glisse d'une allure rapide, gracieuse, et vous berce avec une volupté sans pareille.

Les caidji sont des gondoliers d’une rare adresse et rament avec une légèreté parfaite. Ils sont Turcs pour la plupart, très-sobres, très-honnêtes et très-habiles. Ils portent un costume simple et pittoresque, qui se compose d’un large pantalon de toile blanche et d’une veste échancrée sur la poitrine nue et hâlée. Tout cela est plus ou moins orné, selon le caïque et suivant la fortune et le rang du propriétaire.

Il faut une bonne heure pour aller aux Eaux douces d’Europe. Elles sont en quelque sorte l’affluent de la Corne-d’Or.

Le Bosphore forme un Y, dont l’une des branches est la mer de Marmara et l’autre la Corned’Or. Cette dernière est ainsi nommée parce qu'elle forme une corne de bélier qui englobe plusieurs faubourgs de la ville. Jusqu’à l’entrée des Eaux douces, elle est large et sillonnée de mille barques et de nombreux bateaux à vapeur qui desservent les villages riverains, qui

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