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LES EAUX DOUCES D’EUROPE

font toujours partie de Constantinople en portant des noms différents.

Puis la Corne-d’Or se rétrécit et se transforme en une rivière semblable à la petite rivière d’Arques que tout le monde connaît, aux environs de Dieppe. Elle devient môme si étroite qu'il faut quitter le caïque, descendre à terre et remonter son lit à pied. C’est une délicieuse promenade, dans un vallon boisé, où l’on rencontre tour à tour un superbe palais qui appartient au sultan et une ferme primitive, où l’on boit de succulent lait caillé. Le vendredi, en hiver, les Eaux douces servent de lieu de réunion à la société turque, et les Européens curieux peuvent y rencontrer, sous leurs voiles épais, les femmes des harems les plus renommés de Constantinople.

En rentrant à notre hôtel, nous trouvâmes une lettre qui nous donnait rendez-vous le lendemain matin à la Sublime Porte pour y prendre des firmans destinés à nous ouvrir les palais et les mosquées de la capitale. Cette lettre nous venait de M. Vital Cüinet, le plus aimable des guides, et grâce auquel nous avons pu voir et con-

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naître Constantinople dans tous ses détails.

M. Vital Cuinet est un Français, qui habite depuis seize ans les bords du Bosphore et qui y a trouvé une autre patrie. Il nous a avoué que, dans ses fréquents voyages à Paris, il emporte toujours le regret de Constantinople; qu’il ne peut supporter le trottoir de nos faubourgs et l’asphalte de nos boulevards, et qu’il souffre partout ailleurs que sur le pavé rocailleux et fantastique de Péra et de Galata. Notre excellent cicérone, M. Cuinet, a fini par être plus Turc que les Turcs, tout en restant Français de cœur, d’habitudes et de costume.

Du moins, il honore la colonie à Constantinople, ce qui n’est malheureusement pas le cas de tous nos compatriotes dans le Levant, et nous avons profité de tous les respects, de toutes les gracieusetés et de toutes les amitiés que M. Cuinet a su s’attirer depuis son séjour sur le Bosphore. Je me suis expliqué l’indifférence de notre guide pour Paris et son amour pour Constantinople en allant le voir. Marié à Constantinople, M. Cuinet vit dans une jolie maison, à Péra, avec

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une jeune femme charmante et deux bébés délicieux, dont l’un âgé de six ans, vous parle le turc, le français, l’italien, et surtout le grec à faire rougir Démosthène.

En conséquence, le lendemain, à dix heures, nous pénétrâmes, avec M. Cuinet, dans le cabinet d'un attaché du ministre de l'intérieur, qui nous libella, séance tenante, une série de firmans et nous adjoignit, avec une courtoisie charmante, un superbe cawas, en uniforme et à cheval, destiné à nous escorter et à faciliter nos excursions.

On ne me pardonnerait pas de laisser sous silence la Sublime Porte, où nous furent remis nos firmans. Ce mot : Sublime Porte peut faire croire au lecteur qu’il s’agit de quelque magnifique portique attenant à un palais non moins superbe. Il n’en est rien. La Sublime Porte, siège du gouvernement ottoman, est un vulgaire bâtiment, très-bas, oblong, composé de corridors étroits, ouvrant sur des cabinets mesquins, et dans lequel on triture les affaires de l’État.

L’édifice est très-vaste et contient le grand vizirat, ainsi que plusieurs ministères. Comme dans

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nos administrations, il y a dans les corridors nombre de solliciteurs qui font le pied de grue ; beaucoup d’huissiers en fez qui fument des cigarettes, et dans les cabinets, de braves employés qui se mettent à plusieurs pour ne rien faire.

Visite à Stamboul. — Les palais du sultan. — Le vieux sérail. — Le kiosque de Bagdad. — Le musée des pierreries. — Le musée des costumes. — Sainte-Sophie. — La place de i’Atméidan. — Les murs et l’aqueduc de Constantin. — La tour du Séraskier. — La tour de Galata. — Les incendies.

25 septembre.

Les Turcs ne sont pas curieux des beaux édifices et des œuvres de l’art. Leur religion leur défend les images ; leur sol ne produit ni la pierre de taille ni le marbre. Le sentiment qu’ils ont du néant des choses humaines les empêche de rien construire de durable. Aussi n’y a-t-il chez eux aucun monument digue d’être cité, à moins de s’occuper exclusivement des palais du sultan, qui

sont nombreux, fort riches, et décorés de tout le luxe contemporain.

Le sultan a une douzaine de palais ou sérails, semés un peu partout le long des rives du Bosphore. Qui en a vu un les a vus tous : c’est une suite d’appartements princiers', peints et dorés, meublés par des tapissiers de Paris, bâtis dans un style cosmopolite de tous les goûts et de toutes les époques.

Le vieux sérail, l’ancien palais des sultans, mérite à peine d’être mentionné. Il est surtout remarquable par les souvenirs qu’il garde et par la position exceptionnelle qu’il occupe sur le Bosphore.

L’emplacement où il est construit s’appelle précisément la Pointe du Sérail. On sait que Stamboul forme un triangle dont la base regarde l’Europe et le sommet l’Asie. C’est à ce sommet qu’est la Pointe-du-Sérail, penchée tout à la fois sur le Bosphore et la Marmara et dardée vers Scutari ; le terrain descend en pente et l’on montre encore le plan incliné le long duquel roulaient, vers les eaux bleues du Bosphore, les

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