‹ Voyages d'un fantaisisteChapitre 88 sur 116 · QUELQUES MOTS SUR I,E SULTAN · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS SUR I,E SULTAN

la foule, tandis que son cocher fouettait les chevaux.

Néanmoins on se préoccupe en haut lieu de ces révolutions populaires, etle nouveau vizir est en pourparlers avec le banquier Christos, pour résilier le contrat. Il parait qu’on a quelque peine à s’entendre sur le règlement de. l’indemnité. Le chiffre est fixé à 160,000 livres turques, plus de 3 millions ; reste à savoir qui payera. Le banquier prétend les recevoir pour se dédommager ; le gouvernement fait la môme réflexion.

Je n’ai plus grand’chose à vous dire sur la Turquie. On m’a cependant montré le sultan se rendant à la mosquée, à cheval, un vendredi matin. Abdul-Aziz-Khan est un bel homme, un peu bouffi, un peu éteint, mais plein de dignité. Il a l’air de s’ennuyer prodigieusement et se montre d’une indifférence très-compréhensible pour le culte incessant dont il est environné ; son palais est un foyer d’intrigues dont il est le pivot innocent. Le véritable souverain de la Turquie est inconnu. C’est quelque chambellan favori, quelque eunuque invisible ou quelque parent du sultan ,

plus intelligent et plus ambitieux que les autres.

Quant au sultan, il a l’air et le droit de se plaindre incessamment de sa grandeur qui l’attache à l’étiquette. Il ne ressemble en rien à ce calife Haroun-al-Raschid, qui se déguisait la nuit et allait se promener dans Bagdad avec son vizir Giafar. Elevé par les femmes, nourri dans le sérail sans en connaître les détours, blasé de bonne heure sur tous les genres de plaisir, vivant d’une autre vie, d’une autre civilisation, toujours placé sur un piédestal si haut qu’il n’en peut descendre, le sultal n’a rien à faire, ne peut rien faire et ne fait rien faire. C’est une idole vivante, qui doit se résigner à rester une idole.

Je termine ici mes observations rapides sur Constantinople. C’est un pays merveilleux, et qui, quoique j’en aie peu vu, me fournirait aisément plusieurs longues lettres à vous écrire encore. Tout y est matière à étude ; tout y parle à la curiosité, aux yeux, au cœur; mais je dois compter avec la place et le temps.

Le bateau fume déjà dans le port. Un coup de

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