‹ Voyages d'un fantaisiste Vienna--Le Danube--Constantinople--Chapitre 103 sur 122 · LES PARENTES DE SAINT JANVIER · texte numérisé non relu

LES PARENTES DE SAINT JANVIER

Aussitôt les cris de joie éclatent : les parentes de saint Janvier envoient des baisers à leur pa^ tron ; les dames de la ville lui prodiguent les épithètes les plus flatteuses et plus d'une lance un bracelet ou un pendant d'oreille sur l'autel où vient de s'accomplir le miracle. J'ai vu des pêcheurs napolitains, au visage hâlé par le soleil, essuyer avec ferveur les larmes qui sortaient de leurs yeux.

Puis la cérémonie s'achève. On replace religieusement la fiole dans son coffre ; les trois clefs ferment les trois serrures jusqu'à l'année prochaine, et tout le monde s'en va, avec la joie au cœur.

Aujourd'hui, comme il y a trois cents ans, la môme foi existe dans le populaire en faveur de saint Janvier. Aux dernières éruptions du Vésuve, on a transporté la statue de saint Janvier sur un pont que la lave commençait à envahir. La lave s'est arrêtée aussitôt. Tout ceci n'est point fait pour détruire la croyance innée au cœur des Napolitains. Les journaux les plus radicaux de Naples n'ont jamais osé discuter le miracle, ni

douter de son authenticité. Il y a des exemples de coups de couteau donnés à quelques incrédules qui se permettaient de formuler une opinion peu orthodoxe sur la superstition qui s'attache au miracle de saint Janvier.

Je bornerai là mes observations sur Naples. Certes, j'ai plus de notes qu'il n'en faut pour écrire dix lettres, mais j'ai hâte de revenir à Paris, et je me réserve pour Florence et Venise.

J'ai mis huit jours pour revenir en France. C'est vous dire que je me suis arrêté à Rome, à Florence et à Venise, c'est-à-dire que j'ai pris le chemin des écoliers, et que j'ai voulu revoir en détail ce merveilleux chemin de la Corniche, qui commence à la Spezia pour ne finir qu'à Fréjus.

Florence.—- Les facchini. — Les monuments. — Le Vieux- Palais. — Sacrilèges. — La nourriture en Italie. — Aventure d'un jeune attaché d'ambassade.

Florence, le 14 octobre.

En arrivant à Florence, l'étranger peut se croire un instant perdu dans une ruche d'abeilles et taonné parleurs piqûres. Les abeilles florentines ne sont autres que des facchini, jeunes farceurs de la plus triste apparence, qui , avant l'arrêt du train, vous ont visé comme une proie facile et qui se jettent au-devant de vous dès que vous mettez le pied sur la chaussée.

N'allez pas croire au moins qu'ils vous rendent un service quelconque. Ils ne s'empressent pas

pour vous ouvrir la portière du wagon. Ils attendent que vous vous soyez donné tous les embarras vous-même, et quand vous vous êtes installé dans le fiacre toscan, deux ou trois facchini montent sur le siège auprès du cocher qui est leur ami, et dès lors ne vous quittent plus. A l'hôtel, le même jeu recommence. Les porteurs de l'hôtel sont sur le pas de la porte, attendant le voyageur. Ils ne se précipitent pas non plus à sa rencontre. C'est là la mission du facchino. Le facchino descend, prend le colis, l'apporte au porteur de l'hôtel. C'est en quelque sorte un intermédiaire entre vous et l'hôtel. Les garçons d'hôtel et les facchini ont tellement le culte de leurs intérêts et le dédain du voyageur à exploiter, qu'ils ne voudraient pas se faire tort entre eux, et qu'il tirent le voyageur, chacun de leur côté , chacun par une poche.

Le plus petit colis a son facchino. Nous avions trois colis, nous eûmes trois facchini. Que dis-je ? il y en avait bien quatre, et le quatrième était désespéré de n'avoir rien à prendre. Avisant soudain une petite canne que l'un de nous tenait à la

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