PÉRA
Les boutiques offrent les mêmes variétés que les costumes. Côte à côte, nous apercevons un magasin, où sJétale cette enseigne X..., coiffeur, parfumerie de chez Lubin.
Tout auprès un bar anglais : English spiriis. Porfivines, India pale aie.
Plus loin, ces mots chers aux souvenirs classiques : Kafeneion hellenicon.
Pais, un comptoir de bière allemande, fièrement intitulée : Gathsaus.
De nombreuses boutiques italiennes : Tapez ziere, bono vino, etc.
Car Péra n'est d'aucune nationalité; Péra, c'est l'Europe. Les Turcs l'appellent le quartier franc. Ce mot franc ne veut pas dire français, il veut dire européen, ou plutôt il veut dire tout ce qui n'est pas turc. Aussi entend-on parler toutes les langues à Péra, mais plus spécialement la langue italienne. Le soir, il y a des cafés-concerts français, des brasseries où Ton entend des tsiganes, des jardins où l'on joue des comédies italiennes, et des théâtres où l'on récite des romances grecques. Entrez dans une boutique et parlez n'im-
porte quelle langue, vous trouvez toujours quelqu'un pour vous répondre. Je suis resté huit jours à Constantinople, et ce que j'ai le moins entendu parler, c'est le turc.
Sauf dans les quartiers les plus arriérés de Stamboul, on vit à la franque. Tous les services publics sont organisés à la Turque, avec une traduction à la franque. Les bateaux-omnibus de la Corna d'Or portent leur itinéraire et leur numéro écrit en turc et en français ; les horloges turques donnent à la fois l'heure turque et l'heure franque.
Cette dernière différence est très-appréciable et demande une étude spéciale. L'heure turque se compte à partir du coucher du soleil et forme l'heure de nuit ; puis recommence à partir du lever du soleil jusqu'à son coucher. En ce moment, quand le soleil est au zénith, c'est-à-dire à midi, il marque six heures à Constantinople. Rien n'est plus étrange que d'entendre , vers huit heures du soir, quand le soleil commence à décliner, un Turc vous dire, en regardant sa montre ; « Diable ! bientôt douze heures \ »