LES EAUX DOUCES D'ASIE
les faits tels qu'on les voit. C'est ce que j'ai fait. A vous de raisonner, de hausser les épaules ou rire. Quant à moi, je ne peux qu'avouer ici le sentiment d'horreur et de dégoût qui m'a soulevé le cœur.
Non loin de Scutari coulent les eaux douces d'Asie, dont l'embouchure s'ouvre sur un petit golfe du Bosphore. C'est la promenade favorite des Turcs, le vendredi. Le touriste européen y rencontre la société féminine de Constantinople dans toute sa splendeur.
Le lieu à la mode est un vaste pré vert, inondé de marchands d'eau, de cafetiers en plein vent et d'allumeurs de narguilhés. Au fond, le long d'un mur, se tiennent accroupies les femmes turques, enveloppées dans leur feridjé, qui n'est qu'un sac de couleur voyante et d'une étoffe variant suivant la qualité de celle qui la porte, et d'un habarrah, voile transparent, qui cache les trois quarts de la figure, les cheveux, les tempes et ne laisse apercevoir que deux yeux toujours noirs, grâce au henné dont on les peint.
Quand une femme turque laisse voir ses mains,