‹ Voyages d'un fantaisiste Vienna--Le Danube--Constantinople--Chapitre 93 sur 122 · LES MARCHANDS D 'AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

LES MARCHANDS D 'AUJOURD'HUI

jour, et qu'on le vend cacheté dans de petits paquets, ce quiôte aux amateurs le plaisir de choisir la qualité de leur tabac.

Pendant les deux premiers jours, le peuple n'a rien dit ; il avait fait une petite provision de tabac qui n'était point encore épuisée. Une fois la dernière cigarette brûlée, il alla chez le marchand de tabac, qui lui expliqua les nouvelles lois établies parle gouvernement.

Aussitôt la colère s'empare de mes impassibles Turcs, et les boutiques des marchands de tabac deviennent le théâtre de petites émeutes sansgravité encore.

Les Turcs ne peuvent plus fumer ! Il faut vivre à Constantinople pour comprendre la valeur de ces quatre mots. On raconte même à ce sujet des anecdotes assez drôles.

Un Persan, — c'est l'homme spirituel de l'Orient, — va chez un marchand de tabac, qui lui délivre un petit paquet cacheté, timbré et hermétiquement fermé.

Avant de le prendre, le Persan veut l'ouvrir pour vérifier la qualité du tabac.

— Non, dit le marchand, tu ne peux ouvrir le paquet avant de l'avoir payé ; tu dois t'en rapporter à ce que je te dis.

Le Persan ne dit rien, et demande combien il doit.

— C'est cinq piastres, reprend le marchand. Le Persan tire de sa poche quelques paras,

les enveloppe dans du papier et les offre au marchand.

Le marchand veut à son tour ouvrir le papier.

— Non, dit le Persan, ne regarde pas ce qu'il y a dedans ce papier, tu dois t'en rapporter à ma bonne foi.

A l'heure qu'il est, il y a déjà des couteaux ouverts. Plusieurs marchands ont été menacés. Quant au banquier Ghristos, qui a affermé la régie, il a reçu plusieurs lettres anonymes, qui lui donnent quinze jours pour résigner son marché, sous peine d'être assassiné.

Il a déjà été poursuM dans la rue par des huées et des pierres, et n'a dû son salut qu'à un sac de livres turques qu'il a habilement semées dans

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