LE NEUE WELT
Autre chose est le N eue Welt (le nouveau monde), jardin public situé dans un faubourg de Vienne, à Hisling, non loin de Schœnbrunn. Ce jardin est un véritable Eden, que Paris a le droit de lui envier.
Pour s’y rendre, il faut une demi-heure en voiture. On quitte la ville vers sept heures, selon la coutume, et l’on s’arrête un instant à Schœnbrunn. Le palais est d’une architecture médiocre, mais le parc est admirable. Créé par Marie- Thérèse, il rappelle quelque peu le parc de Versailles, avec des perspectives plus grandioses et plus pittoresques. Ce parc est immense, et repré. sente avec le château un capital de cent millions. Il appartient à l’empereur, qui, trop pauvre pour se permettre un pareil luxe, rêve de le morceler et de le livrer aux spéculateurs.
Ce rêve est d’un bon père de famille, mais il n’est point d’un artiste, et surtout d’un artiste impérial. Dans ce parc, on trouve, tout ce qu’on peut trouver : des eaux vives, des lacs, des bains, une ménagerie, une volière, un vivier. C’est tout à la fois Versailles, le Jardin des Plantes, lee
Tuileries et le Luxembourg. Très-fréquenté, trèsanimé et admirablement situé à la porte devienne, il reçoit les derniers adieux du soleil couchant et s’endort au son des orchestres du Ncue Welt , qui chante et danse à quelques centaines de mètres.
Le N eue Welt , comme Schœnbrunn, réunit tout. Si Schœnbrunn parle à l’ilme et aux yeux, le N eue Welt parle aux sens. Très-grand et trèsvaste, ce jardin est éclairé par des girandoles placées bas et qui répandent la lumière à profusion. Au milieu d’un emplacement circulaire,, entouré de fort beaux arbres naturels et de quelques palmiers artificiels qui, comme à Mabille,. supportent des becs de gaz, se dressent des centaines de tables où l’on soupe et où l’on fume. Au fond, sur des gradins échelonnés dans unesorte de temple grec, un premier orchestre charme les soupeurs qui applaudissent entre deux côtelettes.
A droite et à gauche s’élèvent deux kiosques où, à tour de rôle, on peut entendre deux autres orchestres. Quelquefois les trois orchestres jouent