‹ Voyages d'un fantaisiste Vienne Ledanube ConstantinopleChapitre 64 sur 110 · STAMBOUL · texte numérisé non relu

STAMBOUL

sa respiration, et galope ainsi pendant plusieurs kilomètres.

Nous voici au pont de la Corne d’Or. L’animation est plus grande et plus compacte que jamais. Le pont est en bois, en dos d’âne à tout instant, construit avec des planches mal rabotées et séparées les unes des autres. Comme c’est à peu près le seul intermédiaire entre Stamboul et les faubourgs, il est toujours rempli de monde ou de mouvement. A droite et à gauche se trouvent les embarcadères des bateaux-omnibus, en deçà du pont, ceux qui conduisent à travers la Corne d’Or jusqu’aux eaux douces d’Europe, au delà, les steamers qui mènent aux échelles du Bosphoie. Ces bateaux sont nombreux et partent de cinq en cinq minutes dans toutes les directions. Chaque bateau emmène près de trois cents personnes; jugez de l’affluence qui règne sur le pont de la •Corne d’Or, pour alimenter ces départs, sans compter les modestes piétons qui se contentent de traverser.

Voici Stamboul. Nouveaux tramways, nouveaux sais, nouvelles cohues. Les rues sont moins escar-

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pées, moins périlleuses qu’à Péra, mais elles sont toutes aussi montueuses. Nous prenons une large avenue qui doit nous conduire au bazar. A droite et à gauche s’élèvent les petites maisons turques, peintes à fresques, pourvues de Moucharabys qui font saillie. Les boutiques, ouvertes à tous les vents, sont garanties contre les rayons du soleil par de larges tentures bariolées. Aucun étalage en montre, une inscription sur la porte et quelques marchandises peu attrayantes au dernier plan. Sur le premier plan, assis sur une caisse où se déroule un tapis, s’encadre un Turc qui roule une cigarette.

A peine pouvons-nous nous frayer un chemin à travers les mille marchands ambulants qui nous entourent. Ils vendent de tout sur des petites tables en bois blanc ; beaucoup de fruits, des pastèques, du blé de turquie qui coûte 20 paras la grappe et que les hommes achètent et font cuire sur un petit fourneau portatif qu’ils vont recruter dans le voisinage. D’autres marchands ont leur marchandise dans un vaste panier: ce sont de superbes raisins dorés aux graines allongées. Il y a

LE BAZAE

des marchands de pain ambulants. Tout est ambulant à Stamboul ; les boutiques sont faites pour se reposer.

Ce sont les hommes qui font le marché ; il y a bien, par ci, par là, quelques vieilles femmes, mais elles sont rares et semblent honteuses d’être vues. Quand nous passons près d’elles, elles ramènent avec effroi leur voile sur la tête et se cachent les yeux. Il n’y a vraiment pas de quoi.

A Stamboul, on rencontre beaucoup de Turcs à cheval, suivis d’un cawas qui pousse la bête à coups de parapluie. Rien n’est admirable comme ,un Turc à barbe blanche, pointue au bout, couvert d’un turban jaune et rouge, d’une longue robe à ramage et d’un large pantalon vert, les pieds passés dans les étriers sur lesquels tombent des chaussettes rapiécées, se promenant gracieusement sur un cheval étique.

Parfois le Turc est de race et le cheval aussi. C’est alors un brillant effendi, un pacha di primo cartello , un officier supérieur qui traverse la rue en uniforme ou en redingote bleue à une rangée

de boutons et coiffé de l’immuable fez rouge. 11 est suivi d’un caivas également à cheval, martial dans sa tournure et richement vêtu. On retrouve dans les cavalcades les vieilles selles turques, recourbées et enrichies d’or et pierres précieuses, telles qu’on peut les voir encore au musée des souverains, à Paris.

Je suis parti de Péra avec l’intention d’arriver au Bazar et de n’en plus sortir. Au moment où j’y mets le pied, je m’aperçois qu’il est temps de finir ma lettre, sous peine d’envahir tout le journal. Car le bazar turc est une de ces curiosités qui réclament les développements les plus circonstanciés. Le Bazar, sorte de grand marché national, se décompose en une infinité d’allées dont chacune a sa spécialité différente et pittoresque. C’est une ville de eomijierce couverte et distribuée méthodiquement; il y a la rue des orfèvres, celle des joailliers, celle des drapiers ; ici l’on vend des parfums , là des chaussures , plus loin des chapeaux.

On vous offre à droite des potages 'fumants et des plats de riz qui embaument ; à gauche, une

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