‹ Voyages d'un fantaisiste Vienne Ledanube ConstantinopleChapitre 65 sur 110 · LE BAZAR · texte numérisé non relu

LE BAZAR

main tentatrice fait briller les diamants et les perles fines. Une voix vous appelle pour vous exhiber les tapis les plus riches et les burnous les plus séduisants.

Avant que nous ayons le temps de nous reconnaître, cinquante boutiques se sont ouvertes, cinquante marchands nous ont fait des avances. Chacun parle une langue différente pour tâcher de découvrir la nôtre. Au premier mot français que nous prononçons, et qui, sauf votre respect, cher maître, a été celui-ci: « Vous m’embêtez à la fin ! «justifié parles circonstances, les cent cinquante satellites qui gravitaient autour de nous se sont mis à parler la langue de Corneille avec une déplorable facilité. L’un d’eux, plus tenace que les autres, ne nous lâche plus : il se cramponne à moi et me tire par les bras, je tire Heugel, tiraillé lui-même d’un autre côté, et nous finissons par échouer sur un divan moëlleux, dans une boutique de modeste apparence, suant, maugréant, décoiffés, débraillés, meurtris et furieux.

Aussitôt on nous apporte deux tasses de café

turc sur un plateau historié, et l’on nous tend une blague pleine du tabac le plus blond et le plus parfumé; nous moulons une cigarette, et un jeune gamin, tenant à la main une pincette terminée par un charbon ardent, y met le feu avec un sourire des plus agréables.

Le Bazar. — Ali-Baba ou les quarante voleurs. — Les boutiques d’Armide. — Séductions, chatoiement, fascination. — Le Bezestin. — La rue des Chibouques. — Comment on fait un chibouque. — Le tuyau. — Le lulè. — Le bouquet. — L’essence de roses.

Constantinople, 22 septembre.

Le Bazar est une réunion de rues marchandes, reliées entre elles par un toit et s’étendant à l’infini. Il faudrait plusieurs jours pour parcourir les rues et en prendre une idée suffisante. Ce qui intéresse le promeneur, c’est d’abord le mouvement, l’agglomération du public qui encombre ces avenues, et ensuite les richesses dont elles sont remplies.

Le Bazar ne peut guère se comparer' qu’à la

caverne d’Alibaba. Comme cette immortelle caverne, il contient les choses les plus merveilleuses et les plus splendides ; comme cette caverne, également, il appartient à un certain nombre de particuliers qui, sauf deux ou trois exceptions, que je ne veux pas nommer, pour un motif que l’on conçoit, méritent l’épithète que les Mille et une nuits donnent aux quarante propriétaires de la caverne aux trésors.

On se fait ouvrir la caverne au moyen d’un sésame en or monnayé qui vous est très-habilement extirpé, comme on va le voir.

Si vous parcourez le Bazar, vous vous intéressez rapidement au remue-ménage qui vous entoure.

Vous êtes curieux de tout ce que vous voyez, vous vous égarez à plaisir dans les méandres formées par toutes ces rues qui se croisent et qui se disputent l’attention par la variété de leurs marchandises. Et cependant les marchands turcs font peu d’étalage; leur boutique se compose d’un carré entouré d’armoires.

Ces armoires contiennent les fameusesmerveilles que je vous, annonce : la montre se réduit à un

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