‹ Voyages d'un fantaisiste Vienne Ledanube ConstantinopleChapitre 68 sur 110 · LES NUITS DE PERA · texte numérisé non relu

LES NUITS DE PERA

rares habitants de Stamboul et de Galata qui se hasardent la nuit, ne peuvent sortir qu'avec une lanterne. Les chiens occupent seuls les rues désertes et y hurlent lamentablement. Péra conserve cependant un peu de l’activité et du mouvement européen. Jusqu'à minuit il y a du monde dans la rue ; le gaz a conquis ses droits de cité dans le haut faubourg, mais là seulement.

Je suis mal tombé pour vous parler des plaisirs nocturnes de Péra. Quoique toujours trèshabité et trcs-visité, Péra est en train de ressusciter. Le fameux incendie de 1870 a réduit en cendres les plus belles maisons de la ville et a ruiné les plus beaux quartiers. On passe trois heures à visiter les dégâts causés par les flammes et à regretter les monuments qui ont disparu.

A toute chose malheur est bon, les Pérotes construisent en pierre au lieu de bâtir en bois ; ils font des rues larges accessibles aux voitures, et travaillent pour l’avenir. En attendant tout est décombre et désert.

Aussi pas de théâtre. Le seul qui subsiste en-

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core n’est pas ouvert en ce moment ; en revanche, on trouve à Péra de nombreux cafés-concerts, où l’orchestre est tenu par des femmes, la plupart Allemandes, etqui jouent les airs populaires de tous les pays avec beaucoup d’entrain. Le service des consommations est également pratiqué par des jeunes filles d’un abord facile. Cette inva sion de l’élément féminin donne à tous ces cafésconcerts un parfum d’élégance douteuse et de bon goût équivoque. La promiscuité du buveur et do la servante, du spectateur et de l’artiste admet certaines familiarités, et établit entre la scène e t le public un constant échange de dialogues qu . ne sont pas dans le texte. Aussi est-il impossible de demeurer dans ces bastringues sans en sortir profondément écœuré. C’est au-dessous du beuglant.

Il y a heureusement quelques jardins publics où l’on fait de la mauvaise musique, mais où l’on respire un air pur. Nulle part à Péra on ne rencontre la société de Constantinople ; il faut aller jusqu'à Thérapia ou jusqu’à Buykdéré pour se trouver au milieu d’un monde acceptable,— l’été

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