FRÉGATES
pelle avoir lu une lettre fort originale, où un capitaine en cabotage déclarait qu'on avait grand tort d'appeler paille-en-queue cet oiseau, qui n'est pas rare à l'île du Connétable,
1. On nomme aussi phaéton cet oiseau de mer, qui a la taille d'un gros pigeon de volière. Deux des plumes de sa queue forment des brins très longs, qui de loin ressemblent à des pailles.
voisine de l'Ilet de la Mère. Pour lui, qui en avait tué plus d'un, il pouvait affirmer, disaitil, que les deux longs appendices que cet oiseau porte à la queue ne sont pas des pailles, mais bien des plumes. Peu de jours avant mon arrivée on avait tué deux frégates. Ces oiseaux, aux longues ailes, volent toujours très haut: on ne peut les atteindre qu'en tirant de points élevés. Le plateau du Monta Ravets est favorable pour cette chasse. On tue quelques rares iguanes qui viennent se chauffer sur les roches de l'île du Diable. Aux jours de pleine lune, lorsque la marée inonde les parties basses de la terre ferme, un grand nombre d'alouettes de mer viennent des Iles du Salut et se posent sur les rochers qui bordent la mer, et si près les unes des autres qu'on peut en tuer une centaine (nous les avons comptées) d'un seul coup de fusil.
Dans une de nos promenades, je remarque des rainures polies dans les roches de la partie basse de l'île, et je reconnais qu'il s'agit de polissoirs présentant la plus grande analogie avec ceux que l'on a trouvés dans les fouilles faites aux environs d'Amiens et qui datent de l'âge de pierre. Les rainures ont été produites par l'usure des pointes de flèches et des tranchants de haches en pierre dont se servaient les Indiens qui peuplaient ces îles avant l'invasion de l'Amérique par les Européens. On voit, à côté de ces rainures, des surfaces planes polies et des excavations en forme d'assiette, qui proviennent sans doute de l'usure des faces de leurs armes tranchantes et particulièrement des haches. Le capitaine d'un « charbonnier » qui retourne au Havre veut bien se charger de transporter en France deux énormes polissoirs que je lui remets à l'adresse du ministère de l'Instruction publique.
Lorsque je revins à Cayenne, on était près de la fin de la saison des pluies, et je n'avais que peu de temps pour préparer mon départ. Un curé de Mana, le R. P. Krœnner, offrit de m'accompagner : il avait déjà remonté le fleuve Maroni jusqu'à l'Itany, dans la région habitée par les Indiens Roucouyennes. Saba se hâta d'apprendre un peu de cuisine au restaurant où j'avais pris pension avec plusieurs officiers.
POUSSOIRS
l'embarcadère de