POU SU VK DES EAUX
avec rapidité sur les grandes roches mamelonnées qui barrent le passage. Un petit accident donne un peu de gaieté à mon équipage. Le noir Hopou, qui ne sait pas nager, ayant glissé sur une roche, est tombé au milieu du courant. Apatou qui l'aperçoit lui jette une corde et le relire comme un gros poisson suspendu à une ligne II a un air si pileux que tout mon équipage est pris d'un fou rire.
Nous déjeunons à l'île Acajou et continuons à passer les sauts. Le soir nous campons sur des roches granitiques mamelonnées attenant à la rive droite. Les nous de Surinam, qui sont fort irascibles, se plaignent amèrement de ce que je les fuis coucher sur une
l.'iG VOYAGES DANS L'AMÉRIQUE DU SUD.
roche où il est impossible de suspendre les hamacs, mais Apalou et le vieil Indien arrivent bientôt avec trois arbres qu'ils ont ébranebés. Ils les amarrent par le sommet et les dressent en faisceaux. Ces trois pieux forment une pyramide dont chaque côté peut être occupe par un hamac. Cet appareil employé journellement par les Oyampis s'appelle pataoua. Les Indiens, qui sont pourtant fort paresseux, ne manquent jamais de le disposer tous les soirs. C'est un surcroît de travail en arrivant au campement, mais on évite ainsi toutes les bêtes qui sont capables d'incommoder le voyageur.
Après avoir fait mes observations astronomiques, je prends un bain délicieux et partage mon dîner avec M. Bugeat. Ne manquant de rien, nous buvons d'excellent vin, nous prenons d'excellent café, voire même des liqueurs. Après ce repas, nous allons fumer de bons cigares dans nos hamacs suspendus au pataoua. Nous avons bien soin de tourner le dos à la lune dont les reflets argentés fatiguent la vue.
Les créoles de la Guyane, M. Bugeat est du nombre, redoutent autant les effets de la lune que ceux du soleil; c'est pour cela que les bonnes d'enfants ne circulent jamais le soir dans les rues de Cayenne sans tenir un large parapluie au-dessus de la tête du nourrisson.
Je me réveille de mauvaise humeur au milieu delà nuit; c'est que cette affreuse lune, qui a marché quelques heures, vient nous agacer la vue. Nous sommes obligés de nous lever pour lui tourner le dos.
i\e pihogue vent AnniÈnE (p. ï4î)
Une prouesse de chasse. — Divers modes de sépulture. — Une terrible épreuve des jeunes piavs. — Bacoves. — Ancienne mission de Saint-Paul. — Un bal d'oiseaux. — Encore le singe hurleur. — Son incapacité de faire des duos à lui tout seul. — Guérison du bégayeraient. — Quelques mots sur les plantes à l'ordre du jour, le conguéremu et le carapa. — La saison des pluies se prolonge. — Un tamouchi de la tri hu des Oyampis. — Costumes. — Vanitas vanitatum, omnia vanitas. — Le bois des arcs et la côte du l'aria.
28 août. — Dans la journée, nous passons devant un affluent de droite assez important appelé Kéricour.
Les rapides et les chutes se succèdent sans interruption ; je suis forcé de descendre souvent sur les roches pour alléger mon embarcation. C'est une occasion pour délasser mes jambes engourdies et prendre des hauteurs de soleil avec mon théodolite; malheureusement la saison des pluies n'est pas complètement finie, et, comme l'astre n'apparaît i|ue par intervalles, il m'arrive des contre-temps très désagréables. Souvent il disparaîl sous un gros nuage juste au moment où je mets l'œil dans la lunette. C'est une perle de travail d'un quart d'heure pour sortir mon instrument, le niveler et le rentrer.
Nous campons sur une île située au milieu du saut Nourououaca, célèbre par la ftlorl d'un colon français, le comte de Bagolte, qui s'y est noyé en descendant le fleuve. .Nous sommes en face de la crique Aramontabo, affluent de rive gauche qui est navigable à plusieurs jours.
En arrivant à terre, Sababodi me montre un animal qui est presque de la grosseur de la tète d'un enfant. C'est le fameux crapaud géant, que je vais tuer pour l'examiner à mon aise. M'approchant pour ramasser ma proie, je sens une odeur qui me fait (juillet la place au plus vite. Mon gibier qui paraissait prêt à sauter à l'eau à la moindre alerle est mort depuis quelques jours. Plusieurs trous à la peau ont laissé sortir les gaz qui gonflaient son abdomen et le faisaient paraître encore [dus gros qu'il n'était en réalité.
Telle est ma première impression de chasse. A mon voyage de 1<S77, je n'avais pas même emporté de fusil, mais cette fois j'ai l'intention de chasser, sinon pour mou plaisir, au moins pour subvenir à l'alimentation.
Vers neuf heures, nous arrivons à une île pittoresque occupée par deux huttes d'Indiens Oyampis. J'apprends qu'elles viennent d'être abandonnées à la suite d'une épidémie qui a détruit les habitants. Mon patron, redoutant une maladie contagieuse, ne veut pas descendre à terre, mais le reste de l'équipage saule sur la rive. Les Indiens Oyampis ne brûlent pas leurs morls comme les Houcouyennes, ils les enterrent dans un trou très profond, mais n'ayant pas plus d'un mèlre de longueur. Le cadavre est placé verticalement, les jambes, les braset la tèle fléchis comme le fœtus dans le sein maternel.
Quelquefois ils le laissent se décomposer dans le bois, et ce n'est qu'au bout d une
année qu'ils ensevelissent les os dans un grand pot d'argile. MgrEmonet m'a fait présent d'un de ces vases funéraires. La sépulture est toujours tardive chez les Indiens non civilisés ; les Galibis conservent leurs morts pendant une semaine. Le cadavre est couché dans un hamac, au-dessous duquel se trouve un grand vase servant à recueillir le liquide qui s'écoule des chairs en décomposition ; et, chose horrible à dire, qui pourtant a été vue par des nègres Bonis, les futurs piays, c'est-à-dire les étudiants en médecine, sont obligés de prouver leur force de caractère en buvant une macération de feuilles de
HUTTES OÏAMPIS ABANDONNÉES
tabac et d'une plante appelée quinquina, à laquelle on ajoute quelques gouttes de sanie cadavérique.
Mes hommes cueillent dans l'abatis des fruits d'acajou et des papays qu'une bande de macaques était en train de dévorer. Ils trouvent également un régime de petites bananes que les Oyampis appellent baco, et que l'on désigne à Cayenne sous le nom de bacoves. Beaucoup de mots usités non seulement dans les divers langages des créoles de l'Amérique du Sud, mais dans toutes les langues européennes, n'ont pas d'autre origine que la langue des sauvages de la Guyane et du Brésil.
Un peu plus loin nous trouvons un saut appelé Yacarécin. Le yacaré des Oyampis
n'est autre chose que le crocodile d'Amérique que d'autres Indiens appellent caïman.
Vers quatre heures nous arrivons à un long canal sans roches dirigé vers le sud-ouest, où le courant devient imperceptible, et nous ne tardons pas à gagner la crique Mouchiri à l'embouchure de laquelle nous passons la nuit.
Le 30, je fais une petite reconnaissance dans la crique Mouchiri, et je prends une hauteur de soleil à l'embouchure.
Vers neuf heures nous arrivons à une petite colline située sur la rive gauche. Les Jésuites y avaient établi la mission de Saint-Paul au siècle dernier. On n'y voit plus de traces de culture ni de vestiges de construction. Une croix vermoulue est seule restée debout pour attester le passage de la civilisation. Je remarque un assez grand nombre d'excavations allongées et disposées parallèlement. C'est l'ancien cimetière qui, d'après mon guide, aurait été saccagé par des Indiens venus des sources du Camopi; les misérables ont violé les tombes pour arracher aux squelettes quelques médailles et des crucifix oxydés.
A quatre cents mètres en amont du même côté, mon Indien me fait visiter une grande roche granitique située à une faible distance de la rivière. On y trouve des excavations qui servent de repaire aux bêtes fauves. C'est pour celte raison qu'elle est appelée Yaouara-quara, ce qui veut dire « antre du jaguar. » Inutile de faire remarquer que le mot français jaguar vient du mot oyampis yaouar.
Nous dormons sur les roches Tacouenda, ainsi nommées à cause d'un banc de sable situé en aval qui sert de place de danse aux aigrettes.
Les Indiens, qui prêtent de l'esprit aux bêtes puisqu'ils admettent qu'elles ont des piays aussi bien qu'eux, reconnaissent des jours de fête pour les oiseaux.
Il pleut toute la nuit ; il nous est impossible de fermer l'œil, étant incommodés non seulement par l'eau, mais par des nuées de moustiques et les beuglements des alouates ou singes hurleurs. Je me suis trop avancé en disant que le bruit épouvantable que l'on entend journellement dans les forêts des Guyanes était produit par un seul hurleur, qui chantait en se promenant pendant que les autres restaient immobiles et muets. Apatou prétend que, sur une bande de dix singes, il y en a toujours deux qui se promènent en chantant; ce sont deux mâles, le plus gros et le plus petit de la troupe. Il soutient que le gros fait la basse et le petit le chant. Ce dernier se distingue non seulement par sa voix flùtée, mais par son pelage qui est plus foncé. Un fait qui étonne les Bonis, c'est que le petit chanteur a souvent la chair aussi coriace que le chef de la bande. Nous ne sommes pas loin de croire qu'il s'agit d'une espèce différente l.
Les nègres marrons du Maroni ne tuent jamais un singe hurleur sans lui enlever le larynx. Ils font avec la grande cavité qui est creusée dans l'os hyoïde une coupe destinée à la guérison du bégayement. Au dire d'Apatou, à qui je laisse la responsabilité de la
1. En examinant le Muséum de Paris, nous avons reconnu que le gros hurleur que les Bonis appellent baboun est le mycetes scnkulm, tandis que le petit qu'ils qualifient de couacon est le mycc.tes ursinus.
recette, les enfants bègues ne manquent pas d'être guéris après avoir bu quelques mois flans l'appareil vocal du singe rouge.
31 août. — Nous arrivons à huit heures devant la crique Ouaracoucin, qui porte le nom d'un petit poisson. A trois kilomètres plus haut, nous rencontrons sur la rive droite la crique Anotaye, qui, dit-on, est navigable à une assez grande distance. A l'embouchure, près de la rive droite, est une petite île qui peut la faire reconnaître; elle se dirige vers l'est, puis vers le sud-est. Au tournant se trouve une montagne granitique. Il est à noter qu'on trouve des montagnes à l'embouchure de presque toutes les criques importantes des rivières de la Guyane.
Depuis le malin le courant est très rapide ; cela lient non seulement à un rétrécissement du fleuve, mais aux pluies des jours précédents; nous en avons une preuve puisque des pataouas qui naguère étaient à sec sont immergés sur une hauteur d'un mètre. Les pagayes ne suffisant pas pour avancer, nous sommes obligés de nous servir de longues perches que les Indiens appellent tacaris. Lorsque le lit est trop profond, nous ne pouvons remonter qu'en nous accrochant aux branches qui bordent la rivière.
Parmi les arbres que nous voyons en passant nous reconnaissons le conguérecou (xylopia frutescens) et le carapa. Le premier, dont la taille n'est pas élevée, forme des buissons aux feuilles fixes ayant une forte odeur de poivre. Cette plante n'est pas nouvelle pour nous, puisque nous l'avons rapportée en France en 1869. M. Oury, qui la cultivait, lui attribuait une action analogue au poivre de copahu. C'est ce que nous avons pu constater nous-même en expérimentant les graines desséchées et moulues comme du poivre. Le conguérecou est actuellement employé dans la thérapeutique française.
Le carapa donne un gros fruit rond rempli de graines qui fournissent une huile dont les Indiens se servent pour se peindre avec le roucou, el pour chasser les chiques et les tiques. Cet arbre, que l'industrie recherche pour faire de l'huile, ne parait pas assez abondant dans l'Oyapock pour une grande exploitation. Apatou me dit que le carapa, qui existe par toute la Guyane, est plus commun dans les terrains marécageux. Il l'a vu dans l'île qui se trouve en face de l'ancien pénitencier de Saint-Louis et dans l'île Portai. 11 est particulièrement très abondant dans un affluent de droite de la rivière de Surinam, la crique Caouina, dont les eaux sont aussi noires que celles de l'Ana, affluent du bas Maroni, et du rio JNegro lui-même.
Les sources de la Caouina sont voisines de la rivière Paramaka. Les noirs du même nom, fuyant les Hollandais, ont remonté la Caouina et ont atteint les sources de la rivière Paramaka, qu'ils ont ainsi nommée du nom d'un petit palmier dont le fruit leur a sauvé la vie.
Les graines de carapa commencent à tomber au commencement de la saison sèche, c'est-à-dire vers la fin de juillet. Les Indiens se les disputent avec les pakiras et les agoutis qui en sont très friands. Les Iioucouyenncs gardent ces graines pendant une année en
les enterrant dans la terre, c'est-à-dire en faisant de véritables silos comparables à ceux des Arabes. Si l'on ne prend pas cette précaution, elles ne se conservent pas au delà de trois semaines à un mois. Pour obtenir l'huile de carapa, les Oyampis font cuire les graines et les abandonnent pendant quelques semaines dans un tronc d'arbre évidé. Ensuite on les écrase avec les pieds et on verse la pulpe sur une spathe de palmier qu'on expose au soleil et qu'on incline légèrement pour que l'huile s'égoutte dans un autre récipient. On obtient moins d'huile qu'en exprimant, mais elle est d'une limpidité parfaite et presque blanche.
Nous dormons dans le bois un peu au-dessus de la crique Yacaréitapoucan, mot qui signifie « front de caïman ». Le grand canot restant en arrière, je serais obligé de dormir sans souper si je n'étais rejoint par M. Bugeat qui vient de tuer un magnifique tapir. N'ayant pas de hamac, je dors sur la terre avec une petite couverture que je partage avec un de mes noirs. Nous sommes abrités de la pluie par un ajoupa, c'est-à-dire une tente fabriquée en feuilles de palmier.
1er septembre. — Arrivé un peu avant midi à une petite île granitique, je m'efforce en vain de sortir mon théodolite de sa boîte gonflée par l'humidité. Je suis furieux de ne pouvoir prendre la méridienne, lorsque j'aperçois plusieurs embarcations à l'horizon. C'est, me dit le patron, le tamouchi Jean-Pierre et son frère Alicolé.
Ces Indiens, qui sont pourlant nos frères en Jésus-Christ, puisqu'ils ont été baptisés par Mgr Emonet, n'ont pour vêlement d'étoffe qu'un couyou, c'est-à-dire un pelil morceau de linge. Le reste de leur costume consiste en une couche de peinture rouge entremêlée d'arabesques noires, qui les recouvre comme un maillot d'arlequin des pieds à la tête.
C'est une splendide occasion pour inviter M. Bugeat à dîner. J'ouvre une boîte de bœuf salé (comed beef), j'en prends une part, et je distribue le reste à l'équipage. M. Bugeat me fait remarquer que Jean-Pierre ne mange pas et paraît faire la moue. C'est qu'il est froissé de ne pas s'asseoir à coté du chef blanc. M'étant empressé de l'inviter, je vois sa figure aux joues larges, aux pommettes saillantes et au nez aquilin s'épanouir subitement. Ce rayon d'orgueil que je viens de voir transpirer chez ce sauvage est une lueur d'espérance pour le succès de mon entreprise. Sachant que la vanité est la corde sensible de Jean-Pierre, je suis sûr d'arriver à mes fins : je conduirai le chel des Oyampis comme un enfant; il faudra qu'il me donne un équipage, il faudra qu'il m'accompagne lui-même jusqu'aux sources de l'Oyapock.
Au dessert, qui se compose d'une galette de biscuit, j'invite le capitaine Jean-Pierre — c'est ainsi que je l'appelle — à s'en retourner jusqu'à son village. C'est là que je lui montrerai les cadeaux que je lui desline s'il veut m'accompagner jusqu'aux sources de l'Oyapock.
Quelques instants après, nous passons devant une petite crique appelée Païrapiki. Le mot païra désigne l'arc des sauvages et le bois très dur dont il est composé. Cet affinent
est ainsi nommé parce qu'on y trouve du bois d'arc que les créoles de Cayenne appellent bois de lètre, el les naturalistes Amanoa guianensis.
La côte du Paria, la première terre du continent américain qui fut découverte par Christophe Colomb, doit son nom à ce que les indigènes y trouvaient le bois qui sert à la fabrication des arcs.
Nous campons dans la foret en face de la crique Ménoura, en amont d'un saut qui est près de l'embouchure de ce petit aftluent de droite.
La roche Emonet. — Réception chez le chef des Oyampis. — Le bâton du commandement. — Le* mangeurs d'œufs deviennent stériles. — Arrivée d'Indiens Émerillons. — Apatou géographe. — Solution d'un problème important. — 11 faut diminuer la longueur de la Mana d'un tiers. — Fabrication des arcs et des flèches. — Émerillons mangeurs de tigres et amateurs de pain frais. — De l'utilité des hôpitaux. — Un musicien voguant sur les eaux de l'Oyapock. — Je montre la lune aux Oyampis. — Les indigènes de la Guyane n'adorent pas les astres.
2 septembre. — Le tamouchi, voulant nous précéder à son village pour nous en faire les honneurs, part avant le lever du soleil. J'arrive vers dix heures à la hauteur de son habitation ; mais, pour donner à mon hôte le loisir de faire ses préparatifs de réception, je vais visiter une grande roche granitique noire située près de la rive droite, que les Oyampis appellent Roche mon Père, parce que les anciens missionnaires avaient l'habitude de s'y arrêter. Je la parcours dans tous les sens, à la recherche de polissoirs ou d'anciennes gravures, mais je ne trouve absolument aucune trace des anciens indigènes. Je la baptise du nom du R. P. Emonet, en souvenir de mon ancien compagnon de voyage.
Xous arrivons vers onze heures devant l'habitation de Jean-Pierre qui est située derrière une grande ile sur la rive gauche. Après une décharge de tous nos fusils, je descends à terre escorté de mon équipage qui suit à la lile indienne. J'ai bien soin de marcher la canne à la main, car je sais que chez les Oyampis, comme chez tous les indigènes de la Guyane, le bâton est le signe du commandement.
Le chef des Oyampis, revêtu d'une couche fraîche de peinture rouge, portant à la main une canne de tambour-major, ayant au cou une pièce de cinq francs à L'effigie de Louis XVIII, parait radieux et fier comme le grand roi Louis XIV recevant les ambassadeurs chinois.
Apatou distribue une ration de tatia à tout le monde, tandis que je fais boire le tamouchi dans ma gourde. Ayant donné un peigne et quelques épingles à sa femme, elle s'empresse de m'apporler en échange une poule cl quelques œufs.
Je remarque que les Oyampis, pas plus que les Roucouyennes, ne mangent ni les poules ni leurs produits. Demandant à mon hôte la raison de sa répulsion pour les œufs,
INDIENS 0 Y tH PIS
il me répond que, malgré son âge avancé, il veut encore avoir des enfants. Les œufs de toutes les espèces d'oiseaux sont réservés aux vieillards des deux sexes. Quant aux poules, elles ne servent qu'à fournir des plumes pour les ornements de tête destinés aux jours de fête.
Après dîner, je décide Jean-Pierre à m'accompagner jusque chez les Indiens Roucouyennes du Yary. Je le paye d'avance avec un fusil, des haches, des sabres et des verroteries.
3 septembre. — Le matin, pendant que nous observions le soleil sur une roche, nous voyons arriver deux pirogues portant des Indiens Emerillons qui viennent d'un