XV
Maison sur un arbre. — La chute des feuilles en élé. — Véritable rivière des Amazones. — Description de ces femmes qui ont fuit rêver nos grands-pères. — Autant de galons que d'enfants mâles. — Comment on devient Amazone. — Un souper frugal dans ce pays légendaire. — Mangeur de termites. — Influence de la latitude et de l'altitude sur iiidii élal smilaire. — Le hinoro. — Un monolithe. — Les impressions de voyage d'un Indien dans le pays des blancs. — Ananas sauvages. — Sentier du Parou au Maroni. — Renseignements pour les chasseurs de coqs de roche. — Canot chaviré.
31 octobre. — Après deux heures de marche, nous rencontrons l'embouchure de la crique Coucilenné que nous avons traversée en allant du Yary au Parou. Un peu en
amoul, je découvre un gros nid dans les branches d'un grand arbre qui est sur la lisière d'un abalis. En approchant, je reconnais qu'il s'agit d'une véritable hutte avec un plancher et un toit en feuillage où un Indien, blotti comme un singe, se prépare à flécher les oiseaux qui viennent savourer les graines mûres de cet arbre.
Vers quatre heures, nous passons devant une petite montagne appelée Manaou ; ce serait un bel endroit pour camper, mais il y a beaucoup de moustiques. Yacouman veut atteindre un petit village qui est éloigné de deux heures de canotage. Je fais remarquer
à Apatou qu'il y a beaucoup de bois sec sur les collines, et il me répond : « Arbres-là, pas pourri, quand pluie veni gagné feuilles. » En Guyane, ce n'est que pendant l'été qu'on voit des arbres perdre leurs feuilles.
Nous arrivons au dégrad quelques minutes avant le coucher du soleil et il faut encore faire deux kilomètres à pied pour atteindre le village qui est au milieu de la foret. Je suis étonné de ne pas voir un seul homme pour nous recevoir. Nous visitons deux, trois habitations, et nous n'y rencontrons que des femmes. Je demande à la plus vieille, c'est-à-dire à la moins farouche : « Ncpo amolé okiri (Où sont vos hommes)? — Okiri ova » (homme pas), répond-elle dans son langage laconique.
Je suis fort intrigué. Ai-je donc enfin trouvé ces fameuses Amazones sur lesquelles nos savants, de la Condamine en tête, ont discuté pendant des siècles? Oui, ce sont des femmes qu'Orellana a trouvées près du Trombette et sur lesquelles un conquérant espagnol a brodé une histoire romanesque qui a fait qualifier le grand fleuve de rio de las Amazonas.
Je ne doute pas qu'Orellana n'ait rencontré des tribus de femmes, mais quelle imagination fantastique il a dû déployer pour les comparer aux guerrières chevaleresques les temps homériques! Je constate d'abord que les Amazones du Parou n'ont pas l'usage de se couper un sein pour se livrer sans inconvénient à l'exercice de l'arc.
«Combien avez-vous eu d'enfants? » demandai-je à l'une d'elles. Elle me répond en me montrant trois raies rouges sur le haut de la cuisse.