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SUR LE MAGDALENA

La Guaira. — Puerlo Cabello. — Savanilla. — Bai'ranquilla. — Nmis irninnions en vapeur le Magdalena. — A boni du José Maria Pino. — Calamar. — Puerto National. — Iles voyageuses. — Monarque repu ou malfaiteur puni? — Paturia. — L'État d'Antioquia ; l'or en Colombie; les chapeaux » de Panama ». — Puerto Berrio. — Le Nare. — A bord du General Trujillo. — Caracoli et Honda. — A bord du Tolima. — Je relevé à la boussole le haut Magdalena. — Ambalema. — El tabaco .se ha mulato. — Guataqui. — Jirardot. — Puriflcacion. — Ai|>e. — Neiva. — La chiclia. — Les débuts d'Apatou comme cavalier. — La hacienda de las Animas el U général Lucio Restrepo. — L'agriculture en Colombie. — Le bétail. — Colombia. — La Puerla del Cielo et les plantations de quinquina. — Un compatriote. — Les quineros et les quinquinas.

Nous parlons de Saint-Nazaire, le 6 août 188), sur le paquebot Lafayette de la Compagnie générale transatlantique.

Nous recevons du commandant, M. le capitaine lléliare, du médecin, notre

excellent ami Le Tersec, et des officiers du bord, un accueil des plus sympathiques. Nous quittons le port par une après-midi tout ensoleillée. Enfiévrés d'enthousiasme, nous voudrions déjà être au bout de cette traversée qui doit seulement nous mener à notre point d'attaque. Quoique décidés à ne plus regarder en arrière, nous ne pouvons nous empêcher de jeter un dernier coup d'œil sur la terre de la patrie qui semble fuir là-bas dans le lointain. Les côtes disparaissent, puis les îles. Le Lafayette, quoique vieux, fait bravement son devoir.

Un matin, nous nous trouvons par le travers des Açorcs, qui se détachent en blanc sous de gros amas de nuages noirs. Nous voici au tropique, puis dans les alizés. Le ciel roule des nuages blancs et la mer des algues jaunes (raisins des tropiques).

Après douze jours de traversée, nous arrivons à la Basse-Terre. Nous ne pouvons communiquer, car la fièvre jaune a fait son apparition dans l'île. Trois médecins de première classe de la marine viennent de succomber au fléau.

Quelques passagers débarquent et nous mettons le cap sur la Martinique.

Cette île est nouvelle aux yeux de Le Janne, qui n'a guère d'admiration pour la savane, les pitons et les étoffes voyantes que portent les habitants.

En quittant la Martinique, nous faisons route un peu vers le sud. Nous apercevons bientôt de hautes montagnes qui longent la côte du Venezuela et dont le pied baigne dans la mer. C'est la terminaison de la Cordillère orientale.

Nous arrivons à la Guaira, port de Caracas. La Guaira, bâtie en amphithéâtre au pied des montagnes, est d'un abord assez difficile pour les embarcations, car il y règne souvent une grosse houle qui a nécessité la construction, en avant des apponlemenls, d'une jetée brise-lames.

C'est une ville très pittoresque, avec ses rues étroites, irrégulières, mal pavées, bordées de maisons basses. Les tuiles rouges des toits aplatis et débordants , les grilles bleues ou vertes des fenêtres ventrues , les murs barbouillés de blanc ou d'ocre jaune font des taches joyeuses dans la masse obscure de l'ombre des rues. Un torrent traversé par des ponts bizarres descend des hauteurs. La Guaira est défendue par des remparts du côté de la mer. Un fort perché sur une colline qui domine la ville peut contribuer puissamment à sa défense. Cette colline et les voisines se font remarquer par le grand nombre et les grandes dimensions des cactus du genre cereus.

L'escale suivante est Puerto Cabello, ainsi nommée parce que, dit-on, un vaisseau pourrait s'y amarrer avec un cheveu. Il est certain que le port est parfaitement abrité. Les rues sont plus larges et plus régulières que celles de la Guaira. Nous faisons un tour de promenade au jardin public, qui est assez mal entretenu.

Nous y remarquons surtout les traces laissées sur les murs et les troncs d'arbres par les balles de la dernière guerre civile. Un autre vestige de ces guerres maudites se voit encore dans la rade : c'est un vapeur qui a coulé à pic et qui laisse apercevoir au-dessus de l'eau l'extrémité de l'un de ses mâts.

Nous poursuivons notre route et doublons l'entrée du golfe de Maracaïbo, puis passons près de terre aux environs de Bahia Honda. On dit que les Indiens viennent faire des apparitions sur ce point.

Le 26 août, enfin, nous arrivons en rade de Savanilla. Nous cherchons en vain un port sur la côte. Bientôt un petit vapeur sort des palétuviers et vient se ranger le long du bord pour prendre les passagers et les marchandises. Notre bagage n'est pas lourd. A peine en avons-nous trois cents kilogrammes à nous quatre. Nous le faisons descendre

à bord du remorqueur, et, après avoir pris congé de nos compagnons de traversée, nous débarquons nous-mêmes. Le commissaire et l'agent des postes, qui tous deux ont affaire à Barranquilla, prennent passage avec nous. Le remorqueur donne son coup de sifflet; nous sommes en route pour la terre colombienne.

Le temps est couvert et orageux, l'air est complètement immobile; il fait une cbaleur insupportable.

Un avis affiché à bord déclare qu'on y délivre, à moindre prix qu'à terre, des billets de chemin de fer pour Barranquilla. C'est un assez joli privilège de celte compagnie de remorqueurs, privilège dont nous nous empressons de faire notre profit.

Nous doublons au fond de la rade une pointe basse couverte de palétuviers et nous pouvons enfin distinguer le port de Salgar Savanilla. Le vapeur vient se ranger le long d'un appontement muni de rails qui conduisent à la gare.

Nous avons bientôt fait connaissance avec le village de Salgar Savanilla, port de mer et tête de ligne de la voie ferrée de Barranquilla. Il se compose de huit huttes en planches et feuilles de palmier. La ligne ferrée et une bande étroite de palétuviers séparent ce village de la mer.

Une sorte de hangar sert de salle d'attente pour les voyageurs. Nous y passons de mortelles heures à attendre le train qui doit nous mener à Barranquilla.

Parmi les passagers du Lafayette se trouve un jeune Colombien, M. Villaveces, dont nous avons fait connaissance à bord. C'est un gai compagnon, aimable, prévenant, une nature d'artiste. 11 vient de Paris, où il a passé quelques mois pour se perfectionner dans son métier de lithographe; il s'occupe quelque peu de peinture et d'aquarelle. 11 doit remonter le Magdalena jusqu'à Honda. Comme c'est la route que nous suivrons, nous sommes enchantés de la proposition qu'il nous fait de devenir jusqu'à cette ville notre compagnon de voyage. Outre le charme de son commerce, nous tirerons un véritable profit de sa parfaite connaissance du pays.

Vers quatre heures et demie, on appelle enfin les voyageurs, et le train se met en marche pour Barranquilla. Les vagons sont peu confortables, mais c'est tout ce que l'on peut attendre sur une ligne si peu fréquentée. Nous courons sur un terrain bas et marécageux semé de grandes flaques d'eau. Les arbres qui bordent ces mares ont de longues racines adventives et ressemblent à de gigantesques araignées soulevant leurs pattes pour ne pas les mouiller. Une nombreuse population d'échassiers, hérons, cigognes, ibis, bécassines, crabiers, s'enfuit effarée ou assiste impassible au passage du train. La végétation ne rappelle pas, comme aspect général, celle de la zone torride. Nous n'apercevons pas de palmiers. Cependant des cierges gigantesques passent à travers le feuillage leurs grands bras qui ont l'air d'implorer le ciel, et donnent son cachet au paysage.

Le train s'arrête trois ou quatre fois à des stations, si l'on veut, mais je cherche vainement les bâtiments dont ce mot semble impliquer la présence sur les voies ferrées. Quelques madriers jetés à terre en sont peut-être le squelette futur.

Le ciel s'est de plus en plus couvert. Quelques éclairs brillent au moment où nous entrons en gare de Barranquilla. Des voitures légères, dites américaines, stationnent devant la gare. Nous y avons à peine pris place que l'orage crève. Le tonnerre gronde à plein fracas et la pluie tombe à pleines nappes.

Nous sommes bientôt à l'hôtel San Nicolas, un peu mouillés, et nous n'aurons que demain nos bagages, retenus en gare par la douane. On nous donne une chambre à trois lits pour Villaveces, Le Janne et moi.

Bientôt on sonne le dîner. Quelle horrible cuisine ! chaque mets est plus parfumé que le précédent; un cuisinier chauve a dù y laisser tomber sa perruque pommadée;

A TRAVERS LA NOUVELLE-GRENADE ET LE VENEZUELA. 38o

le vin doit avoir été manipulé dans une pharmacie. Au total, nous ne mangeons ni ne buvons. Chaque plat nous saute au nez, et notre gorge aimerait presque autant se laisser couper que de livrer passage à de pareilles horreurs.

Au sortir de table, nous voudrions bien faire un tour de promenade en ville; mais nous reconnaissons que la chose est impossible : il pleut et les rues ne sont pas éclairées ; il y fait, par ce ciel noir, une obscurité absolue. Nous nous faisons servir du café sous le couvert du grand balcon de l'hôtel et nous espérons remplacer la promenade par de longues causeries, lorsqu'une Américaine sentimentale vient nous ôter cette dernière illusion en entamant sur un piano faux une série de trémolos à rendre épileptique le bonze le plus endormi.

Fatigués d'une journée très chaude, énervés par nos mésaventures, nous nous décidons à gagner nos chambres.

La nôtre est peu meublée : trois lits et trois tables de toilette en composent tout le mobilier, avec une chaise pour trois.

Chaque lit est composé de deux tréteaux réunis par une forte toile. Une moustiquaire surmonte cet échafaudage qui a pour literie un drap et un oreiller. Les services de toilette sont ébréchés et dépareillés. Le tout est très médiocrement propre.

Le sommeil nous vient difficilement. Vers le matin, nous sommes réveillés par un craquement suivi d'un bruit sourd. Le monument sur lequel repose Villaveces vient de s'effondrer et nous apercevons notre compagnon riant à se tordre sur le plancher et ne cherchant même pas à se dégager des débris de ce qui fut son lit.

A six heures, nous sommes debout; nous réglons nos dépenses et nous courons à la gare pour délivrer nos bagages. Ce n'est qu'à huit heures que s'ouvrent les bureaux de la douane. A l'heure dite, nous nous présentons de nouveau. On ne visite pas nos caisses, on se contente de les peser; chaque voyageur a droit à cent kilos de bagages ; chaque kilo d'excédent paye un droit de trois francs. Les nôtres n'atteignaient pas le poids toléré ; aussi je me demande par quel prodige d'arithmétique nous avons à payer une somme de douze francs. C'est un droit d'entrée pour nos personnes, je pense. Nous constatons heureusement que nos colis ont été traités avec ménagement cl que nous n'aurons à déplorer la destruction d'aucun instrument indispensable.

Cette fois nous transportons nos pénates à l'hôtel de Colombia. On nous donne une chambre spacieuse avec large véranda. Tout y est propre.

Le déjeuner est bon. Le service de la table se fait suivant l'usage du pays. On prend de tous les mets à la fois. Le Janne est étonné de la présence simultanée dans son assiette de viande, de poisson, d'œufs, de légumes, de salade, de bananes frites, véritable macédoine gigantesque. Ce qui l'étonné bien davantage, c'est le morceau de fromage qui accompagne sa tasse de chocolat à la tin du repas. Après ce copieux déjeuner, nous faisons un peu de sieste, bien nécessitée par le sommeil médiocrement réparateur de la nuit précédente.

Dans l'après-midi, je me rends chez le consul français, pendant que Le Janne flâne par la ville, qui est bâtie sur un sol plat et bas. Les rues sont larges; la chaussée est sablée et profondément ravinée par les pluies. Des trottoirs en briques assez élevés les bordent de chaque côté. L'élévation des trottoirs a sa raison d'être, car, par des ondées comme celle d'hier soir, chaque rue est transformée en cours d'eau d'importance notable.

Les maisons font entre elles des contrastes charmants. Les grandes à étage, à véranda, semblent avancer leurs terrasses pour protéger leurs petites voisines modestement couvertes de feuilles de palmier. Des murs blancs, des grilles bleues, des tuiles rouges, c'est gai par un beau soleil.

Parmi les types de la rue nous remarquons les aguadores et les porteurs de fourrage. Les aguadores vont prendre à dos d'âne l'eau du Magdalena qu'ils vendent en ville. C'est un curieux spectacle que nous donne ce bourriquet microscopique trottinant d'un air résigné sous un colossal fardeau composé de deux tonnelets disposés en long de chaque côté de son bât, et d'un aguador, parfois vigoureux gaillard, assis entre les deux tonneaux, les jambes croisées sur le cou de l'animal. Les porteurs de fourrage ne sont pas moins étranges. On aperçoit seulement une énorme botte de foin ou de maïs frais sous laquelle quatre jambes fines et nerveuses tricotent rapidement leur chemin.

Le mélancolique animal est soumis tout le jour à ce dur labeur ; la nuit, il jouit de sa liberté complète; il erre par les rues, dans l'air frais, sous la pluie, se couche où il veut. Le pays n'a pas de police, aussi peut-il vagabonder à son aise. Chaque matin il revient chez son maître reprendre ses tonnelets, et ses promenades peut-être involontaires aux champs ou sur les bords du Magdalena.

Les habitants sortent peu, à l'exception des hommes de couleur qui sont assez nombreux. Vers le soir pourtant, les trottoirs devant les portes se garnissent de fauteuils, et ceux-ci de femmes brunes à peau dorée, à longs cheveux mi-flottants. Les vérandas sont occupées par des dames à la pose indolente, rappelant avec leur pâleur mate et leur mantille le « clair de lune en capuchon noir » de Musset. Les hommes sont maigres, osseux, hâlés sous leurs sombreros dits de Panama. Presque tous portent le poncho. Quelques étrangers sont venus se fixer à Barranquilla. Les Anglais, les Allemands y font du commerce. Les Français, plus portés vers les arts, tiennent des salons de coiffure parisiens.

La situation de Barranquilla est mauvaise : les navires de fort tonnage ne peuvent y remonter. Aussi n'est-il pas douteux que, dans un avenir prochain, ce port ne soit abandonné pour celui de Carthagène. Nous n'y séjournons que deux jours et demi, aussi pouvons-nous à peine jeter un coup d'œil sommaire sur la ville.

Les nuits sont noires et pluvieuses, les après-midi très chaudes, avec un soleil très brillant dans une atmosphère lavée.

Je reçois un charmant accueil des consuls anglais et français, qui me donnent une lettre pour leur collègue français de Honda.

Le 29 août, nous prenons passage sur le vapeur José Maria P'mo, qui doit nous mener à Honda, à trois cent soixante milles de Barranquilla. De là, nous nous rendrons probablement à Bogota.

Le José Maria Pino est un vapeur à roues et à spardeck calant cinq pieds, ce qui est beaucoup pour la navigation de cette rivière qui souvent s'élargit considérablement aux dépens de sa profondeur, et dont le lit est semé de hauts fonds de sable qui se déplacent continuellement. Le chauffage se fait au bois. Les fermiers riverains accumulent, sur les points favorables des berges, du bois sec convenablement débité que les bateaux

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prennent à leur passage. Les bâtiments ne marchent que de jour pour éviter les bancs de sable et les arbres échoués ou entraînés par le courant. Ils sont commandés par des capitaines, Anglais pour la plupart ; un contador ou commissaire est chargé des marchandises et de la nourriture des passagers. L'équipage donne une idée assez exacte de la population du pays : il est composé de quelques blancs, de métis et de mulâtres.

Voici un aperçu des repas. Au lever, on vous sert une tasse de café au lait. Vers dix heures, une cloche sonne le déjeuner. Le capitaine occupe la place d'honneur à une extrémité de la table ; le contador occupe l'autre extrémité. Chaque passager prend la place qui lui plaît. On sert d'abord une assiette de sancocho, soupe nationale faite avec de

la viande sèche, des bananes et du riz. Un morceau de celte carne seca nage toujours dans le potage. Les divers plats sont posés au milieu de la table, à la disposition de chacun. Seuls, le bifteck et un plat de bœuf au jus échappent à la loi commune et sont placés à la portée du capitaine et du contador qui en sont les dispensateurs. La nourriture est très abondante et se compose, en outre, d'œufs, de poisson, de bananes frites, de pommes de terre, de yuccas (manioc doux) bouillis, d'une salade faite de tranches de tomates et d'oignons crus. La traditionnelle tasse de chocolat avec son inséparable morceau de fromage termine ce repas aussi copieux que désordonné. La nappe sert de serviette. L'eau du fleuve, filtrée à travers d'énormes mortiers en pierre poreuse, remplace la précieuse liqueur de Noé. Le capitaine attend que les traînards aient fini leur chocolat, puis il se lève et tous les passagers se dressent comme poussés par des ressorts. On se retrouvera le soir dans les mêmes conditions. On boit peu de vin en Colombie ; personne ne s'en étonnera en se rappelant que les marchandises payent à l'entrée un droit de trois francs par kilo. Nous sommes des heureux, ayant eu, avant de débarquer du Lafayette, l'idée de nous faire faire une petite caisse de vins et liqueurs assortis qui est entrée sans droits, mais sans fraude, avec nos bagages.

Les chambres sont disposées en deux séries de chaque côté du spardeck, ménageant entre elles la salle à manger qui est ouverte sur l'avant et sur l'arrière du bateau.

L'ameublement de chaque cabine se compose d'une toile montée sur deux tréteaux et ayant la prétention de représenter un lit. L'oreiller et le drap de l'hôtel San Nicolas font défaut ici.

Il faut dire, du reste, chose que nous ne savions pas avant d'embarquer, que chaque passager apporte d'habitude un hamac garni de sa moustiquaire. Une chambre est réservée comme cabinet de toilette. Elle présente un aspect lamentable. Cinq ou six cuvettes et autant de pots à eau en fer, jadis couverts de peinture, graisseux, visqueux, raboteux, ont conservé dans leurs crevasses les débris épidermiques de nombreuses générations de voyageurs. L'eau jaunâtre du fleuve y simule de petites mares.

Le José Maria Pino se met doucement en marche le 29 août, vers midi et demi. 11 nous faut une demi-heure pour sortir du petit canal qui relie Barranquillaau Magdalena. A une heure juste nous débouchons dans le fleuve. Le courant est rapide, car les eaux sont hautes en ce moment. Le fleuve est très large, ses rives sont très basses. Dans le voisinage de Barranquilla nous apercevons quelques indices de culture, des prairies à herbe haute, quelques champs de maïs, de canne à sucre, de bananiers, de palmiers reaies (royaux), qui donnent le vin de palmier. De nombreux cocotiers élèvent leurs panaches et leurs gros fruits jaunes à une grande hauteur. Sur la rive droite, la végétation forme fouillis. Rien de particulier ne signale cette première journée de navigation. Nous marchons jusqu'à sept heures.

Vers la nuit, nous prenons du bois et des bœufs sur la rive droite. L'embarquement se fait aux flambeaux et ne manque pas d'une certaine beauté.

J'aime les longues rêveries sur le pont d'un navire en plein Océan, par un beau clair de lune, sous un ciel bien étoile. Ici, le décor manque, le ciel est nuageux. Le fleuve fait à peine une tache plus claire dans la nuit noire. Tout porte à l'ennui et au sommeil. Je m'étends sur mes tréteaux après avoir disposé ma moustiquaire. J'éprouve d'abord un certain plaisir à faire subir aux nombreux moustiques qui ont envahi ma chambre un vrai supplice de Tantale. J'avance le bras jusqu'à portée de leurs dards. Ils s'élancent sur cette proie, la moustiquaire est là qui les arrête ; je vois leur dépit

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