L L 1 U A D 1 U AI
Le ciel s'est mis en frais d'étoiles, la température est délicieuse. Il règne dans la nature un calme si profond que nous en sommes frappés. Tout se tait. Assis devant la porte d'une case où nous avons trouvé de la bière, nous laissons tomber quelques phrases, plutôt que nous ne causons. Nous pataugeons en pays sentimental ; nous nous glissons tout bas nos confidences. Mais, chut! Rentrons à bord. Songeons que nous avons tout abandonné et que les regrets ne sont pas en situation.
2 septembre. — Nous côtoyons un grand nombre d'îles récentes ou même en voie de formation; d'autres, rongées à une extrémité par le courant, s'allongent à l'autre par des dépôts de limon et sont ainsi de véritables îles voyageuses. Rien n'est fixe dans ce travail : une crue violente change le passage du courant et défait en quelques heures le produit de plusieurs années.
L'ordre d'apparition des végétaux sur les îles en formation est très facile à suivre.
Les graminées herbacées apparaissent d'abord, puis les roseaux [cana brava des Espagnols, ou canne sauvage). Après cette plante se montre alternativement une synanthérée à tige ligneuse, à feuillage argenté, atteignant une hauteur de cinq à six mètres ; puis vient le tour du guarumo {Clibadium) ou bois canon de la Guyane ; enfin se succèdent les diverses essences des forêts.
Les caïmans commencent à devenir extraordinairement nombreux. Nous ne comptons pas moins de vingt de ces animaux sur un seul banc de sable. Leur longue queue porte de chaque côté des stries transversales, plus sombres, qui leur donnent un aspect tigré. Sur une autre plage, une troupe d'urubus s'acharne sur le cadavre d'un de ces terribles crocodiliens. L'un des vautours, perché sur une épave voisine, assiste impassible à cette curée. Je suis porté à supposer qu'il aura commis quelque