NOTICE SUR LE DOCTEUR CREVAUX. \III
plus fort quo les avertissements de la maladie. Il se remit en route au mois de novembre 1881, huit mois après son retour de l'Orénoque.
Son but était de remonter le Paraguay et de descendre à l'Amazone par le Tapajos ou le .\ingu. La saison n'étant pas favorable pour pénétrer au cœur du Rrésil, il se décida, pour attendre le moment propice, à explorer le Pilcomayo, grand aftluent de droite du Paraguay.
Il venait de se lancer sur les eaux du Pilcomayo qu'il voulait descendre jusqu'à son confluent, lorsqu'on apprit par les dépèches venues de Tarija (Bolivie) qu'il était tombé, avec ses compagnons, sous les coups des Indiens Tobas (fin d'avril 1882) '.
Espérons que les émotions de la lutte suprême lui auront épargné l'horrible douleur de songer à ses projets brisés, à sa tâche inachevée, à l'impunité assurée de ses lâches assassins, et surtout au chagrin que sa mort devait causer à ceux qui l'aimaient.
Je n'ai pas besoin de dire les regrets que le docteur Crevaux laisse dans le corps de santé de la marine, qu'il a si vaillamment honoré.
Que le lecteur sache seulement que les médecins et les pharmaciens de la marine, unis dans un pieux souvenir, ont souscrit la somme nécessaire pour faire élever à l'hôpital maritime de Brest un monument destiné à perpétuer parmi eux la mémoire de leur aimé et honoré collègue.
De son côté, la Société de géographie de l'Est, dont le siège est à Nancy, a pris l'initiative d'une souscription pour faire exécuter un buste en marbre du docteur Crevaux.
Le Conseil municipal de la ville de Paris, dans sa séance du 2 août 1882, a décidé que le nom de Crevaux serait donné à une rue nouvelle, ouverte dans le seizième arrondissement entre l'avenue Bugeaud et l'avenue du Bois-de-Boulogne.
Enfin, le gouvernement de la République Argentine a organisé une expédition scientifique et militaire qui remonte en ce moment le Pilcomayo à la recherche des restes de la mission du docteur Crevaux.
E. Le Janne.
1. D'après le rapport du sous-préfet de Caiza (province bolivienne du Gran Chaco) au préfet de Tarija, en date du 6 mai 1882, c'est en un point appelé Teyo qu'aurait eu lieu ce tragique événement. Teyo, village des tribus d'Indiens Tobas, est situé à environ 30 lieues castillanes en aval de la mission de San Francisco. « La répartition des présents faits par le voyageur aux Indiens donna lieu à un tumulte, pendant lequel les Tobas se jetèrent subitement sur M. Crevaux et sur ses compagnons et les assassinèrent à coups de poignards. » D'après des informations postérieures, c'est près de Caballo Repoli, à deux jours de marche en aval de Teyo, qu'a eu lieu le massacre. On trouvera ces deux localités marquées sur un croquis du cours du rio Pilcomayo, extrait du Boletin del Instituto geogrdfico argentino par la Société de Géographie de Paris [Compte rendu des séances, 20 octobre 1882, n° 17, page 416).