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XII NOTICE SUR LE DOCTEUR CREVAUX

Il revint en France, où la Société de géographie l'accueillit avec enthousiasme et lui décerna la première médaille d'or. Apatou l'accompagna jusqu'à Paris, car il n'avait suivi le docteur Crevaux qu'à la condition expresse qu'il visiterait la France avec lui.

Au mois de juin 1880, nous nous trouvâmes à Paris. Je revenais de Cochinchine et j'achevais de me remettre des fatigues de cinq années passées dans ce pays insalubre.

Le démon des voyages venait de le reprendre. Il me communiqua ses nouveaux projets et me dit qu'il désirait un compagnon. Il trouva sans doute que je remplissais les conditions nécessaires, car il accepta sur-le-champ la proposition que je lui fis de l'accompagner.

C'est pendant noire voyage sur le Guaviare (rio de Lesseps) et l'Orénoque qu'il m'a surtout été donné d'apprécier les merveilleuses qualités de Crevaux, son sang-froid sans égal, son énergie, son activité extraordinaire, son mépris du danger, sa promptitude de décision. Avec de tels chefs d'expédition, on ferait des merveilles.

Sa bonté égalait ses autres qualités. Au cours de notre voyage, je n'ai jamais surpris dans sa bouche un mot amer à l'égard de qui que ce lût.

Ce qu'il a dû supporter de privations, de misères de toute nature pendant les années qu'il a passées dans les grands bois, il faut avoir affronté les mêmes épreuves pour s'en faire une idée exacte. Toute fierté à part, il n'est pas de mendiant plus malheureux.

Sa méthode était toujours la même et la seule praticable dans les régions qu'il a parcourues : remonter un fleuve jusqu'à sa source, franchir la ligne de partage des eaux et suivre celles du bassin opposé ; se diriger toujours selon les circonstances, puisqu'il est bien clair qu'on ne peut se faire de plan pour voyager dans l'inconnu ; s'embarrasser du moins de bagages possible afin de faciliter les trajets qu'on pourrait être obligé de faire par terre pour éviter des chutes ou des rapides infranchissables. Deux chemises, un hamac, une moustiquaire pour chacun, des vivres pour quelques jours et les instruments indispensables, tels étaient les bagages au départ.

On peut dire quil brûlait ses vaisseaux, car les difficultés pour revenir sur ses pas eussent été insurmontables, sur le Guaviare du moins, avec les ressources dont il disposait. Il avait d'ailleurs [)our devise : « Tiens bon !» — « Vaincre ou mourir » eût été plus juste.

Après son voyage en Colombie et en \'ene7.u('l,i. il (Mail resté soulVrant, et, au mois de septembre dernier, deux mois à [)eine avant sciii départ pour la Plata, il avait encore un accès de coliques hépatiques accompagné d'ictère.

Son nom était connu en Europe comme en Amérique; il avait été fait officier de la Légion d'honneur; de nouveaux voyages n'auraient plus ajouté à sa gloire.

Il aurait donc pu songer à se reposer, s'il n'avait voyagi' |Knii' satisfaire une immense soif d'inconnu ; mais lallrait des pays n(iu\.'au\, des dangers à courir, tut

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