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DERNIÈRES LETTRES DU DOCTEUR CREVAUX. XV

11. — Lettre au ministre des finances et de l'industrie de Bolivie.

San Francisco dr- Pilcomayo, 17 avril 1882.

Excellence,

J'ai l'honneur de vous remercier sincèrement pour le concours si actif que vous avez bien voulu prêter à notre exploration du rio Pilcomayo. Nos préparatifs sont terminés ; demain nous prenons possession de nos embarcations, pour partir après-demain '.

Nous sommes dix-sept : cinq Français", deux marins argentins, huit jeunes Roliviens, un garçon de quinze ans également bolivien, et un Indien Chiriqui qui nous accompagne en qualité d'interprète.

Nous disposons de quatre embarcations que j'ai fait construire ici. Elles sont très simples, en bois de cèdre, d'un tirant d'eau d'à peine 10 à 15 centimètres quand elles sont chargées. Deux d'entre elles sont si légères, qu'au besoin on pourra les transporter à bras d'hommes.

Nos provisions alimentaires se composent de charque (viande en lanières desséchée), de trois moutons vivants, de dix poules, et de farineux, tels que haricots, maïs, riz, biscuits; en outre, deux petits barils d'eau-de-vie; de quoi, en somme, suffire à l'entrelien de quarante-cinq jours de voyage.

Comme armement, nous disposons de douze fusils Remington (modèle d'infanterie) et de quinze cents cartouches fournies par le gouvernement de Rolivie. Nous avons encore deux fusils Lefaucheux et les munitions nécessaires pour la chasse.

M. le préfet de Tarija m'a remis une bonne quantité de menus objets pour échanger avec les Indiens que nous aurons à rencontrer.

Ma mission me donne le meilleur espoir; cependant je ne me dissimule point les difficultés sérieuses qu'il faudra vaincre.

Tout d'abord, nous ne devons pas nous attendre à un bon accueil de la part des Indiens, très animés par une sortie récente des habitants de Caiza qui ont tué plusieurs Indiens Matacos. Il est probable que ces Indiens ne croiront pas à la bonne foi de nos assurances pacifiques.

1 . D'après le rapport du sous-préfet bolivien que nous avons déjà cité, Crevaux « partit de l'embarcadère d'Omiste, le 19 avril, à huit heures et demie du malin. >>

2. Les quatre compatriotes de Crevaux étaient : Louis Billet, astronome; Riiigel, peintre; Ernest Haurat, timonier de la mai'ine, et Jean Dumigron.

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