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je lui indiquai une petite éminence, et aussitôt je vis arriver plus de deux cents travailleurs ; quelques-uns avaient des haches et étaient chargés de
couper le bois ; les autres devaient le charrier sur
leurs épaules. Quatre des plus habiles se mirent en devoir d'ajuster la charpente. En deux jours, tout fut terminé, et je me trouvai installé dans une maison de vingt-huit pieds de long sur vingtcinq de large. Bien entendu que le bois était brut ; mais le toit était couvert en écorces de cèdre et l'intérieur revêtu de nattes de jonc. Pendant toute la semaine, je fis plusieurs instructions à ces sauvages, et leur appris des cantiques ; car, avec eux, si on ne chante pas, les meilleures choses ne valent rien ; il leur faut du bruit.
« J'avais terminé les exercices de la Mission, lorsque arrivèrent plusieurs sauvages du continent. Dès qu'ils m'aperçurent, ils se jetèrent à genoux près de moi, et s'exprimérent ainsi
Prêtre, voilà quatre jours que nous sommes en chemin pour te venir voir, nous avons marché la nuit comme le jour et presque sans manger. Maintenant que nous te voyons, nos cœurs sont dans une grande joie. Aïe donc pitié de nous ; nous avons appris qu'il y a un maitre là-haut, mais nous ne savons pas lui parler. Viens chez nous, tu baptiseras nos enfants, comme tu as baptisé ceux des Skadjats. »
« J'étais attendri par ces paroles. Assurément je n'aurais fait aucune difficulté pour les suivre
dans leurs forêts ; mais je n'avais que peu de jours pour me rendre à Skwally, où j'étais annoncé. Il fallut partir.
Je quittai ces bons Indiens le 3 avril. Pendant mon séjour au milieu d'eux, je n'ai éprouvé que des consolations. Ce sont eux qui m'ont nourri, et bien certainement ils sont allés au delà
de mes désirs.
Vous voyez, Monsieur, par cette relation, que les sauvages de la baie de Puget montrent assez de zèle pour la religion. Cependant ils ne comprennent guère l'étendue de ce mot. S'il ne s'agissait que de savoir quelques prières et de chanter des cantiques pour être chrétien, il n'y en à pas un qui ne voudrait leglevenir. Mais il est un point : capital qui les retient, c'est la réforme des mœurs. Aussitôt qu'on touche cette corde, leur ardeur se change en indifférence. Les chefs ont beau faire à ee sujet de véhémentes harangues à leurs gens, quelle impression peuvent-ils produire, eux qui sont les plus coupables ? Je ne me défie nullement de la Providence ; mais or peut dire, sans trop s'exposer à commettre une erreur, que nos principales espérances rie reposent pas sur les tribus qui habitent les bords de l'Océan , où qui sont fixées à l'embouchure des nombreuses rivières qui s'y jettent.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre trèshumble serviteur,
J,-B.-Z, Borpuc, miss. apost,
IT Sainte-Marie de Willamette, 9 octobre 1844, Mon cher Frère,
Nous aperçûmes les côtes de l'Orégon le :8 juillet, apres une fastidieuse navigation d'environ buit mois. Avec quels transports de joie nous rovimes ces bords si désirés ! Quelles actions de grâces s'échappaient de nos cœurs et de nos lèvres! Nous entonnâmes tous la magnifique hymne de reconnaissance, le Te Deurm. Mais ces moments de bonheur ne furent pas de longue durée ; bientot leur succéda une profonde inquictude à l'idée des dangers qui nous attendaient ; nous approchions de la Columbia. L'entrée de cette rivière est diflicile et périlieuse, même pour les marins munis de bonnes cartes ; et notre capitaine, qui n'avait pu sen procurer aucune, ne connaissait, nous le savions, ni les rochers ni les brisants, qui rendent le fleuve impraticable dans cette saison.
Bientôt nous apercümes le cap de Désappointenent, qui semble indiquer aux voyageurs la route qu'ils ont à suivre. Comme le jour baissait, le
capitaine résolut de regagner la haute mer afin
d'éviter les côtes pendant la nuit. Tandis que le aisseau s'éloignait lentement de la terre ferme,
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nous restaämes sur le pont pour contempler, dans le lointain, les hautes montagnes et les vastes forêts de l'Orégon. Çà et là nous pouvions distinguer les colonnes de fumée qui s'élevaient audessus des huttes de nos pauvres Indiens. Cette vuc remplit mon âme d'une émotion que je ne puis exprimer. Il faudrait se trouver dans la méme situation pour se rendre un compte exact de nos sentiments. Nos cœurs palpitaient de joie à l'aspect de l'immensité de ces contrées où étaient dispersées tant d'âmes abandonnées , naissant, vieillissant et mourant dans les ombres de la mort, faute de missionnaires, et ce malheur nous pourrions l'épargner sinon à tous, du moins à un grand nombre. Le 29, tous les Pères offrirent le saint sacrifice pour tenter une dernière violence au ciel et le forcer en quelque sorte de faire descendre ses bénédictions sur notre mission. Le matin, le temps et nos esprits étaient sombres et tristes. Vers dix heures, le ciel s'éclaireit et nous permit de nous approcher avec précaution de la vaste ct redoutable embouchure de la Columbia. Nous ne tardâmes pas à apercevoir d'immenses brisants qui s'étendaient à vne distance de plusieurs milles, ct qui nous présageaient d'une manière infaillible la présence d'un banc de sable. La rivière est traversée par des bas-fonds qui semblent opposer une barrière invincible à notre entrée. Cette vue nous remplit d'effroi. Nous sentions que tenter le passage ce serait nous exposer à une mort cer-
taine. Que faire? Que devenir ? Comment nous tirer d'une situation si périlleuse ?
Le 30, notre capitaine, du haut du mât, apereut un vaisseau qui tournait le cap pour sortir de la rivière. Cette découverte, qui nous réjouit, fut en un instant dérobée à notre avide regard pur un rocher derrière lequel le vaisseau jeta l'ancre en attendant un vent favorable. L'apparition de ce bâtiment nous fit conclure que le passage de la rivière était praticable, et nous conçûmes l'espoir de nous diriger sur ses traces. Vers trois heures, le capitaine envoya le lieutenant et trois matelots pour sonder les brisants et chercher une entrée favorable pour le lendemain matin, qui était le 31 juillet, fête du grand Loyola. Cette coïncidence nous parut d'un heureux augure et ranima notre espérance et notre courage abattu. Pleins de confiance dans la puissante protection de notre glorieux fondateur, nous le priâmes avec ferveur de ne pas nous abandonner dans notre détresse. Ce devoir rempli, nous courûmes sur le pont pour voir revenir la chaloupe montée par le lieutenant. Il n'était pas encore onze heures, lorsqu'elle aborda l'Znfaligable. Personne n'osa interroger les matelots, dont la triste contenance présageait de décourageantes nouvelles. Cependant le lieutenant assura au capitaine qu'il n'avait rencontré aucun obstacle, et qu'il avait passé la barre la veille, à onze heures du soir, avec cinq brasses d'eau (30 pieds). On mit immédiatement les voiles
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au vent, et l'Znfaligable, favorisé par une légère brise, reprit lentement sa marche majestueuse. Le ciel était serein et le soleil brillait d'un éclat inaccoutumé. Il y avait longtemps que nous n'avions eu une si belle journée ; et si l'entrée de la rivière avait été sûre, ce jour eût été le plus beau de notre voyage. À mesure que nous approchions, nous redoublions nos prières. Nous étions prêts à tout événement , et notre prudent capitaine donna l'ordre de’sonder la rivière. Un hardi matelot s'attache au dehors du vaisseau et jeta la sonde. Bientôt nous entendimes le cri de : Sept brasses ! Par intervalles la même voix criait : Six brasses, cinq brasses ! On comprendra sans peine combien nos cœurs battaient à chacun de ces cris. Mais lorsque nous entendimes le matelot crier : Trois brasses ! tout espoir s'évanouit. Nous avons cru un moment que le vaisseau allait étre jeté sur les récifs ; le lieutenant dit au capitaine : Nous somines entre la vie el la mort, mais il faul que nous avancions. Le Seigneur n'avait pas résolu notre perte, mais il semblait éprouver la foi de ses serviteurs. Au bout de quelques instants, les nouvelles du sondage ranimèrent nos esprits abattus ; nous commencâmes à respirer, mais le danger n'était pas conjuré : nous avions encore deux milles à faire au milieu de ces terribles brisants.
Un second eri de : Trois brasses ! vint de nouveau nous remplir d'épouvante. Nous nous sommes
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lirompés de roule! S'écria le lieutenant, Bah ! répondit le capitaine, ne voyez-vous pas que l'Infatigable ériomphe de toutes les difficultés ? Avances ! Le ciel était pour nous ; autrement ni l'habileté de notre capitaine, ni l'activité de nos marins n'auraient pu nous arracher à une mort inévitable. Nous nous trouvions dans: le canal du Sud, qu'aucun vaisseau n'avait encore traversé. Peu d'instants après, nous apprimes que nous avions miraculeusement échappé au danger.
Notre vaisseau avait d'abord tenu la droite en entrant dans la rivière, mais, à peu de distance de l'embouchure, la Columbia se divise en deux branches, formant en quelque sorte deux canaux. Celui du nord, près du cap de Désappointement, est celui que nous aurions dû prendre; celui du midi n'est pas fréquenté à cause des terribles brisants qui obstruent son entrée et sur lesquels nous avons passé les premiers et probablement les derniers. Nous apprimes aussi que le gouverneur du fort Astoria, ayant aperçu notre vaisseau depuis deux jours, se rendit en toute hâte, avec quelques sauvages, à l'extrémité du cap, et s'efforça au moyen de grands feux, de drapeaux et de coups de fusil, de nous avertir du danger. Nous avions en cffet aperçu ces signaux, mais sans en Comprendre le motif.
Dieu, sans doute, voulait nous montrer qu'il
était assez puissant pour nous exposer au péril et nous en retirer sains et saufs. Que son saint nom
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