‹ Voyages dans l'Amérique septentrionale, Orégon [microforme]Chapitre 12 sur 52 · FRE · texte numérisé non relu

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Pendant que les aimables hôtes préparaient le diner, nous fimes une petite excursion dans la forêt voisine. Nous admirions l'immense élévation et la prodigieuse grosseur des sapins, dont plusieurs avaient deux cents pieds de haut et quatre et demi de diamètre. Nous en vimes un qui avait quarante-deux pieds de circonférence.

Après une course de deux heures, M. Burney nous reconduisit au fort.

Dans une seconde promenade, plusieurs de nos compagnons remarquérent les tombes des sauvages. Le défunt est placé dans une espèce de canot fabriqué d'un tronc d'arbre ; on le couvre de nattes et de peaux, puis on le suspend aux branches des arbres où on l'expose sur le bord des rivières. Nous vimes dans un seul endroit douze de ces tombeaux ; ils sont ordinairement placés dans des endroits de difficile accès pour les préserver autant que possible des atteintes des bêtes féroces. Non loin de ce cimetière, un de nos frères, plus curieux que les autres, s'avança un peu dans les fourrés, mais il revint en toute hâte et tout effrayé sur nos pas, disant qu'il avait vu le museau d'un ours qui n'avait pas l'air apprivoisé.

Je partis pour le port Vancouver le 2 du mois d''oût, désirant m'y trouver avant mes compagnons, afin d'informer le Rév. M. Blanchet de mon heureuse arrivée.

Quant à nos Pères, voici ce qui concerne le reste de leur voyage. Le 3 et le 4, ia marche de

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leur vaisseau fut retardée faute de vent. On pouvait d'un coup d'œil mesurer le chemin qu'ils avaient fait en trois jours. Vers le soir, une douce brise s'éleva et leur permit de continuer leur

route. En quelques heures, ils eurent franchi les écueils qui s'étendent à une distance de six lieues. Cette distance une fois parcourue, on peut tenir constamment le milieu du fleuve ; il s'y trouve toujours une quantité d'eau suffisante ; mais ses nombreuses sinuosités exigent une manœuvre continuelle.

Ici la rivière est magnifique ; la surface polie des eaux, le courant rapide dérobé aux regards par le resserrement de son lit et des rochers, le bruit sourd des cascades, tout cela est si imposant qu'on ne peut le décrire. On ne se lasse pas d'admirer la richesse, la beauté et la variété de ces contrées solitaires. Les deux rives sont bordées, dans presque toute leur longueur, par des forêts vierges, et couronnées par des montagnes boisées. C'est surtout dans ces forêts que le grand, le pittoresque, le beau , le sublime revêtent les formes les plus singulières et les plus fantastiques. Depuis le géant des bois Jusqu'à lhumble arbrisseau, tout excite l'étonnement du spectateur. Les plantes parasites forment un des traits caractéristiques de la végétation de ces pays. Elles s'attachent à l'arbre, grimpent Jusqu'à une certaine hauteur et alors laissant tomber leurs sommets à terre, reprennent racine, croissent, s'étendent de branche

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en branche, d'arbre en arbre dans toutes les directions, jusqu'à ce que de nouveau entrelacées, tressées, nouées sous toutes les formes possibles, elles festonnent toute la forêt d'une draperie dont le fond, de la plus riche verdure, est nuancé par des guirlandes de fleurs aux mille couleurs. En remontant la Columbia, nous vimes çà et là de larges baies, au milieu desquelles de jolies petites iles, semées en quelque sorte comme des groupes de fleurs et de verdure, offrent un coup d'œil charmant. L'artiste devrait venir ici exercer son talent ; il y trouverait les vues les plus pittoresques et les plus gracieuses qu'on puisse imaginer : les couleurs les plus variées, les sites les plus ravissants sont prodigués sur cette terre. À chaque pas, les perspectives deviennent plus grandes:et plus majestueuses. Dans aucune partie du monde, la nature n'est aussi coquette qu'ici.

Enfin, le 5 août, le vaisseau arriva au fort Vancouver vers sept heures du soir. Le gouverneur, homme excellent et vraiment pieux, accompagné de sa femme et des personnes les plus notables de la place, se trouvait sur le rivage pour nous recevoir. Aussitôt que le vaisseau eut jeté l'ancre, nous mîmes pied à terre, et nous nous rendimes en toute hâte au fort, où nous fûmes reçus et traités avec une extrême cordialité. Nous fûmes obligés de nous arrêter huit jours, parce que le Rév. M. Blanchet, qui n'avait pas reçu la lettre par laquelle je l'informais de notre arrivée, n'y

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vint que le 12, À Ja premiére nouvelle, il se hâta de nous rejoindre et d'amener avec lui un grand nombre de ses paroissiens, Il avait voyagé pendant tout un Jour et ure nuit, el nous fûmes heureux de revoir ce prêtre Infatigable. Bien que notre séjour au fort fût agréable, il nous tardait cependant d'arriver le plus tôt possible au poste que la divine Providence nous avait destiné. Les pieuses religieuses soupiraient aussi après leur couvent de Willamette. M. Blanchet prit donc toutes les mesures nécessaires à notre départ, et nous quittâmes le fort Vancouver le 14.

Nous nous séparâmes avec les témoignages de la plus vive cordialité. Notre digne capitaine nous attendait sur le rivage. L'émotion avait gagné chacun de nous. Lorsque pendant huit mois on a partagé les mêmes dangers, et contemplé souvent la mort en face, on ne se quitte pas sans larmes.

Notre petite cscadre se composait de quatre canots montés par les paroissiens de M. Blanchet et de notre chaloupe. Nous remontâmes le fleuve et ne tardâmes pas à entrer dans la rivière de Willamette, qui se jette dans le Columbia.

Comme la nuit approchait, nous amarrämes nos vaisseaux et campâmes sur le rivage. Groupés autour d'un feu, nous soupämes. La nuit était calme et sereine ; la nature silencieuse ; tout nous invitait au repos; mais les moustiques (1) dont

(1) Moustique, petit insecte, cousin piquant, Culex pipiens —

ces bois fourmillent nous empéchèrent de dormir. Les religieuses , auxquelles nous cédâmes la tente, ne furent pas plus heureuses que ceux qui couchaient à la belle étoile. Vous comprendrez sans peine que la nuit nous parut longue, et que l'aurore nous trouva sur pied. C'était la fête de la glorieuse Assomption de la Mère de Dieu, qui se célèbre ordinairement dans ces pays le dimanche suivant. Avec l'aide des religieuses, j'élevai un petit autel. M. Blanchet offrit le saint sacrifice, et tout le monde communia.

Enfin le 17, vers onze heures du matin, nous arrivâmes en vue de notre chère mission de Willamette. M. Blanchet se chargea de faire transporter notre bagage. Les religieuses furent conduites en charrette à leur demeure, éloignée

d'environ cinq milles de la rivière. Deux heures

après, nous étions tous réunis dans la chapelle de Willamette, pour adorer et remercier notre divin Sauveur par un Te Deurn qui fut chanté avec une vive émotion.

Dés le matin du dimanche 18, jour auquel on célébre la fête de l'Assomption , nous vimes arri-

espag. M#osquilo, moucheron, Tout le monde sait combien cette espèce est avide de notre sang. L'animal perce notre peau avec son suçoir délié, en laissant échapper un liquide vénéneux qui fait gonfler la partie atteinte et détermine de vives douleurs, — Les espèces qui habitent les parties tropicales du: globe , surtout l'Amérique, où on les désigne aussi sous le nom de

maringouins, sont vraiment redoutables. (Note de la prés. édit.)

ver de nombreux cavaliers canadiens avec leurs femmes et leurs enfants, qui venaient de fort loin pour assister aux offices solennels de l'Église,

À 9 heures, l'église était pleine et présentait un ordre parfait ; les hommes étaient d'un côté etles femmes , de l'autre. Le Rév. M. Blanchet, environné de vingt enfants de chœur, célébra les augustes mystères. La piété de ses paroissiens nous édifia beaucoup.

En arrivent à la mission de Saint-Paul de

Willamette, nous nous rendimes chez le Très-Rév.

M. Blanchet, qui nous recut avec une extréme bonté, et mit immédiatement tout à notre disposition. Mon premier soin fut de chercher quelque lieu convenable où, selon le plan de notre Trés- Rév. Père général, on püt établir la mission mère. Dans ce but; je fis dans le pays d'alentour plusieurs excursions qui furent sans succès. Les localités les plus favorables étaient déjà occupées. Les méthodistes (1) offrirent de me vendre leur

(1) Méthodist:s. Cette détestable secte, très-répandue dans l'église anglicane , naquit en 1729. Elle eut pour fondateur John Wesley, nè en 1703 à Epworth (Angleterre), moit le 2? mars 1791, — Sou frère Charles se joignit à lui. John prit avec son frère la direction de quinze jeunes gens de l'université d'Oxford avec lesquels il élabora un nouveau systéme religieux, et les soumit, ainsi que lui, à un genre de vie ascétique dans lequel chaque heure avait son emploi : cette manière de vivre les fit appeler par dérision #éthodistes, dénomination qu'ils

garderent. Wesley tenta une mission en Amérique. Il s'em-

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