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versions était très-pittoresque ; nos regards étaient agréablement frappés par de belles prairies qu'embaumait le parfum des fleurs, des arbrisseaux, et des brises fraîches et bienfaisantes ; par de jolis lacs et de riantes vallées entourés de pins chenus et solennels, qui balançaient gracieusement leurs branches flexibles.
Nous trouvâmes aussi de magnifiques et noires forêts alpestres qui n'ont jamais retenti du son de la hache. Elles sont arrosées par des rivières qui prennent leur source dans la chaîne de montagnes qui est à droite, s'élancent impétueusement sur des rochers sauvages et se jettent dans des précipices. Cette chaîne étonnante ressemble à une barrière colossale et imprenable.
Je suis avec les sentiments du plus profond respect, de Votre Grandeur, le très-humbhle et trèsobéissant serviteur en Jésus-Christ,
P. J. DE Suer, S. J.
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= rhone
Tète de la Columbia, 2 septembre 1845,
Salut ! roche majestueuse !
Futur asile du bonheur !
De ses trésors le divin Cœur
T'ouvre aujourd'hui la source heureuse,
Monseigneur,
Le 4 septembre, vers midi, je me trouvai à la source de la Columbia. Je contemplai avec admiration ces montagnes raboteuses et gigantesques, d'où la grande rivière s'échappe majestueuse et rapide dès sa naissance. Dans sa course vagabonde elle est sans contredit la plus dangereuse rivière de l'ouest de l'Amérique. Deux petits lacs de quatre à six milles d'étendue, formés par un grand nombre de sources et de ruisseaux, sont les réservoirs de ses premières eaux.
Je plantai ma tente sur les bords du premier affluent qui lui apporte son faible tribut, et que nous regardions s’élancer avec impétuosité sur les rocs inaccessibles qui se trouvent à droite. Quels magnifiques rochers ! quelle variété de formes fantastiques, attrayantes, burlesques et sublimes se présente simultanément à votre regard ! et pour peu que votre imagination vienne à vote aide, vous voyez s'élever devant vos yeux étonnés les
Mes
châteaux du moyen âge avec leurs tours rangées en bataille, des forteresses avec leurs remparts et leurs bastions, des palais avec leurs dômes, et enfin des cathédrales avec leurs flèches élancées.
En arrivant aux deux lacs, je les vis couverts d'une foule d'oiseaux aquatiques, poules d'eau , canards, cormorans, outardes, grues et cygnes ; tandis que sous l'eau tranquille se trouvaient une foule de saumons dans un état d'épuisement.
A l'entrée du second lac, dans un endroit bas et étroit, je les vis passer en grand nombre avec les blessures que leur avait occasionnées leur long pèlerinage à travers les rapides, les cataractes, les vallées et les cascades ; ils continuent cette procession non interrompue pendant des semaines et des mois.
Si j'affirmais que le saumon est d'humeur querelleuse, on me croirait à peine : je fus cependant témoin des morsures aiguës et vindicatives qu'ils se font mutuellement. Ces deux lacs sont une tombe immense, car ces poissons y meurent en telle quantité qu'iis infectent tout le pays environnant. En l'absence de l'homme, l'ours gris et noir, le loup, l'aigle et le vautour s'assemblent en foule dans cette saison de l’année. Ils péchent leur proie sur les bords de la rivière et à l'entrée des lacs : leurs griffes, leurs dents et leurs becs leur servent d'hamecçons et de dards. Ensuite, quand la neige commence à tomber, les ours gras et dodus retournent dans l'épaisseur des forêts, et dans les
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creux des rochers où ils ont établi leurs demeures, et y passent les quatre tristes mois d'hiver dans une complète indolence, sans autre occupation que de sucer leurs quatre pattes.
Si nous en croyons les Indiens, chaque patte occupe l'ours pendant une lune (un mois). Lorsque la tâche est accomplie, il se tourne de l'autre côté et commence à sucer Ja seconde et ainsi de suite.
Je mentionnerai ici en passant que tous les chasseurs et les Indiens remarquent qu'il est très-rare qu'une ourse soit tuée quand elle porte, et cependant on les chasse en toutes saisons. Où vontelles ? Que deviennent-elles pendant le temps de la gestation ? C'est un problème que nos chasseurs moutagnards n'ont pas encore résolu.
Quand l'émigration, accompagnée de l'industrie, des arts et des sciences, aura pénétré dans les nombreuses vallées des montagnes Rocheuses, la source de la Columbia deviendra un point trèsimportant. Le climat est délicieux. Les grandes chaleurs et les grands froids y sont inconnus. La neige disparaît aussitôt qu'elle est tombée. Les mains laborieuses qui cultiveront ces vallées recueilleront cent pour cent. D'innombrables troupeaux pourraient paitre toute l'année dans ces prairies,où les sources et les rivières entretiennent une fraîcheur et une abondance perpétuelle. Les sommets et les versants des montagnes sont généralement revêtus d'inépuisables forêts dans les-
quelles se trouvent des mélèzes, des pins de toute espèce, des cèdres et des cyprès.
Il ya dans la plaine, entre les deux lacs, de belles sources dont les eaux ont réuni et formé un rocher massif de pierre molle et sablonneuse qui a l'apparence d'une immense cascade pétrifiée et glacée. Leurs eaux sont douces et transparentes et de la même température que le lait qui vient d'être trait. La description donnée par Chandler (1) de la fameuse fontaine de Pambouk-Kalesi, qui se trouvait dans l’ancienne Hiéropolis de l'Asie Mineure, dans la vallée de Meander, et dont Malte-Brun fait mention, peut être littéralement appliquée aux eaux thermales de la source de la Columbia. Le paysage qui se déroula à nos yeux est si merveilleux qu'une description quelconque semblerait romanesque et n'approcherait pas de la réalité. Nous contemplâmes avec admiration cette vaste pente qui, vue à distance, a l'apparence
(1) CHANDLER (Richard), archéologue anglais, né en 1738 et mort en 1810, a publié une magnifique édition des Marmora Oxoniensia, 1763, in fol. ; et, après un long voyage en Orient, les Zonian antiquities, 2? vol. in fol., 1769-1800. On a de lui un savant ouvrage, Znscripliones antique, plereque nondum editæ, in Asia Minori et Grecia, presertim Athenis collecte, Oxford, 1774-1796 , 2 voi. in fol. : les Voyages en Asie Mineure et en Grèce, 1775-1776, ont été traduits en français par Servois et Barbié du Bocage. Paris 1806, 3 vol. in-8° ; son Histoire d'Ilion ou de Troie, 180?, in-4° , n'est que l'extrait d'un plus grand ouvrage qui n’a pas paru. (L. Grégoire, Dict. Encycl.) (Note de la présente édition.)
de la craie, et qui de plus près présente l'aspect d'une immense cascade figée, dont la surface ondulée ressemble à un cours d'eau soudainement arrêté et durei dans sa course rapide.
Le premier lac dela Columbia est à une distance de deux milles et demi de la rivière des Arcs-à- Plat, ct reçoit une portion de ses eaux pendant les pluies du printemps. Ils sont séparés par un fonds de terre. Les avantages dont la nature semble avoir favorisé la source de la Columbia rendra un jour sa position géographique très-importante. La main magique de l'homme civilisé la transformera en un paradis terrestre.
Le Canadien! dans quelle partie du désert n'a-t-1l pas pénétré ? Le monarque qui règne à la source de la Coiumbia est un honnête émigré de Saint-Martin, dans le district de Montréal, qui réside depuis vingt-six ans dans ce désert. Les peaux de renne et de daim sont les matériaux qui ont servi à construire son palais portatif , et pour me servir de ses expressions , il s'embarque à chetal avec sa femme et ses sept enfants ct débarque où bon lui semble. Ici personne ne conteste son droit, et Polk et Peel, qui se disputent maintenant la possession de ces domaines, sont aussi inconnus à notre carabinier que les deux plus grandes puissances de la lure. Son sceptre est un piége à castor ; sa loi, une carabine. L'un est sur son dos , l’autre sous son bras. Il passe en revue ses nombreux sujets fourrés , les castors , les lou-
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tres, les rats musqués , les martres , les ours , les loups, les moutons et les chèvres blanches des montagnes, le chevreuil à queue noire , ainsi que son parent à queue rouge ; le cerf, le renne et le daim. Quelques-uns de ses sujets respectent son sceptre, d'autres se soumettent à sa loi. Il exige et reçoit d'eux le tribut de la chair et de la peau.
Environné par tant de grandeur, paisible propriétaire de tous ces palais dont le ciel est le dôme, de ces forteresses , dernier refuge que la nature a bâties pour y conserver vivante la liberté sur la terre ; seigneur solitaire de ces majestueuses montagnes qui élèvent jusqu'aux cieux leurs cimes neigeuses, Morigeau (c'est le nom de notre Canadien) n'oublie pas ses devoirs de chrétien. Chaque matin et chaque soir, on le voit réciter dévotement ses prières au milieu de sa petite famille.
Depuis bien des années, Morigeau désirait ardemment voir un prêtre, et lorsqu'il apprit que je visitais la source de la Columbia, il s'y rendit en toute hâte, pour procurer à sa femme et à ses enfants la grâce signalée du baptême. Cette faveur leur fut accordée le jour de la Nativité de la sainte Vierge, ainsi qu'aux enfants des trois familles indiennes qui l'accompagnent dans ses voyages. Ce fut un jour solennel pour le désert! Le saint sacrifice de la messe y fut offert, et Morigeau s’'approcha dévotement de la sainte table. Au pied d'un humble autel il reçut la bénédiction nuptiale, et la mère, entourée de ses enfants et de six
petits Indiens, fut régénérée dans les eaux du baptême. En mémoire de tant de bienfaits, une grande croix fut érigée dans la plaine , qui depnis ce moment s'appelle la Plaine de la Nativité.
Je ne puis laisser mon bon Canadien sans faire mention de sa royale cuisine à la sauvage. Pour premier plat il me présenta deux pattes d'ours. En Afrique ce ragoût aurait pu causer quelque inquié: tude, car la patte d'ours a une ressemblance frappante avec les pieds d'une certaine race. Un rôti de porc-épics fit ensuite son entrée, accompagné d'une hure de daim. Je trouvai celle-ci délicieuse. Enfin le grand chaudron, contenant une sorte de pot-pourri ou de salmigondis, fut placé au milieu des convives , et chacun y puisa selon son goût. Queiques restes de bœuf, de buffle , de venaison,
de queues de castor , de lièvre et de perdrix, etc., servirent à faire une soupe excellente et substantielle.
Je suis, Monseigneur, votre très-humble et obéissant serviteur en Jésus-Christ.
P.J. De SMEr, S. J.
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Pied de la Croix-de-Paix, 15 septembre 1845.
Ici les peupliers et les bouleaux se jouent en balançant leurs têtes ; les cèdres immobiles projettent une ombre vagabonde. Sur leurs hautes branches bercées par l'ouragan, les oiseaux aux longues ailes établissent leurs demeures. Le geai, la corneille criarde et la pie prennent leurs ébats au dessus de leurs sommets et effleurent les mers qui baignent leurs pieds, Ici des limpides rivières prennent naissance, et chaque source forme un ruisseau bruyant qui descend la colline en serpentant (1).
Monseigneur,
Nous fimes nos adieux le 9 à la famille Morigeau ainsi qu'à ses compagnons de chasse, les Sioushwaps. Nous quittûmes la vallée supérieure de la Columbia en prenant un petit sentier qui nous conduisit en peu de temps à ur étroit défilé d'où les
(uses Here Poplars and birch trees ever quivering played, And nodding cedars formed a vagrant shade ; On whose high branches, waving with the storm, The birds of broadest wings their mansion form ; The jay, the magpie, the loquacious crow, And soar aloft and skim the deeps below.
Here limpid fouatains from the clefts distil, And every fountain forms a noisy rill, In mazy windings wand’ring down tne hill. »
rochers, d’une grandeur colossale, bannissent la lumière du jour. Le grand, le beau, le sublime se combinent ici sous les formes les plus singulières et les plus fantastiques. Bien que la couleur grise prédomine , cependant l'on trouve d'immenses rochers de porphyre ou de granit veiré de blanc. Cà et là daus le creux des rochers ou dans tout ‘endroit où il y a une poignée de poussière, le pin massif etimmense prend naissance, et vient marier sa sombre verdure avec les teintes variées des montagnes. Ces sentiers sinueux et bordés d'un rempart colossal offrent souvent les vues les plus ravissantes et les plus pittoresques ; les scènes les plus variées et les plus magnifiques étonnent et ravissent vos regards. Le pin et le cèdre s'élèvent majestueusement dans ces forêts vénérabies ; le peuplier gracieux secoue dans les airs son panache d'émeraude et lutte avec l'orage, tandis que du haut des rochers escarpés et dentelés l'if à peine flexible projette ses sombres ombrages qui remplissent l'âme d'une religieuse terreur. Le bouleau sort d'une terre tapissée de mousse, et brille comme une magnifique colonne d'argent portant le diadème doré des fruits d'automne, au milieu du genévrier aux baies parfumées et purpurines et de la térébenthire azurée, qui peuplent ces val- ‘lées humides et ces forêts.
Après avoir voyagé tout un jour à travers ces beautés primordiales, nous atteignîimes les bo:ds de la rivière des’ Arcs-à-Plat, forme de l'union
t la > se res rise ses inc.
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d'innombrables torrents qui, après avoir décrit mille circuits, se précipitent du sommet de la montagne. De loin on entend le bruit sourd et continuel de ses eaux qui fuient dans un lit plein de rochers avec une rapidité extraordinaire. Nous traversâmes Ja rivière, pour prendre un autre défilé encore plus merveilleux, où les eaux du Vermillon se sont ouvert un passage : ici tout frappe le regard ; tout dans ce désert profond, mais bruyant, est d'une âpre sublimité. Les montagnes s'élèvent comme de saintes tours où l'homme peut communiquer avec le ciel; d'affreux précipices s'ouvrent béants à vos pieds; le bruit étourdissant et rauque des eaux mugissantes et vagabondes ressemble à celui d'une violente tempête qui passe, sauvage et sans frein comme l'esprit de la liberté. Tantôt les ondes sonores caressent les rives garnies de rochers et se jettent follement dans un abîme ; tantôt elles reviennent en écumant Jouer avec les joncs de leur lit, puis, tombant de pente en pente, dé cascade en cascade , elles forment dans leur course une longue suite de rapides ; tantôt elles se cachent sous le feuillage touffu du cèdre et du pin, et reparaissent pour se jeter limpides et cristallines dans un vaste bassin, comme si elles voulaient respirer avant de quitter le ravin, et enfin elles précipitent leur course capricieuse avec une nouvelle vigueur.
De ces forêts impénétrables sort un bruit har-
monieux. C'est le cri du noble cerf qui appelle ses ORÉGON.
compagnes. Le daim, le plus vigilant de tous les animaux, donne le signal de l'alarme. Il à entendu le craquement d'une branche ; il à flairé le souffle mortel du chasseur ; un bruit confus se fait entendre dans la montagne ; le chasseur lève son regard ardent vers les hauteurs, et aperçoit un troupeau de rennes perché sur le sommetneigeux, et tressaillant à l'approche de l'homme ; en un clin d'œil ils ont disparu dans les crêtes inaccessibles « où la Nature a placé son trône sublime dans des palais de glace. »
Nous sommes souvent témoins de l'agilité et de la grâce des chevreuils, lorsqu'ils courent, cabriolent, ou s'arrêtent «n instant pour regarder autour d'eux les oreilles droites et tendues, auxquelles n'échappe aucun son. Ces timides habitants des bois reprennent leur course’et finissent par s'enfoncer dans les sombres profondeurs des forêts. Des bandes de chèvres sauvages gambadent tranquillement et sans peur à côté des troupeaux de moutons, qui sont suspendus aux précip ‘à aux pics des rochers couverts çà et là dere. et que le pied de l'homme n'a jamais foulés.
Un monstrueux animal, l'ours gris, qui remplace dans nos montagnes le lion d'Afrique, ne se contente pas de grogner et de menacer l'aventurier qui ose pénétrer ‘lans ses domaines caverneux , mais il grince des dents et se met en colère. Aussitôt une balle bien aiustée le force à faire me humble révérence ; le formidable anim: roule
dans la poussière qu'il mord de rage, et meurt baigné dans son sang.
La musique ordinaire du désert est le cri perçant de la panthère et le hurlement du loup. Le petit lièvre des montagnes, qui n’a que six pouces de hauteur, et dont la description n'a pas encore sa place dans l'histoire naturelle, se livre à ses ébats au milieu des débris de rochers, et montre une étonnante activité; tandis que son voisin, le gros et paresseux porc-épic, grimpe sur une branche de cyprès, s'y assied et ronge l'écorce ; il regarde l'avide chasseur avec un œil indifférent, et ignore que sa chair tendre et délicate est considérée comme un mets délicieux. L'industrieux castor , semblable à un soldat en sentinelle, avertit sa famille de l'approche de l'homme en frappant l'eau de sa queue. Le rat musque plonge immédiatement dans l'eau. La loutre quitte ses États et se glisse sur le ventre entre les roseaux. Le ti’uide écureuil saute de branche en branche, juxqu'à ce qu'il ait atteint le sommet du cyprès. La martre court d'arbre en arbre et se cache dans le feuillage. Le siffleur et la belette se retirent dans leurs domiciles respectifs. Le renard, grâce à sa fuite précipitée, conserve son riche manteau d'argent. Le blaireau, trop éloigné de sa demeure, creuse le sol sablonneux, et s'enterre vivant pour échapper aux poursuites : sa peau magnifique sert à parer le dos des Indiens. Il faut les efforts réunis de deux hommes pour le retirer de sa retraits et pour le tuer.
Le soir qui précéda notre sortie des obscurs labyrinthes de ces bois touffus, nous jouîimes d'un spectacle ravissant. Après un désastreux combat, les beautés de la nature consolent le cœur affligé du guerrier sauvage. Du sommet dé la montagne, . nous contemplâmes la danse des Manitous ou des Esprits et l'entrée glorieuse des champions décédés dans la région des âmes. De vastes colonnes de lumière resplendissante semblaient se jouer et se balancer dans Jes cieux ; les unes avaient une forme perpendiculaire ; les autres ressemblaient à des vagues onduleuses, tantôt se présentant sous des aspects divers, jusqu'à ce que tout l'hémisphère fût brillamment illurainé. Toutes ces masses se réunirent au zénith , et se séparèrent sous des figures variées.
« Mystérieux , solennels , froids et lumineux, leurs pas s'élèvent avec majesté comme des barrières autour de la sphère terrestre, comme les portes du paradis. L'imagination peut à juste titre s’effrayer devant vos rayons sacrés, et la science est trop faible pour reproduire la source de vos clartés célestes (1). »
(1) Mysterious, solemn, cold and clear, Their steps majestic rise Like barriers round this earthly square, Like gates of Paradise.
Well may imagination faint Before your sacred blaze, And baffled science fail to paint
The source of heavenlyrays.
curs d'un bat, figé gne, 1 des ‘édés es de et se une ent à is des re fût réuœures
neux, s bare les » titre ence le vos
L'aurore boréale est un phénomène que je contemple toujours avec admiration. Tout ce que . l'on voit et entend dans ce désert impénétrable est à le fois agréable et instructif ; tout frappe, captive et élève l'esprit vers l'auteur de la nature : Mirabilia opera Domini (1).
Après bien des labeurs, des fatigues, qui n'étaient pas sans compensation,nous traversâmes, le 15, les hauts pays qui séparent les eaux de l'Orégon de celles de la branche méridionale du Saskatchawan (2), ou ancienne rivière de Bourbon, ainsi appelée avant la conquête du Canada par les Anglais. C'est le plus grand tributaire du Winni-
peg (3).
L'étendard du chrétien, la croix, à été érigée à
la source de ces deux rivières : puisse-t-il être un
signe de salut et de paix pour toutes les tribus disséminées et errantes qui se trouvent à l'est et à l'ouest de ces montagnes gigantesques et terribles !
(1) Les œuvres de Dieu sont admirables.
(2) SASKATCHAWAN, rivière qui prend sa source dans les montagnes Rocheuses, coule vers l'Est et se jette dans le lac Winnineg, après un cours de 1,500 kil. (Note de la présente édition.)
(3) WinxiPeG, OuiNNIPEG ou BourBo, lac de la Nouvelle- Bretagne, au nord-ouest du lac Supérieur. Il offre de belles cataractes, reçoit le Saskatchawan, la rivière Rouge, l’Assiniboin, et communique par le Nelson avec la baie d'Hudson, à 58 degrés de latitude nord. On le nommait jadis /ac des Assiniboins. I a 460 kilom. de long sus 80. (Nofe de la présente édition.)
L'aigle, emblème du guerrier indien, se perche sur le cyprès, dont le bois sert à faire la croix. Le chasseur le vise, et le noble oiseau tombe en conservant sa royale fierté. Ceci me rappelle les beaux vers de l'illustre Campbell (1) que je cite en entier.
« Lorsque le roi des oiseaux est tombé , on di: rait d'une royauté en ruine. Bien que son regard
@) Fallen as he is, the king of birds still seems Like royalty in ruins. Though his eyes Are shut, that looked undazzled on the sun, He was the sultan of the sky, and earth Paid tribute to his eyrie. It was perched Higher than human conqueror ever built His bannered fort. . . . . .
He cioved the adverse storm
And cuffed it with his wings. He stopped his flight As easily as the Arab reins his steed,
And stood at pleasure’ neath heaven’ zenith, like
A lamp suspended from its azure dome ;
Whilst underneath him the world's mountains lay
Like mole-hills, and her streams like lucid threads.
(1) CamPBELL (Thomas), poëte anglais, né à Glascow en 1777, mort à Boulogne en 1844, descendait des anciens chefs du clan des Campbell. Il écrivit les Annales de la Grande-Brelagne, depuis l'avénement de Georges III jusqu'à la paix d'Amiens, 3 vol. in-8° ; Beautés des poètes anglais avec notices biographiques, 1818, 7 vol. in-8°; mais il est surtout célèbre par ses poëmes, les Plaisirs de l'Espérance et Gertrude de Wyoming, le premier, poëme descriptif, plein d'élégance et de délicatesse, le second, roman gracieux et pathétique. (Note de la présente édition.)
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