‹ Voyages dans l'Amérique septentrionale, Orégon [microforme]Chapitre 16 sur 52 · LE A · texte numérisé non relu

LE A

plus effrayant se trouve réuni ici pour vous terrifier ; des ravins et des précipices profonds, des pics gigantesques, des sommets escarpés, des forêts inaccessibles, des animes: horribles et sans fond, qui retentissent du bruit causé par les chutes d’eau ; des sentiers longs, étroits et inclinés qui montent et descendent, et qui m'ont obligé plusieurs fois de prendre l'attitude d'un quadrupède, et de marcher à l'aide de mes mairs. Pendant ce périlleux passage j'ai adressé souvent de ferventes actions de grâces au Tout-Puissant pour la protection qu'il m'a accordée dans les moments de danger. L'eau s'est frayé une route diversifiée à travers ces âpres rochers qui élèvent leurs têtes jusqu'au ciel, et nous avons trouvé des cataractes et des gouffres qui entraînaient des rocs et des arbres avec une force irrésistible. Pendant que l'œil se repose avec charme sur les sommets riches et rougeâtres des montagnes éloignées, sur les tapis de gazon, sur les fleurs qui pendent du haut des rochers, l'oreille est étourdie par le bruit confus des ruisseaux et des rivières qui courent avec rapidité, du mugissement des cascades impétueuses et des torrents tumultueux. Une plaine étendue qui se trouve au pied du mont Portage offre toute espèce d'avantages pour la fondation d’une ville. Les montagnes environnant ce site agréable sont majestueuses et pittoresques. Elles rappelèrent à mon souvenir les nobles montagnes Mapocho qui entourent la belle capitale du Chili (Santiago).

D'innombrables petits ruisseaux jaillissent du sein pierreux des montagnes, et répandent une vapeur transparente sur les vallées. La jolie rivière des Chutes descend bruyamment et traversc la plaine avant de se jeter dans le Mac-Gilvray, qui suit pareillement son cours. Les carrières et les forêts paraissent inépuisables. J'ai remarqué de grands morceaux de charbon de terre le long de la rivière, et je suis convaincu qu'on pourrait se procurer ce fossile en abondance. Que deviendrait ce pays solitaire et désolé sous l'influence bienfaisante de la civilisation? Ænfin tout le pays des Skalzi semble attendre qu'un peuple civilisé vienne le régénérer. On trouve de grandes quantités de plomb à la surface du sol ; et nous avons été conduits à croire d'après les apparences qu'il renfermait de l'argent.

Pauvres Indiens! Ils foulent aux pieds des trésors sans s'en douter, et se contentent de ia pêche et de la chasse. Quand ces ressources leur manquent, ils vivent de racines et d'herbes, et regardent d'un œil indifférent Île blanc qui vient par hasard examiner les minéraux de leur pays. Ah ! ils trembleraient s'ils connaissaient l'histoire de ces nombreuses et infortunées tribus qui ont disparu du pays pour faire place aux chrétiens qui ont rendu les pauvres Indiens victimes de leur rapacité. Après un voyage de quelques jours, nous arrivâmes à la Prairie du Tabac, la demeure habituelle des Xootenays. Leur camp se trouve

dans une immense et délicieuse vallée, bornée par deux eminences dont la pente douce et régulière, couverte de cailloux unis, semble originairement avoir servi de limite à un grand lac.

A mon arrivée, je trouvai environ trente loges de Xoolenays ; la faim obligea plusieurs familles à passer la grande montagne. Ils allaient à la recherche du buffle, de l'élan, de l’antilope et du cerf. Je fus reçu avec toute espèce de démonstrations de joie et de filiale affection par les habitants de ces loges. Ils me saluèrent avec une longue et retentissante décharge de mousqueterie. Plusieurs me montrèrent leur journal consistant en un bâton carré, sur lequel ils avaient marqué le nombre des jours et des semaines écoulés depuis mon séjour parmi les habitants du voisinage du grand lac Téte-Plate. Is avaient compté quarante et un mois et quelques jours.

M. Berland avait usé de son zèle pour maintenir les Xcotenays et leurs frères dans les bonnes dispositions dans lesauelles j'eus la consolation de les trouver. Depuis ma dernière visite ils ont accompli à la lettre toutes les recommandations que je leur avais faites et qui étaient restées dans leur souvenir. Je fus obligé de décider quelques points de controverse qu'ils avaient mal interprétés et mal compris. Ils se réunissent pour faire les prières du matin et du soir, persévèrent dans l'usage de chanter des cantiques, et observent fidèlement le repos du dimanche.

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Le jour de la fête du Saint-Cœur de Marie, je chantai la grand'messe, et pris ainsi possession de ce sol, qui était pour la première fois foulé par un ministre du Très-Haut. J'administrai le sacrement du baptême à cent cinq personnes dont vingt étaient adultes. Une importante cérémonie termina les exercices de la journée. Un grand calvaire fut érigé au milieu des applaudissements du camp. Les chefs, à la tête de leurs tribus, s’avançaient et se prosternaient devant ce signe sacré qui prêche si éloquemment l'amour de l'Homme-Dieu qui vint racheter l'humanité déchue. Humblement inclinés devant la croix, ils offraient à haute voix leurs cœurs à celui qui s'est déclaré notre maître : et le divin pasteur des âmes. Cette station s’appelle le Saint-Cœur de Marie. Un de nos Pères doit bientôt visit. : les deux parties de la tribu.

Ces pauvres gens, quoique nressés par la faim, me prièrent instamment de rester quelques jours au milieu d'eux pour leur donner les'instructions à relatives à leur conduite future. Ils les écoutèrent avec avidité. Après mon départ, ils se divisèrent en deux petites bandes, et allèrent chercher des provisions dans les défilés des montagnes.

Le 30 août, je dis adieu aux Kootenays. Deux jeunes gens de leur tribu s'offrirent pour me conduire dans les pays des Pieds-Noirs ; un troisième Indien, chasseur habile et bon interprète, compléta ma petite escorte. Je me mis en route vers les sources de la Columbia. Le pays que nous tra-

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