ARCHIDIOCÈSE D'ORÉGON (OREGON-CITY
Ce district est sous la juridiction du T. R. Fran-
is Norbert Blanchet, qui est aussi administrateur de Nesqually.
Diocèse DE WaLLa WALLA (1).
Ce diocèse est gouverné par le T. R. Magloire Blanchet, qui a été sacré à Montréal le 27 septembre 1816. Il est en même temps chargé de l'administration du fort Hall ei de celui de Colville.
Voici les noms des missionnaires qui évangélisent l'Orégon :
Le KR. P. Michel Accolti, — Pierre J. De Smet, — Pierre De Vos,
— Adrien Hoecken,
— Joseph Joset,
— Grégoire Mengarini, — Jean Nobili,
— Nicolas Point,
— Antoine Ravalli,
— Aloïs Vercruysse,
— Antoine Langlois,
— Jean-Baptiste Bolduc.
a) Le siége épiscopal de Walla Walla ayant été supprimé, Mgr Augustin Magloire Blanchet fut transféré à celui de Nesqually, par lettres apostoliques datées du 31 mai 1850. Ce prélat est le frère de Mgr l'archevêque d'Orégon. (Note de la présente édition.)
Tous, à l'exception des deux derniers , sont membres de la compagnie de Jésus.
Le révérendissime archevêque Francis Norbert Blanchet est revenu dernièrement d'Europe avec dix prêtres séculiers et deux réguliers, trois frères lais, de la compagnie de Jésus, et sept religieuses, destinés à la mission. Le nombre total des prêtres est de vingt-six.
Nos renseignements ne sont pas assez complets pour que nous puissions donner la statistique religieuse des différents diocèses de l'Orégon. Nous pouvons seulement dire en général que depuis 1845 plusieurs n ‘wvelles stations ont été fondées, de nouvelles é4 ‘bâties , et qu'un grand nombre d'indigènes de différentes tribus ont été convertis à la foi catholique.
Quant aux édifices religieux, en voici le dénombrement : dix-huit chapelles, c'est-à-dire, cinq dans la vallée de Willamette ; la cathédrale de Saint-Paul, la chapelle Sainte-Marie, le couvent des Sœurs ; Saint-François-Xavier ; la nouvelle mission dans la Prairie ; l'église de Saint-Jean dans la ville d'Orégon ; celles de Vancouver , de Cowlitz et de Whitby ; quatre dans la Nouvelle- Calédonie ; ce sont celles du lac Stuart, du fort Alexandre, des Rapides et du lac Supérieur ; l'église de Sainte-Marie chez les Têtes-Plates ; l'église du Sacré-Cœur chez les Cœurs-Pointus ; l'église de Saint-Ignace chez les Pendantsd'Oreilles de la Baie ; et la chapelle de Saint-Paul
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dans la tribu des Xetlle-Falls, près de Colville.
Voici maintenant les stations fondées en 1816, et où des chapelles seront érigées ; ce sont : Saint- François-Borgia, parmi les Kalispels du nord ; Saint-François-Régis, dans la vallée de Colville ; Saint-Pierre, près les grands lacs de la Columbia ; l'Assomption, parmi les Indiens Arcs-à-Plat , et le Saint-Cœur de Marie, parmi les Koetenais.
Les institutions qui ont été fondées dans l'Orégon sont : l'école de Sainte-Marie, chez les Tétes- Plates ; le collége de Saint-Paul, à Willamette, et le pensionnat des jeunes personnes, au même lieu,
ous la direction de six sœurs de Notre-Dame. On va commencer d'autres établissements.
Le nombre total des Indiens répandus sur la surface du territoire de l'Orégon est d'environ 110,000, dont 6,000 à peu près sont convertis au christianisme. On compte 1,500 catholiques parmi les Canadiens et les colons (1).
(1) La province ecclésiastique ou l'archidiocèse d'Orégon comprend aujourd'hui les diocèses d'Orégon-City, de Nesqually, de l'ile Vancouver, ainsi que les vicariats apostoliques d'Idaho et de la Colombie anglaise (British Columbia). On y compte en tout environ 34,000 catholiques. (Nofe de la présente édition.)
LETTRE
M. Bolduc, missionnaire apostolique, à M. Cayenne.
Cowlitz, le 15 février 1844, Monsieur,
Voilà près d’un an que je n'ai eu la satisfaction de pouvoir vous écrire. Depuis cette époque, j'ai fait encore parmi nos sauvages de nouvelles excursions dont je me propose de vous rendre compte, après vous avoir dit quelques mots sur les vastes solitudes que nous évangélisons.
D'après les rapports des premiers navigateurs anglais qui visitèrent les côtes de l'Ainérique, au nord du fleuve Columbia, il paraît que le territoire portant le même nom fut anciennement découvert et habité par les Espagnols; on voit encore aujourd'hui des ruines en briques, restes de ces premiers établissements formés dans Ja vue d’attirer les nations sauvages à ia connaissance de l'Évangile. Parmi les indigènes, on a trouvé ici des reliques attestant ce fait ; un crucifix de cuivre,
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tout usé, est de temps immémorial au pouvoir d'une tribu. Comment, par qui fut-il apporté ? Voilà ce qu'elle ne peut dire. C'est très-probablement vers le temps où ils s'emparèrent de la Californie que les Espagnols formèrent un établissement sur l'ile Vancouver, séparée de la terre ferme par le détroit de Juan de Fuca. Gray découvrit le fleuve Columbia ; Vancouver (1) le remonta jusqu'à la pointe où est bâti le fort qui porte son nom, et prit possession du pays environnant.
La vaste contrée qui s'étend entre les montagnes Rocheuses et l'océan Pacifique se divise en deux zones distinctes par leur climat, par leur aspect et par leurs productions ; la ligne de sépa-
Gi) Vancouver (Georges), navigateur anglais, né en 1750, mort en 1798, fit avec Cook les deuxième et troisième voyages autour du monie, servit ensuite sous Rodney, et fut, en 1789, employé à la station de la Jamaïque. Chargé l’année suivante d'examiner s'ilexiste une communication maritime par le Nord, entre les côtes occidentale et orientale de l'Amérique du Nord, il expiora d’abord avec l'Espagnol Quadra, qu'il avait rencontré dans ces parages (1792), puis seul (1793), toute la côte occidentale depuis le 56° degré jusqu'à la Nouvelle-Californie, sans trouver le passage cherché, visita les comptoirs russes, l'archipel du Roi Georges et du Prince de Galles, la grande île de l’'Amirauté, reçut du roi &'O‘vyhée la cession de cette île (1794) et revint en Angleterre en 1795. Il fit paraître, l'année même de sa mort, son Voyage de découvertes à l'océan Pacifique, etc. Londres 1798, 3 vol. in 4°, atlas in-fol. (traduit en français, Paris, an VIIT où 1800, en 3 vol. in 4°, atlas in-fol.).
ration court parallèlement aux rivages de la mer du Sud, dont elle se tient éloignée d'environ deux cents milles. Moins boisée que les régions de l'ouest, la partie orientale s'élève par plateaux, dont les plus éloignés servent de base aux monts Hood, Sainte-Hélène, Rainier et Baker. Les cimes de ces montagnes s’élancent dans les airs à une hauteur de dix à treize mille pieds et sont couronnées de neiges éternelles. L'année dernière, les monts Baker et Sainte-Hélène sont devenus volcaniques, et même depuis quelques mois le premier a éprouvé des changements considérables de forme, du côté où se trouve le cratère. Dans la zone orientale le climat est sec et sain; en hiver comme en été, la pluie y est très-rare ; la neige ne s'élève jamais à plus d'un pied. On n'y voit ni marais ni plaines inondées par les grandes eaux ; point de brumes ; aussi les fièvres n'y sont pas connues.
Dans la partie inférieure, depuis octobre jusqu'en mars, les pluies sont presque continuelles ; des nuages épais, dont l'atmosphère est constamment chargée , cachent le soleil pendant des semaines entières, et il n'est pas rare de passer jusqu'à quinze jours sans qu'on puisse l'apercevoir. Cependant, dès qu'il peut se faire jour à travers les vapeurs, il répand aussitôt dans l'air une chaleur douce et vivifiante. Cet hiver a été tout à fait remarquable par le peu de pluie que l'on a eu ; pendant une grande partie de février et vers le
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commencement de mars, le temps a été magnifique; c'était comme le mois de mai; l'herbe croissait dans les prairies, les fraisiers étaient en pleine floraison.
En mars les pluies sont plus rares ; un soleil ardent réchauffe la nature, qui se pare d'une verdure naissante. Le blé semé en automne peut déjà, en avril, rivaliser de beauté avec celui qu'on voit dans le Canada au mois de juin. Dès lors, et pour tout l'été, temps clair et fortes chaleurs. Quelquefois cependant d'épais nuages s'amoncellent ; on dirait qu'ils vont se résoudre en torrents de pluie ; mais bientôt ils se dissipent sans avoir fait entendre de coups de tonnerre, sans même donner la moindre ondée que les moissons paraissent désirer si ardemment.
Dans le mois de juin, les rivières gonflées par la fonte de: neiges sur les montagnes inondent les plaines basses et augmentent encore les dépôts d'eau croupissante formés par les pluies d'hiver. Les vapeurs qui s'en élèvent sous un soleil brûlant occasionnent ou entretiennent jies fièvres intermittentes, plus fréquentes dans les années où les rivières ont été plus débordées.
Cette maladie règne dans presque tout le pays depuis la fin d'août jusqu'à la mi-octobre. Ilest généralement assez rare que ceux qui en sont une fois attaqués ne le soient pas plusieurs aanées de suite, et comme je l'ai eue cette année pendant plus d'un mois, j'ai tout lieu de craindre
encore quelques nouveaux accès pour l'avenir.
Vous ne sauriez croire combien ont été épouvantables les ravages que ces fièvres ont portés parmi les nombreuses tribus qui habitaient autrefois les bords du Columbia. Il suflit de dire qu'on a trouvé de gros camps indiens ent'èrement détruits par ce fléau. Quand les sauvages se sentaient attaqués, ils allaient, sans perdre de temps, se précipiter dans les eaux froides les rivières, et ils mouraient sur-le-champ. Les blanes, avec les soins convenables, n'en meurent jamais.
Il me semble que l’année dernière je vous ai annoncé que je devais faire une mission dans Puget-Sound et pénétrer, si Je pouvais, jusque dans l'ile Vancouver ; cette mission a eu lieu, et Je vais vous en dire quelques mots.
Pour parvenir à mon but, il eût été peut-être dangereux de pénétrer seul dans la grande ile Vancouver ; aucun prêtre ne s'y était encore montré, et les sauvages de cet endroit ne sont pas encore bien familiarisés avec les blancs. Or en ce temps-là l'honorable compagnie de la baie d'Hudson se préparait à aller bâtir un fort à l'extrémité sud de cette île. M. Douglas, qui devait diriger cette expédition, m'invita généreusement à prendre passage à bord de son vaisseau. J'acceptai bien volontiers ses offres, et je quittai Cowlitz le 7 mars pour me rendre à Shwally.
Le bateau à vapeur Bearer (le Castor) nous attendait depuis quelques jours ; cependant, comme
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il y avait plusieurs préparatifs à faire pour le voyage, nous ne montâmes à bord quele 13 au matin. Après avoir marché toute la journée du 15, nous ancrâmes dans un remous formé par une pointe de l'ile Whitby, appelé Pointe-Perdrir. Des lignes furent aussitôt préparées, et pendant la veillée nous eûmes le plaisir de prendre pour le diner du lendemain une grande quantité d'excellents poissons, assez semblables pour la forme et pour le goût à la morue du Canada ; j'en ai remarqué plusieurs de quatre pieds de long.
Les eaux de la baie de Puget sont richement peuplées. Le saumon y abonde ; c'est la plus grande ressource des indigènes. Dans les mois de juillet, d'août et de septembre surtout, ils en prennent à ne savoir qu'en faire. On trouve ici une espèce de poisson bien plus petit que ceux dont je viens de parler, et qui paraît être particulier à la côte du nord-ouest. On le voit remonter les rivières au printemps en quantité prodigieuse. Il contient une telle abondance de graisse que quand il a été pris dans la bonne saison et qu'il est un peu sec, on peut l'allumer par le bout de la queue et il brûle comme une chandelle jusqu'à la tête. Les sauvages en font une excellente huile qui leur sert à assaisonner leurs aliments.
Le 14 de bon matin, nous levâmes l'ancre et dirigeämes notre course vers l'entrée du détroit de Juan de Fuca. Nous allâmes à terre, et après avoir visité un petit camp de sauvages de la
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grande tribu des Klalanes, nous nous portâmes sur la pointe sud de l'île de Vancouver. Il était À peu près quatre heures du soir lorsque nous y arrivâmes. Nous n'apercûmes d'abord que deux canots ; mais ayant tiré deux coups de canon, nous vimes les indigènes sortir de leurs retraites et entourer le bateau. Le lendemain, les pirogues arrivèrent de tous côtés. Je descendis alors à terre avec le commandant de l'expédition et le capitaine du vaisseau ; cependant ce nc fut qu'au bout de quelques jours, c'est-à dire lorsque j'eus des preuves non équivoques des bonnes dispositions des Indiens que je me rendis à leur village, situé à six milles du port, au fond d'une charmante petite baie.
Comme presque toutes les tribus d'alentour, celle-ci possède un petit fort en pieux d'environ cent cinquante pieds carrés. On se fortifie ainsi pour se mettre à l'abri des surprises des Toungletats, tribu puissante et guerrière, dont une partie campe sur l'ile Vancouver elle-même ; le reste habite sur le continent, au nord de la rivière Fraser. Ces féroces ennemis tombent ordinairement de nuit sur les villages qu'ils veulent détruire, massacrent autant d'hommes qu'ils peuvent et prennent les femmes et les enfants pour esclaves.
À mon arrivée, toute la tribu, hommes, femmes et enfants, se rangea sur deux lignes pour me donner la main, cérémonie que ces sauvages n'ometient jamais. Je les assemblai tous dans la
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plus grande loge, celle du chef, et là je leur parlai de l'existence d'un Dieu créateur de toutes choses, des récompenses qu'il promet aux bonnes actions et des châtiments éternels dont il punit le crime. Mes instructions furent souvent interrompues par
les harangues de mes auditeurs. En voici une que j'ai crue propre à vous intéresser. Au milieu de la foule,je vis un homme d'environ trente ans, qui se leva précipitamment, et me dit : « Chef (1), écoute- «€ moi. Il y a bien dix ans j'ai entendu dire qu'il € y avait un maître en haut qui n'aimait point le « mal, et que parmi les Français il se trouvait « des hommes qui apprenaient à connaître ce « maître. J'ai aussi entendu dire qu'il viendrait «un jour de ces hommes-là sur nos terres.
« Depuis ce temps, mon cœur, qui auparavant « était très-méchant, est devenu bon; je ne fais «‘plus de mal. Maintenant que tu es arrivé chez « nous, tous nos cœurs sont contents. »
Un jour que je leur parlais du baptême et que je leur disais que déjà plusieurs nations avaient fait régénérer leurs enfants, un vieillard se lev: et me dit : |
« Tes paroles sont bonnes: mais on nous à « rapporté que ceux qui ont été baptisés chez les « Kwaitlens et les Kawitskins (à la rivière Fra- « ser) sont morts presque aussitôt; cependant,
(1) Is donnent généralement le nom de chef, dans leur langue slab, à tout personnage de distinction.
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« comme tu dis que c'est une bonne chose, nous « te croyons. Puisque l'eau sainte leur fera voir « le maître d'en haut après leur mort, baptise « tous ceux de notre camp; fais-leur cette cha- « rité, car ils meurent presque tous. » Je leur promis que je reviendrais, le dimanche, pour conférer ce sacrement, et que tous devaient s'y trouver.
Cependant le bruit de mon arrivée s'étant répandu , plusieurs nations voisines accoururent
en masse.
Le 18, qui était un samedi, fut employé à la construction d'une espèce de vaste reposoir nour célébrer à terre le jour du Seigneur. M. Douglas me donna plusieurs de ses hommes pour m'aider dans cet ouvrage. De longues branches de sapin
formèrent les côtés de cette chapelle agreste, et les tendelets du steamer la couverture.
Le dimanche au matin, plus de douze cents sauvages des trois grandes tribus Kawitskins , Klalanes et Isanisks étaient rassemblés autour du modeste temple. Notre commandant n'oublia rien de ce qui pouvait contribuer à rendre la cérémonie imposante ; il me donna liberté entière de choisir à bord tout ce qui pouvait servir de décoration. Il assista lui-même à la messe , ainsi que quelques Canadiens et deux dames catholiques. Ce fut au milieu de ce concours nombreux qre, pour la première fois, nos saints mystères furent célébrés sur cette plage,
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depuis tant d'années en proie aux abominations de l'enfer. Fasse le ciel que le sang de l'Agneau sans tache rende cette terre fertile, et lui donne de produire une abondante moisson !
Ce jour étant celui que j'avais fixé pour le baptême des enfants, je me rendis au village principal, accompagné de toute la foule qui avait assisté au service divin. En arrivant, il fallut encore donner la main à plus de six cents personnes. Les enfants furent disposés sur deux lignes au bord de la mer ; je leur distribuai à chacun un nom écrit sur un petit bout de papier, et je commençai la cérémonie. Il pouvait être environ dix heures du matin, et lorsque j'eus fini il faisait presque nuit. Alors je comptai les nouveaux chrétiens, et j'en trouvai cent deux. J'étais épuisé de fatigue, et néanmoins je dus faire encore plus de deux lieues à pied pour revenir au steamer.
Suivant le plan de voyage tracé avant notre départ, nous ne devions rester ici que quelques jours et poursuivre ensuite notre course de fort en fort, Jusqu'à l'établissement des Russes à Sitka ; mais le petit navire qui portait les provisions destinées aux divers établissements de la côte était attendu de jour en jour et n'arrivait point. Ce retard me contrariait beaucoup. M. le grand-vicaire m'avait dit que son intention était d'établir, au commencement de l'été, une Mission dans l'ile Whitby, et que je devais en faire partie. Voyant
donc qu'à la suite de la caravane je ne pourrais ORÉGON. 5)
pas être de retour assez tôt pour remplir ses vues, je me décidai à revenir sans délai sur mes pas. J'achetai un canot, et ayant engagé le chef des Isanisks et dix de ses gens à me conduire directement à l'ile Whitby, je quittai Vancouver le 2H mars, emportant avec moi les plus vifs sentiments de reconnaissance pour tous les égards du commandant de l'expédition et du capitaine Brotchie, dont j'avais eu tant à me louer dans la traversée ‘les îles Sandwich au Fort-George.
La mer était bien calme, mais le temps était couvert d'une brume épaisse. Par précaution, javais pris un compas, sans quoi je me serais indubitablement égaré, ayant une traversée de vingt-sept milles à faire. Le premier jour, nous atteignimes une petite île qui se trouve entre l'extrémité de Vancouver et le continent. Nous y passâmes la nuit. Mes Indiens, qui avaient tué un loup marin d'un coup de fusil, firent grand festin le soir. Vous ne sauriez croire combien un sauvage peut manger dans un seul repas ; mais, sil est vorace dans l'abondance , il sait aussi jeûner plusieurs jours de suite sans en éprouver beaucoup de fatigue.
Le 25, il faisait une forte brise du nord-ouest ; mes rameurs, avant de s'éloigner du rivage, montérent sur une colline pour reconnaitre si la mer ctait bien grosse au milieu du détroit; ils furent assez longtemps à se décider. Enfin ils dirent qu'à l'aide d'une voile on pourrait se tirer d'affaire. Un
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mât fut donc préparé, une couverture servit de voile, et nous voilà à la merci des flots. Vers trois heures de l'après-midi nous abordämes à l'ile Whitby , non sans avoir couru quelque danger.
Un grand nombre de sauvages Klalanes et Skadjats vinrent me recevoir sur le bord de la mer ; je connaissais de réputation le premier chef des Skadjats, et je demandai à: le voir. On me dit qu'il était parti depuis deux jours pour l'ile Vancouver , afin de m'y rencontrer. À su place on me présenta ses deux fils. L'un d'eux en me serrant la main me dit: « Mon père Netlan n'est « pas ici, il est allé à Ramoon (nom de la pointe « sud de l'ile Vancouver) pour ty voir ; mais « s'il apprend que tu es ici, il va revenir à la « course. I] sera bien content si tu restes parmi « nous, car il est fatigué de dire la messe tous « les dimanches et de prècher à 3es gens ! » J'ai su plus tard que sa messe consistait à expliquer aux sauvages de sa tribu l'échelle chronologicohistorique de la religion, à faire force signes de croix et à chanter quelques cantiques avec le Ayrie eleison.
Je dressai ma tente près de Ja croix que N'. Blanchet avait plantée dans cette île en IS10, lorsqu'il y aborda pour la première fois. Le lendemain tout le camp des Skadjats se rendit près de moi pour entendre la parole de Dieu. Pour vous donner une idée de la population de cette
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tribu, il suffit de vous dire que je donnai la main à une file de six cent cinquante personnes , et ce n'était pas tout; plus de cent cinquante Indiens qui avaient passé la nuit près de ma tente n'étaient
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point de ce nombre , et presque tous les vieil-
lards, les femmes âgées et beaucoup d'enfants