VILLE ET SON DISTRICT
Manière de voyager fort ÎDCommode. — L*autear s'embarqoe sar la baie de ParanaguÀ. — II débarque au Pontal de ParanaguÂ. — Voyage nocturne dans des chariots. — Anse de Caiôva. — L'auteur se rend à cheval jusqu'au Canal da Barra do Sut. — II s'embarque pour traverser le Canal et arrive à Guaratùba. — Description <le la baie. — Position de' la ville de Guaratùba; maisons; église; belle vue: pont ; commerce ; histoire. — Les limites du district de Guaratùba ; sa population; mœurs des habitants; productions. — Départ. — Voyage en chariots sur le bord de la mer ; végétation.— Les habitants de la plage. — Le Rio Sahi Mrim. — Réflexions sur le désir qu'a témoigné la comarca de Curitiba d'être séparée du reste de la province de S.Paul.
Pour aller de Paranaguà au petit port de Guaratùba , il fallait d'abord que j'eusse des pirogues et des rameurs pour gagner F extrémité de la baie ; il fallait que, après être débarqué au Pontal de Paranaguà ^ j'y trouvasse des chariots traînés par des bœufs qui , en suivant le borii de la mer, me transportassent moi et mon bagage jusqu'à la baie de Caiôva ; enfin, comme il y a quelque danger, m'avait-on dit, à traverser cette baie dans des pirogues, il'
fallait que j'eusse la certitude d'avoir à Caiôva des gens qui, par un chemiu fort difficile, portassent mes effets sur leurs épaules jusqu'à Guaratuba. Dans un pays où les communications sont peu fréquentes , la paresse eicessive, r inexactitude extrême, il m'eût été impossible d'obtenir une parfaite coïncidence entre ces divers moyens de transport, si je n'avais eu recours à l'autorité. En arrivant à Paranagué, j'avais donc prié le capilào môr de me procurer les moyens de continuer mon voyage ; mais en même temps je lui avais déclaré que je payerais les hommes qui seraient requis pour mon service.
Je partis de Paranaguà , le 3 avril, avec deux pirogues conduites l'une par deux rameurs et l'autre par trois (i). Après être sorti de la rivière de Paranagué, nous entrâmes dans un canal qui s'étend à peu près vers le sud de la baie, et est borné, d'un côté, par la terre ferme, de l'autre par une suite d'îles. Bientôt nous cessâmes d'apercevoir la ville ; nous découvrions dans le lointain la Serra couronnée de nuages qui , se succédant avec rapidité , laissaient apercevoir les sommets des pics et les cachaient tour à tour.
Nos pirogues avançaient avec vitesse ; nous laissâmes derrière nous la partie montueuse de l'tie de Cotinga, et côtoyâmes l'extrémité la plus voisine de l'Océan, qui est basse et couverte de mangliers. A la suite de cette ile vient
(1) Itiuérairc approximatif de la yiUc de Paraoaguâ à la frontière de la province de Sainle-CalhcriDe :
Lrgoas.
De la ville de Paranagué au Poutal de Paranaguà (sur la baie). 4
Du P. de W à Guaralùba, ville, en suivant la plage 13
1)(; 0. à la frontière de Saiute-Catberitie , eu suivant Ja plage. 21/3
TllhaRasa (File rase) (1), plate , comme aupi nom rindiqae. VHha do Mel (Ule du miel), qui succède à llle rase, s^tvance jusqu'à rentrée de la baie. C'est vers Textrémité de cette ile qu'a été construit le petit fort qui défend la barre. A mesure que Ton avance , le canal de navigation s'élargit. Ainsi que l'Ilha Rasa et l'Hha do Mel , la terre ferme est bordée de mangliers ; mais de distance à autre on voit , sur cette dernière , à quelques pas du rivage , de petits sitio$ couverts en tuiles , devant lesquels sont plusieurs pirogues.
La terre avancée, dont j'ai déjà dit quelques mots (2), et qu'on appelle Pontal de Paranaguà, fut le lieu où je débarquai. J'y fus reçu par un caporal de milice qui commandait un détachement cantonné dans le voisinage. Cet homme avait reçu l'ordre de veiller à ce que les chariots qui devaient transporter à Caiéva mes gens , moi et mon bagage arrivassent à l'heure dite : tout le monde fut parfaitement exact. Les chariots appartenaient à des propriétaires des alentours ; ils étaient fort grands et attelés de quatre bœufs ; des nattes de bambous les couvraient, et sur ces dernières on avait placé des feuilles de bananier retenues par une sorte de treillis fait avec des lianes.
B n'y avait au Pontal ni maison ni végétation ; on n'y voyait que du sable pur. A peine fi!ùnes-nous débarqués, que nous allumâmes du feu sur le rivage pour faire cuire les haricots et le riz qui , avec de l'eau et de la farine, devaient faire notre souper. On chargea les malles , et il y
(1) Oa sait qu'à l'entrée de la baie de Rio de Janeiro il eiiste une tle du même nom. Milliet et Lopes de Moura indiquent une troisième Hha Kaia dans la baie d'Angra dos Reis, province de Rio de Janeiro.
(3) Voir plus haut.
avait déjà longtemps que le soleil était couché quand nous partîmes. On a coutume de parcourir cette plage de nuit, parce que les bœufs vont beaucoup plus vite quand ils ne voient pas la clarté du jour.
Je me mis avec Laruotte dans un des chariots ; José et Firmiano montèrent dans un autre , Manoel dans le troisième. Laruotte avait'étendu sur une natte une couverture et mon poncho ; je me couchai , et les mugissements des eaux de la mer m'eurent bientôt endormi. Cependant je m'éveillais à de courts intervalles, et je voyais, au clair de la lune, que nous suivions une plage formée par un sable pur où les vagues venaient souvent battre les roues de nos chariots. Nos bœufs allaient toujours en courant^ et à la pointe du jour nous arrivâmes à l'embouchure d'une petite rivière appelée jRto do Matosinho (la rivière du petit bois). Là il fallut attendre la marée basse pour pouvoir passer, et après avoir fait encore environ 1 lieue, toujours sur la plage, nous arrivâmes à Caiova^ du guarani cairoga, maison des singes. Depuis Matosinho jusqu'à cet endroit, le terrain qui s'élève au-dessus de la plage présente un épais fourré d'arbrisseaux , parmi iesquds domine la Termandrée, 1645 ter, et il est à croire qu'une végétation semblable borde une grande partie du rivage que nous avions parcouru pendant la nuit.
A Caiôva est une anse semi-circulaire qui porte le nom de Baia de Caiôva. En cet endroit, le terrain n'est plus bas et marécageux comme à Paranaguà ; des mornes élevés et couverts de bois s'étendent jusqu'à la mer et ne permettent plus aux chars à bœufs de la côtoyer : le chemin n'est praticable que pour les gens à cheval et pour les piétons.
Ordinairement, quand on va de Paranaguà à Guaratuba,
OD s'embarque dans des pirogues; on traverse Tanse, et l'on passe dans un canal qui , situé à la partie méridionale de cette dernière, forme l'entrée de la baie de Guaratûba. On m'avait donné des craintes sur le passage de Vanse, et en conséquence j'avais prié» comme je l'ai dit, le capitào m6r de Paranaguà de prendre des mesures pour que mon bagage fût transporté par terre. Je trouvai à Caiôva environ seize hommes qui m'attendaient , commandés par un sergent de milice. La vue de la mer, parfaitement tranquille, me rassura : je ne fis porter par terre que les malles les plus importantes ; les autres furent embarquées dans une très-grande pirogue.
Je montai à cheval et côtoyai une partie des contours semi-circulaires de la baie, accompagné du sergent et de Laruotte. Arrivé sur le bord du canal qui forme l'entrée de la baie de Guaratûba et qui porte le nom de Canal da Barra do Sul, parce que telle est sa position par rapport à l'anse de Caiôva, il fallut nécessairement que je m'em* barquasse. La ville de Guaratûba est, en effet, située de l'autre côté du canal, à l'entrée de la baie qui porte le même nom qu'elle.
A mon arrivée, le sergent qui m* avait accompagné me conduisit à une maison que je trouvai préparée pour me recevoir, et bientôt j*eus la visite du curé, du capitào môr du dislrict et d'un sargento môr du régiment de milice.
Ne pouvant plus recueillir de plantes pendant que j'étais en route, comme au temps où j'étais monté sur mon mulet, j'avais pris la résolution de faire des pauses de distance à autre , et pour commencer je passai deux jours à Guaratûba. C'était certes beaucoup plus qu'il ne m'était nécessaire pour connaître cette chétive ville, même en don-
Dant la plus grande partie de mon temps à l'histoire naturelle.
La baie de Guaratûba, qui avait été appelée par le» anciens navigateurs Rio Alagtido (i) et que les habitants du pays nomment encore aujourd'hui rib, m'a paru elliptique; elle s'étend à peu près du nord-est au sud-ouest, et peut avoir, m'ont dit les habitants du pays, environ 2 lieues 1/2 de longueur. Elle communique avec l'anse de Caiôva et, par conséquent, avec la haute mer, par le canal étroit appelé Canal da Barra do Sul, qui, s'il est au nord par rapport à elle, se trouve au midi de l'anse. Du nord au sud en passant par l'ouest, c'est-à-dire du côté de la terre ferme, elle est environnée de montagnes boisées qui font suite à la Serra de Faranaguà et appartiennent, par conséquent, à la chaîne maritime.
La langue de terre qui sépare la baie de la haute mer est fort étroite vers son extrémité , c'est-à-dire du côté du Canal de la Barre ; mais elle s'élargit peu à peu , et au sud elle a environ 3 legoas entre la baie et l'Océan. Un peu en deçà de son extrémité s'élève une couple de mornes; ailleurs elle ne présente aucun mouvement de terrain. Dans une partie de sa longueur, elle est, du côté de la baie, bordée d'Àvicennia et de Rhizophora Mangle^ derrière lesquels se trouvent des bois ; davantage vers le sud, elle s'élève un peu au-dessus du niveau de la baie, et les bois s'avancent jusqu'à cette dernière.
Un grand nombre de rivières et de ruisseaux descendent des montagnes et se jettent dans la baie de Guara-
i^ Voir une des notes de Tavant-dernier chapitre.
tuba. Les plus considérables sont le Rio de S. Joào, le Rio do Cubatào Grande et celui do Cubatào Pequeno.
Plusieurs îles et ilôts s' élèvent de la baie^ mais n'offrent, pour la plupart 9 qu'un terrain marécageux couvert de mangliers ou même uniquement des deux Graminées (n*" 1666 et 1667) confondues dans le pays sous le nom de Paratuva (1). Quelques-unes cependant, telles que Vllha do Rato (2) et Vllha da Pescaria (l'tle du rat, l'île de la pèche), sont susceptibles d'être cultivées. Les plus remarqua- , bles de toutes ces îles sont celle des Perroquets y ainsi appdée parce que l'espèce n* 366-9 y est extrêmement commune ; puis cdle des GiuirâSy dont le nom est celui des oiseaux d'un rouge éclatant, qui font l'ornement le plus beau de cette partie du Brésil [Ibis rubra des naturalistes) .
Ces magnifiques oiseaux ne se trouvent pas uniquement à l'extrémité la plus méridionale de la province de S. Paul ; on en voit à Paranaguâ , à Santos , à Sainte-Catherine ; mais on prétend qu'ils ne pondent que dans l'ile qui porte leur nom. Depuis le mois d'août jusqu'à celui de novembre, ils s'y réunissent en troupes innombrables ; ils font un nid sans art sur les branches des mangliers, et multiplieraient prodigieusement, si les vents ne renversaient une partie de leurs nids , si les oiseaux de proie ne dévoraient un grand nombre d'œufs, et si les habitants du pays n'en enlevaient aussi pour en faire leur nourriture. Quand on effraye les guarâs dans le temps de la ponte, ils abandonnent
(1) Pour piriltba (guar), lieu planté de jonc.
(2) Il existe aussi dans la baie d'Augra dos Reis, province de Rio de Janeiro, une lie qui porte le nom d'Ilha do Rato (Mill. et Lopes de Mour., JWcc, II, 383).
leurs œufs ; mais ils moutreot ud grand attachemeut pour leurs petits. J'ai dit ailleurs (i) que ces oiseaux avaient déjà disparu non-seulement de Rio de Janeiro, où, du temps de Marcgraff, ils étaient fort communs, mais encore d'une des villes de la province d'Espirito Santo, qui leur doit son nom , Guarapari (2). M. le prince de Neuwied assure qu'il n'en a pas vu un seul dans tout son voyage sur le littoral , commencé à Rio de Janeiro (5) ; et, comme on n'exécute plus ou qu'on exécute mal une ancienne ordonnance qui défendait de les tuer (4), il est fort à craindre qu'on ne les détruise aussi dans la province de S. Paul. On les cherchera vainement dans les tristes marécages qu'ils embellissaient et dont ils faisaient oublier l'odeur fétide au voyageur occupé à les admirer ; il ne restera plus d'eux que les descriptions qui se trouvent dans quelques livres et leur nom donné aux lieux qu'ils habitaient. C'est ainsi qu'aujourd'hui ou ne trouve déjà plus Vinhuma (Palamedea comuta) dans les endroits nombreux où, sans doute, il était abondant autrefois, puisqu'ils portent le
(1) Voir mou Voyage dans le district des Diamants et sur le lUtorai du Brésil, II, 222.
(2) M. le prince de Neuwied se plaint de ma sévérité, parce que j*ai dit {Voyage sur le littoral du Brésil^ II) qu'il faut écrire Guarapari et non Guaraparim ; je ne suis pas plus sévère que Cazal, Pizarro, Roussin, Milliet et Lopcs de Moura qui ont écrit comme moi, et je ne crois pas rètre non plus en disant, avec tous les Brésiliens, que Vi et Vim se prononcent, dans leur langue, d*une manière fort différente. L't' a le même son qu'eu allemand et eu français ; Vim est une voyelle fort nasale, qui n'a pas d'analogue dans notre langue (Moraes, Dtcc, 3* éd. — Abr. Meldola, ^ova gramm., port,, 373. — Sané, Gramm,, 4).
(3) Cazal, Corog. Braz,, I, 215.
(4) Beitràge, IV, 692.
même nom que cet oiseau (1). Et combien de plantes qui faisaient Tornement du désert disparaîtront aussi, nonseulement dans les incendies des campos et ceux des bois vierges , mais encore sous la main destructrice de Timpîtôyable cojlecteur !
J*ai décrit avec détail la baie de Guaratûba ; pour donner une idée de son ensemble , on peut dire qu'elle a en petit une ressemblance étonnante avec la baie de Rio de Janeiro. La vue qu'elle offre est, sans doute, plus austère et plus monotone que celle de cette dernière, parce que les montagnes environnantes sont toutes couvertes de bois, et qu'on n'y voit aucune habitation ; mais, d'un autre côté, le paysage conserve encore ce calme et, si je puis m'exprimer ainsi , cette majesté vierge qui n'appartient qu'aux déserts.
Ce n'est pas seulement une petite ile de la baie qui doit son nom aux guaras; la ville de Guaratûha elle-même leur est redevable du sien, car il est composé des mots guaranis guara et (ï6a, qui signifient réunion de guaras.
Cette ville, puisque c'est ainsi qu'il faut l'appeler, a été bâtie au fond d'une petite crique, à l'entrée de la baie, du côté du sud-est , et par conséquent vers Fextrémité de la langue de terre qui sépare cette dernière de la haute mer. Elle est entourée d'arbres et de pelouses, et un morne couvert de bois vierges la domine du côté du nord-est (2).
(1) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro^ etc.^ ï, 63.
(2) Pizarro dit que Guaratùba est situé sur le Rio Sahi {Mem, hist,, VQI, 312). Cette rivière a son embouchure à 5 ou 6 lieues de Guaratùba, et en 1820 il n'y avait pas même de hameau sur ses bords. Cependant Terreur que je signale ici pourrait avoir son eicuse dans un fait histo-
A peine se compose-t-elle d*une quarantaine de maisons (1820) ; quinze environ forment le demi-cercle sur
riqae dont je ne réponds naUement et que je citerai plus tard. CazaI n'a pas fait la même faute que Pizarro ; mais il est impossible de conorpreodre la phrase par laquelle il a voulu indiquer la position de Guaratùba. « Cette ville est située, dit-il, tout auprès d'un morne, sur la rive « droite du bras méridional du Rio Guaratùba ; » et ailleurs il ajoute :
« A 5 lieues nord de la limite de la province est Fembouchure dn
« rapide et profond Guaratùba, tout auprès de laquelle s'élève le Jforro « Cayoâba, » (Corog,, I, 226, 215.) Je ne devine pas, je l'avoue, ce que peut être le bras méridional du Rio Guaratùba ni ce qu'est sa rive droite. Tout en disant rivière ou baie de Guaratùba, Milliet et Lopes de Moura se sont à peu près conformés aux indications de Cazal (Dicc.f I, 429). Sur la carte de la côte du Brésil, tracée par Givry et Roussin, et sur celle des explorations du baron d'Antonina, qui, pour le littoral, n*est probablement qu'une imitation de cette dernière, les eaux de Guaratùba sont représentées comme un fleuve de peu de longueur, qui recevrait à sa source plusieurs petits affluents , et se dirigerait bien droit de l'ouest à Test ; mais, comme de grands bâtiments ne peuvent pénétrer dans ces eaux, il est clair que les deux savants français n'ont pu les étudier eux-mêmes. Sans être d'une exactitude irréprochable, la carte inédite de la démarcation, par l'ingénieur Francisco Joào Roccio, n'indique point un fleuve, mais une baie. Est-ce réellement ce nom qu'il faut admettre, ou doit -on préférer celui de fleuve? Un fleuve est un cours d'eau cotitinu depuis la source jusqu'à l'embouchure ; une baie est un petit golfe formé, en grande partie, par les eaux de la mer et dont l'ouverture {Dicl. acad,) est moins large que le milieu. L'amas d'eau qui communique avec la baie de Caiôva par l'ouverture étroite appelée Canal da Barra do Sul n*est point l'extrémité d'un seul cours d'eau , mais il est formé par une avance de la mer à laquelle se mêlent le Rio S. JoSo, le Cubatâo Grande, le Cubatâo Pequeno, etc.; donc il faut donner à cette espèce de réservoir commun le nom de baie, comme on le donne aux eaux de Paranaguâ ou à celles de Rio de Janeiro. Par la même raison, on doit appeler baie d'Espiriio Santo le vaste réservoir dont l'entrée est bornée , au sud , par la montagne de Moreno , et au nord par la pointe de Pirahé. En effet, il n'existe pas détours d'eau qui, depuis sa source, porte le nomd'Espirito Santo ; on appelle ainsi un petit golfe dont Ven* trée est bien moins large que le milieu et où se jettent à la fois, comme
le bord de la crique; les autres s'élèvent derrière celles-ci autour d'une vaste place couverte de gazon, à l'extrémité de laquelle est l'église. Les plus anciennes ne sont que de misérables chaumières construites avec des bâtons croisés et dans le plus mauvais état; mais, peu de temps avant mon voyage, on en avait bâti en pierre quelques-unes qui étaient assez jolies.
L'église, également en pierre, est peu ornée, mais propre et bien éclairée ; elle a été dédiée à saint Louis, roi de France.
Devant la ville on découvre une partie de la baie, quelques-unes de ses lies et les mornes couverts de bois qui l'environnent. ï^armi ces derniers, l'un des plus remarquables est celui SAraraquara (1), qui, situé à l'entrée de
]e^dii;Moara, de nombreuses ririères. A la yérité, ceux qni ont découyert cette baie lai ont donné le nom de rio, mais on Ta donné également à ceUes de Rio de Janeiro et de Paranaguâ, parce qu'on les prenait toutes pour des embouchures de grands fleuves , et par habitude on continue à dire Bio do Espirito Sanlo, Rio de Janeiro ; j'ajouterai même que, dans le pays, on ne me comprenait pas quand je disais la baie û^EspirHo SarUo. Déjà depuis bien longtemps Gazai a décrit cette baie sous son véritable nom, et, s'il dit une fois o Espirito Santo, il est évident que c'est un reste de l'ancienne habitude. Roussin, dans son Pilote du Brétilf se sert tantôt du mot rivière et tantôt de celui de baie; mais, sur sa carte, où il fallait nécessairement choisir, on ne trouve que ce dernier. Enfin Milliet et Lopes de Moura , dans leur Diccionario très-récent , commencent l'article Espirito Santo par ces mots : bahia da provincia do Espirito Santo, et peut-être, en vingt endroits de leur important ou^ vrage, appliquent-ils cette même expression an petit golfe dont il s'agit (coof., Neuwied, Brasilien, 49).
(1) Ce mot, qui se retrouve dans plusieurs antres parties de la province de S. Paul, signifie le trou des aras (voir le chapitre ni de cet ou-' vrage).
la baie, du cùté du nord, fait presque face à la ville. D'autres, plus élevés, s'aperçoivent dans le lointain, au fond de la baie.
Des embaroitions de 80 à iOO palmes de longueur (17',60 à 2â mètres) peuvent entrer dans la baie deGnaratûba; mais elles ne mouillent pas immédiatement devant la ville. En face de celle-ci est un canal fort étroit, et au delà une de ces îles marécageuses qui sont entièrement couvertes des Graminées appelées Parafti va. C'est de l'autre côté de cette île, qui est fort petite et d'une forme allongée, que vont mouiller les bâtiments. Il est à croire, an reste, qu'elle disparaîtra bientôt, car, chaque année, m'a-t-on dit, les eaux en emportent une partie.
Le pays est trop pauvre, sa population est trop peu considérable, et par conséquent il s'y trouve trop peu de terres cultivées, pour que le port de Guaratûba soit trèsfréquentée ; cependant des embarcations viennent de temps en temps y prendre un peu de farine et quelques planches, et elles complètent leur chargement ailleurs.
Les habitants du pays m'ont dit, en 1820, que les commencements de Guaratûba ne dataient que d'une cinquantaine d'années; ils ajoutaient qu'environ dix ans plus tard le très-petit nombre de maisons alors construites avait déjà été érigé en ville par le gouverneur de la province, à qui on avait dépeint ce lieu non tel qu'il était alors, mais tel qu'il peut devenir un jour (1).
(1) Pizarro dit (Mem. hist., vm, 312) que la viUe de Guaratâba a été fondée, en 1771, par le gouverneur Luis Antonio de Souza Botelho, sor le bord du Rio Sahi. Selon Millier (fJtu., 57), Tannée 1771 ne serait que celle où Guaratûba aurait reçu le titre de ville, et sa fondation véritable remonterait à 1766. C'est aussi pour la concession du titre de ville qae
Guaratûba est, sur la côte, la ville la plus méridionale de la province de S. Paul. Cette chétive ville dépend, comme je Tai déjà dit, de la comarca de Curitiba, et sous Pancien gouvernement elle n'avait que des juges ordinaires. Son district, qui forme une seule paroisse, a 15 milles de longueur de Test à Touest , et autant du nord au sud, sur le bord de la mer. Au nord, il commence au lieu appelé Curral, en face d*une tie du même nom éloignée de 8 milles de la ville de Guaratûba; au sud, il est borné par le Rio Sàhi Mirim , qui le sépare de celui de S. Francisco dépendant de Sainte - Catherine (1). On y comptait,
Spix et Martius indiquent Tan 1771 {Reise, I, 238). Quant à MM. MiUiet et Lopes de Moura, ils entrent dans des détails plus étendus. « Les « commencements de Guaratûba datent, disent-ils, de 1656, lorsque le « marquis de Cascaes fonda la capitainerie de Parana^é. Quelques in- « dividus de celle de S. Vincent, qui s'étaient fixés sur le bord du Rio « Sahi, entre le Rio de S. Francisco et le Rio Guaratûba, songèrent à « bâtir une chapelle à Notre-Dame-de-Bon-Secours, pour leur serrir de « paroisse. — D. Luis Antonio de Souza Botelho Mourâo, gouverneur de « la province de S. Paul, fonda une ville, en 1771, sur la rive méridio- « nale du Rio Guaratûba, sous le nom de Villa Nova de S. Luiz. On y « eonstruisit une église qui fut dédiée à saint Louis, et que Ton rendit « paroissiale pour remplacer la chapelle du Bon-Secours des bords du « Sahi. » {Dicc^, 1, 432.)
Les auteurs du Diccionario do Brazil ne nous disent point d'où ils ont tiré ce récit assez obscur, qui en plusieurs points contredit les indications des autres auteurs, et nous ne savons, par conséquent, quelle valeur nous devons lui attribuer. Ce qu'il présente de très-clair,' c'est qu'il y eut jadis un établissement sur le bord du Sahi , et ce fait serait , en quelque sorte, confirmé par Terreur de Pizarro , qui place la ville de Guaratûba sur les bords de cette même rivière.
(1) Tant que j'avais voyagé dans l'intérieur , je n'avais jamais entendu évaluer les distances autrement que par legoas (lieues) de 18 au degré, mesure qu'on établit généralement par approximation et que l'on allonge 11. H
en 1820, environ 900 âmes, dont GOO comnoiuniants (i). La plupart des habitants sont des métis de Portugais et d'Indiennes. Ils sont paresseux, très-pauvres et vivent presque uniquement de poisson see et de farine de manioc.. Leur vêtement consiste presque toujours en un caleçon de toile de coton , une chemise passée en manière de blouse par-dessus le caleçon, et un chapeau dont la forme est arrondie et le bord très-étroit. Passant une grande partie de leur vie sur Teau, ils savent conduire leurs pirogues avec une adresse extrême. Lorsque j'étais sur les bords de la baie de Caiôva, j*admirai l'agilité avec laquelle ils s'élançaient dans les barques au moment où elles étaient soulevées par la vague.
plutôt qu'on ne la raccourcit. Ce fut sur la côte que , pour la première fois, on me parla de milles {milhds). Il faut 3 milhcts (singulier, milha) pour faire la legoa,
(1) Je n'ai pas dit dans mes notes de qui je tenais ces chiffres, mais il est impossible que ce ne soit pas du curé ou du capilào môry et je les croirais à peu près exacts, parce qu'on n'avait aucune raison pour me tromper^ tandis qu'on a presque toujours quelque intérêt à mettre de Teiagération dans les tableaui officiels ou à y rester au-dessous de la vérité. Les illustres savants Spii et Martius disent qu'en 1815 il y avait 663 individus dans le district de Guaratûba (Reise, h 258). Pizarro en réduit le nombre à 533 pour 1822 ( Mem., VIII , 313 ), et Millier le porte à 1,062 pour 1838 {Ens. contin.y tab. 3). Il est bien évident qu'on ne peut avoir aucune confiance dans ces chiffres , surtout les deux premiers, et qu'il faut en avoir moins encore dans les détails du tableau qui a été communiqué à MM. Spix et Martius pendant leur séjour à S. Paul. On voit, en effet, dans ce tableau, qu'avec 62 blancs et 46 négresses il y avait 430 mulâtres ou mulâtresses esclaves ; d'où seraient venus tant de mulâtres? Les états de D. P. Millier contredisent entièrement ces chiffres, et n'ont pas les mêmes caractères d^invraisemblancc, car ils n indiquent aucun mulâtre ni aucune mulâtresse esclaves, et seulement 8 esclaves noirs, ce qui s'accorde parfaitement avec l'extrême pauvreté do pays.
Il fait beaucoup moins chaud à Guaratûba qu*à ParanaguÂ, et, comme le pays est plus élevé et moins marécageuxy il est aussi plus sain. On voit cependant ici, comme à Paranaguà, beaucoup de gens qui ont le teint extrêmement jaune ; mais les aliments peu substantiels dont ilsr font habituellement usage en sont probablement une des causes principales. Comme je Tai déjà dit (1), le goût de manger de la terre est^ dans ce canton, aussi commun qu'à Paranaguâ, et il y a des suites aussi fâcheuses.
Il existe, auprès de Ouaratuba, des terrains presque uniquement composés d'un terreau noir, auquel se trouvent mêlées avec abondance des coquilles d'huîtres et une trèspetite espèce de peignes. Ces terrains, que les habitants appellent cambaqut (2) sont très-productifs. On fait de la chaux avec les coquilles d'huitres tirées des cambaqui et séparées du terreau à l'aide de tamis en bambous ; mais, jusqu'à r époque de mon voyage, on ne s'était servi de cette chaux que pour les besoins du pays et l'on n'en avait point encore exporté.
Les envii:ons de Guratûba produisent du maïs, du manioc, du riz qui rend cent pour un (3) ; la terre y est fertile et couverte d'excellent bois ; mais, pour tirer parti de ce pays, il faudrait le mettre en communication, par des chemins praticables , avec Curitiba et Villa Nova do Prin-
(1) Voir plus haut.
(2) Il est difficile que ce mot ne vienne pas de caa, bois, montagne, et de mbacuî^ chose grillée. Les Indiens auront-ils eu l'idée de comparer ces terrains, à cause de leur couleur noire, à des forêts brûlées?
(3) D. P. Millier dit qu'actuellement on y cultive quelques cannes à sucre et qu'on y a trouvé des terrains aurifères (Ensaio esiatislico, 57).
cipe; tant qa'on le laissera dans l'abandon et dans une sorte d'isolement, comme s'il ne faisait point partie de la patrie commune, il restera pauvre et presque désert (i).
A mon arrivée à Guaratùba, j'avais prié \esargento mâr de me faire préparer trois chars pour aller plus loin ; et, peu de temps après, j'envoyai, par son entremise, à un adjudant de la ville de S. Francisco une lettre de recommandation que j'avais pour lui , le priant de me faire préparer une maison.
Le 7 d'avril au matin, les trois chars que j'avais demandés étaient à ma porte, et nous partîmes.
Nous traversâmes la langue de terre sur laquelle est' bâtie la ville de Guaratûba, et je me trouvai sur le bord de l'Océan, au fond d'ane anse semi- circulaire d'environ i/2 lieue de tour. La plage qui l'environne porte le nom de Praia de Brajetûba : à l'extrémité de cette plage la plus avancée dans la mer du côté du nord est un morne couvert de bois, qu'on appelle Morro de Caiôva (2); à la pointe méridionale s'élève un autre morne également couvert de bois, qui a pour nom Morro de Brajetûba, emprunté & la plage qu'il termine. J'ai à peine besoin de dire que le Morro de Caiôva, formant l'extrémité septentrionale de la plage de Brajetûba, doit former, par la même raison^
(1) n y a quelques années, nn gentilhomme suédois qui yonlait établir au Brésil une colonie de paysans de son pays vint me consulter pour saroir à queUe partie il derait donner la préférence : je loi indiquai les terrains qui s'élèYent an-dessus de Guaratûba ; nous etkmes ensemble de nombreuses conférences, mais f ignore s*il a donné suite à son projet. C'est précisément à côté du canton que j'avais désigné que se trouve située la dotation de madame la princesse de Joinyille.
(2) Voir plus haut.
la pointe méridionale de l'anse de Caiôva, qui précède celle que circonscrit Tanse de Brajetûba.
Après avoir passé derrière le morne du même nom, je me trouvai sui* une autre plage, à rentrée de laquelle on pèche un poisson appelé biragima (1), que mes conducteurs me dirent être long de 3 à 4 pieds et qui, ajoutèrentils, imite le bruit du tambour (2). Presque partout, cette plage est très-dure et forme un chemin commode pour les chars et pour les gens de pied. Les fucus ne se trouvent que sur les rochers; aussi n'y en avait-il point sur cette plage ; mais j'y vis un grand nombre de mollusques vésiculeux, couleur de rose, qui éclataient avec bruit lorsque nous marchions dessus.
Au delà de l'espace qui est battu par les eaux de la mer on ne voit qu'un petit nombre de plantes éparses dans le sable. Ce sont principalement la Calycerée i,656, la Graminée 1,672, la Convolvulacée 1,679, si communes sur le bord de la mer, dans la province de Rio de Janeiro et dans celle d'Espirito Santo. Au-dessus de l'espace sablonneux où croissent ces plantes est un épais fourré d'arbrisseaux d'un vert sombre qui , augmentant peu à peu de vigueur et d'élévation, à mesure que le terrain s'éloigne de la mer, forment une sorte de glacis. J'avais déjà vu un effet semblable de végétation du côté de Macahé et dans d'autres parties de la côte septentrionale.
(1) Peat-ètre de pirâ^ poisson, et gtiai, peinture.
(2) On sait que ce poisson n'est pas le seul qui fasse du bruit. Ce que je dis ici tendrait même à prouver qu^il n'y a pas d'exagération dans les récits des voyageurs qui disent que le drun fait entendre des sons retentissants (voir Dugès, Physiologie comparée, IH, 47S).
214 TOYAGE DANS LES PROYINCES
Parmi les arbrisseaux qui forment ce glacis domine !a Myrtée qu'on appelle Hapagtiela (qui happe à la gorge, Myrcia pubescens j DC), parce que son fruit, qui est noir et à quatre lobes, est, dit-on, d'une très-grande astriogence; avec elle croissent aussi; avec plus ou moins d'abondance, la Fougère 1,652, une grande Aroïdée et la Mélastomée 1,651. Plus avant dans Tintérieur s'élèvenl des forêts.
De loin en loin, un sentier qui aboutit à laplage, une pirogue et des bâtons croisés destinés à recevoir des filets annoncent le voisinage d'un sitio qui, presque toujours, est caché parlesarbrisseauXyCtquel'onn'aperçoitpointdurivage. J'allai jusqu'àFun d'eux, et je ne trouvai qu'une misérable chaamièreconstruitesimplementavecdes perches rapprochéesles unesdes autres, et qui laissaient passer entre elles le ventet la pluie. Quelques pots et des nattes en composaient tout l'ameublement, et ceux qui l'habitaient étaient couverts de haillons. Il est fort vraisemblable que les autres sitios du voisinage n'étaient pas beaucoup plus magnifiques. Je ne crois pas cependant que les pauvres habitants de ces tristes demeures soient aussi malheureux que nous pourrions le croire. Descendant, sans doute, des anciens Mamalucos, ils doivent être sans prévoyance ; ils pensent au jour, tout au plus au lendemain. Le climat est chaud ; la mer leur fournit une nourriture abondante. Le monde leur est aussi étranger qu'eux-mêmes le sont au monde, et ils tomberaient dans un état voisin de celui de la bête sauvage, si de temps en temps ils n'allaient à l'église, si par la prière ils ne se rattachaient à la société chrétienne, si , avant de monter dans leurs pirogues, ils n'invoquaient la Vierge, pour obtenir, par son intercession, une pêche abondante.
Le temps était superbe, et le ciel d'un azur brillant ; un vent frais qui venait de Test nous empêchait de sentir l'ardeur du soleil ; la mer mugissait , et ses vagues arrivaient jusqu'à nos pieds.
Pendant quelque temj^s nous n'avions aperçu que la montagne de Cavaracuara (le trou du cheval , des mots de la lingoa gérai cabarUy chefal, coâray trou); mais, arrivés au Rio Sahi Mirim , nous découvrîmes toutes celles qui entourent la baie de Guaratûba. Là mes conducteurs me montrèrent, dans le lointain, un défilé où passe un chemin qui va de la ville de Morretes k la baie de Guaratûba , mais où l'on ne peut faire passer que des bestiaux.
Le Rio Sahi Mirim (1) a peu de largeur; cependant il n'est point guéable. Mes effets furent déchargés et passés dans des pirogues : les bœufs ne furent point dételés ; ils traversèrent la rivière à la nage , en traînant les chariots vides derrière eux. Le Sahi Mirim coule à 7 milles de Guaratûba , et , à ce que m'assurèrent mes conducteurs , il sert de limite au district de€uritiba et à la province de S. Paul ; sur sa rive droite, je me trouvai à l'entrée du district de S. Francisco, appartenant à la province de Sainte-Catherine (2).
Là il ne me restait plus qu'à saluer cette terre de Curitiba qui peut devenir si florissante, où j'avais été accueilli avec tant de bienveillance, et que j'apercevais pour la dernière fois.
(1) Oq donne le nom de sahi à plusieurs espèces d'oiseaui ; on peut aussi faire dériver Sahi Mirim des mots guaranis sai et mirim, les petits yeux.
(2) Voir le chapitre suivant.
Ce serait laisser incomplet ce que j'ai dit sur cette belle comarca que de passer sous silence un désir que ses habitants ont manifesté dès Tannée 1822 , et dont ils ont plusieurs fois renouvelé Texpression , celui de voir leur pajfs séparé de la province de S. Paulet former une province de second ordre. En 1840, ils en firent la demande d*une manière toute spéciale. Le ministère, en répondant aux autorités locales , leur adressa diverses questions qui certes ne prouvaient pas que le gouvernement d'alors eût, de cette partie du Brésil, une bien grande connaissance. L'affaire en resta là ; mais les Curitibanais ne s'endormirent pas , ils renouvelèrent leur demande en 1843 ; on commença à la discuter dans l'assemblée générale des députés de l'empire, et jusqu'à présent rien n'a été décidé (1).
La plupart des motifs allégués par les Curitibanais pourraient l'être également par les habitants des parties éloignées de chaque province, s'ils avaient envie de former des gouvernements à part. Minas Novas aurait le droit de demander sa séparation à cause de la fécondité de ses terres, de l'excellence de son coton, de la facilité qu'elle a de le transporter par le Rio Jiquitinhonha ; les comarcoê les plus septentrionales de Goyaz se plaindraient de leur extrême éloignement de la capitale actuelle de la province ; Campos dos Goitacazes ferait valoir ses richesses, ses nombreuses sucreries, son fleuve , les terres de ses alentours toutes cultivées, etc. Mais, il faut le dire, il n'y a que des nuances plus ou moins prononcées entre les différentes parties des provinces que je viens de nommer; on peut sans
(1) MiUietct Lop. de Mour., Dire, braz., I, 317.— Francisco de Paaia c Silva Gonies, in Sigaud, Annuario, 1817.
peine à Ouro Preto se faire une idée juste des besoins de Minas Novas ; il ne faut dans la ville de Rio de Janeiro aucun effort pour se représenter les sucreries de Campos, ses terres soigneusement cultivées, ses nombreux esclaves : an delà de Fltareré, au contraire, commence un monde nooreau pour celui qui vient du nord de la province de S. Paul. La campagne a un tout antre aspect; les productions ne sont plus les mêmes ; il y a dans les races une différence notable : les habitants du nord de S. Paul sont, en grande partie, des descendants de Portugais et d'Indiennes; la plupart des Curitibanais appartiennent entièrement à la race caucasique ; enfin la cinquième comarca a peut-être moins d'analogie avec les autres que le Danemark , sauf les différences de religion et de langage, n'en a avec le Languedoc. Des hommes qui vivent à 110 lieues d'un pays, qui ne le connaissent point et se tromperaient complètement, s'ils le jugeaient par des analogies tirées du leur, peuvent-ils l'administrer convenablement ? Il n'est personne, je crois, qui ne répondit par la négative.
Cependant, je le confesse, si j'avais à prononcer sur cette grave question, j'hésiterais, et le motif qui me rendrait indécis est, je n'en doute pas, celui qui a empêché l'assemblée générale de se prononcer. Depuis un certain temps, chaque village brésilien, chaque hameau a voulu devenir le chef-lieu d'un district, chaque ville celui d'une comarca ; si l'on entrait dans la même voie pour les provinces, si Ton accordait à Curitiba sa séparation d'avec S. Paul, une foule de comarcas voudraient jouir du même honneur, et les liens si faibles qui existent entre les différentes parties du Brésil ne tarderaient pas à le devenir davantage. Quoique la demande des Curitibanais soit en-
tièrement fondée, peut-être serait-il digne de leur patriotisme de Tajourner encore. « Ce n'est pas seulement le
« Brésil que j'ai habité, ai-je dit autrefois, j'ai aussi vu les
« bords de la Plata et ceux de l'Uruguay. C'était naguère
<c une des plus belles contrées de l'Amérique méridionale.
« Ses habitants se désunirent , chaque village , chaque
(( hameau prétendit faire sa patrie à part; d'ignobles
(c chefs s'armèrent de tous côtés ; la population fut dis-
<( persée ou anéantie ; les estancias furent détruites ; des
<c étendues de terre qui formaient presque des provinces
(( n'offrent aujourd'hui que des chardons, et où paissaient
a d'innombrables bestiaux Ton ne voit plus que des ban-
a des de chiens marrons, des cerfs, des autruches et de
«c féroces jaguars (1). »
(1) Ces phrases soDt tirées du Précis historique des rëvohUUms du Brésil qui termine mon Voyage dans le district des diamants et sur le littoral* Dans cet écrit, je rends à Tempereur D. Pedro I'% dont la renommée croîtra avec le temps, tonte la justice qa*il méritait; mais en même temps je ne dissimule point ses fautes. Pendant son séjour à Paris, il adressa ces paroles à un de mes amis : Dites à M. Aug. de Saint'Hilaire qu'il a dit la vérité. Ce trait fait trop d'honneur k la mémoire de cet illustre souverain pour que je ne le fasse pas connaître.